PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

lundi 31 janvier 2005

M. MARTIN, LA DÉMOCRATIE ET LES ÉTATS-UNIS

Les questions de politiques étrangères font rarement l’objet de grands débats dans les campagnes électorales et les courses au leadership des partis politiques. Pourtant nous savons tous qu’elles sont de plus en plus importantes et que les décisions prises par nos dirigeants ont parfois des effets déterminants dans notre quotidien. Nous n’avons qu’à penser aux débats entourant la guerre en Irak. Grâce à la position ferme de M. Chrétien, soutenu en cela par une opinion publique largement répandue, le Canada a su résister aux pressions de nos voisins du sud et respecter le droit international placé sous la gouverne des Nations Unies. En eût-il été de même ou autrement sous la gouverne de M. Martin ? La question peut sûrement se poser.

M. Bush se dit impressionné par le style de M. Martin. Tant mieux si cette bonne impression facilite la tâche de nos représentants pour résoudre dans le sens de nos intérêts les différents qui nous opposent. Il n’en est toutefois que plus important pour M. Martin de se positionner sur les grandes questions qui interpellent actuellement la communauté internationale. C’est le cas du rôle des Nations Unies dans le règlement des litiges entre nations ainsi que la promotion de la paix et de la justice dans le monde. C’est également le cas du rôle joué par les organismes multilatéraux et bilatéraux dans la régulation des économies et des politiques visant une plus grande justice entre les peuples et les nations. Il en va de même des questions de l’environnement, du libre échange et des diverses formes de représentation des groupes d’intérêt dans ces organismes. Il est important, pour la démocratie, que M. Martin soit mandaté par la population canadienne et que les prises de position du Canada soient le reflet de cette dernière et non de quelques lobbys plus intéressés à leurs intérêts qu’à ceux des canadiens. Il y a en cela une exigence qui rappelle que le peuple est celui qui doit décider des choses importantes de la vie sociale, politique, économique et militaire. Il n’y a pas de chèque en blanc pour ces questions.

Le débat actuel sur le mariage des personnes de même sexe donne lieu à toute sorte d’exercices démocratiques. Il y a le rappel de la Charte canadienne des droits de la personne, il y a ce rôle joué par les Cours provinciales et celui sollicité de la Cour suprême du Canada. S’ajoute à ces dernières ce vote libre des parlementaires sur la motion présentée par l’Alliance canadienne. Si cette question mobilise autant les groupes d’intérêts et les institutions politiques et judiciaires, comment ne devrait-il pas en être de même sinon plus lorsqu’il s’agit de questions comme celles d’aller en guerre préventive ou offensive ou encore de prendre des positions qui vont à l’encontre de la conception que se font les canadiens du respect des droits fondamentaux des personnes. Il faut souhaiter que l’Alliance canadienne se fera de nouveau protagoniste de votes libres en chambre pour des questions aussi importantes que la guerre, le rôle des Nations Unies, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et ainsi que des droits fondamentaux de la personnes humaine.

Ce serait bien triste que la population canadienne réalise que l’exercice électoral auquel elle est conviée tous les 4 ou 5 ans ne soit finalement qu’un exercice de figuration et que les vrais détenteurs du pouvoir soient ceux qui se retrouvent dans les salons d’ambassades et dans les réceptions réservées aux initiés des milieux sélectes des pouvoirs économique, politique et militaire. Ce serait donner une bien mauvaise image de cette démocratie que nous souhaitons voir rayonner dans tous les pays du monde.

Oscar Fortin

RÉPONSE DE L'ESPAGNE AU MENSONGE ET AU TERRORISME

L’éditorial de M. Jean-Marc Salvet, publié dans le Soleil du 16 mars, m’inspire certaines réflexions que je voudrais bien partager avec vos lecteurs. Ce qui vient de se passer en Espagne n’est pas un fait isolé qui passera vite aux oubliettes de la mémoire collective. Les espagnols viennent de donner un signal déterminant concernant la démocratie et l’avenir des politiques internationales des gouvernements dans leur lutte contre le terrorisme.

Si le mensonge des dirigeants politiques, quant à l’identité des auteurs de l’attentat, a joué un rôle important dans le résultat des élections, il ne faudrait pas oublier que ces mêmes dirigeants avaient également ignoré la volonté de la grande majorité de leurs commettants en s’engageant dans une guerre d’invasion en Irak, non autorisée par les Nations Unies, sous des prétextes qui se sont avérés depuis lors comme de grossiers mensonges.

L’ère de terreur dont parle M. Salvet n’a pas débuté le 11 septembre 2001, mais bien depuis des décennies, pour ne pas dire depuis plus d’un siècle. Il faudrait le demander aux populations indiennes, victimes de massacres en Amérique Centrale, aux citoyens victimes d’enlèvements, puis torturés et jetés à la mer en Amérique latine, ainsi qu’ aux populations soumises à la discrimination et à l’isolement un peu partout dans le monde. Avant le 11 septembre 2001, il y a eu le 11 septembre 1973 dont les dessous de ce qui s’est passé ce jour là nous sont révélés aujourd’hui. Beaucoup d’actes criminels ont été commis avec cette cruauté que nous dénonçons aujourd’hui. Que se passe-t-il en Irak, en Palestine et maintenant en Haïti ? Il est curieux que nous n’ayons pas eu droit à un éditorial disant que la communauté internationale envoyait un bien mauvais message aux démocraties du monde en donnant raison aux mercenaires armés, contrebandiers et assassins notoires, qui visaient rien de moins que le renversement du gouvernement démocratique d’Aristide.

Si M. Salvet termine en faisant un appel à une solide remobilisation internationale contre le terrorisme, il oublie d’ouvrir le concept du terrorisme à toutes les formes de violence qui ne font qu’engendrer violence et victimes. On évalue actuellement à près de 14 000 les morts que la guerre en Irak a provoqués à ce jour et je ne saurais dire à combien d’autres en Afghanistan. Ceux et celles qui portent les valeurs d’humanisme et de civilité doivent les porter jusqu’au dernier des humains. Il n’y a pas de place pour la discrimination entre les personnes, pas plus que pour une manière de tuer qui serait civilisée et une autre qui serait barbare. Comme le disait un général étasunien au début de la guerre en Irak : « il n’y a pas de manière humaine de tuer. »

La lutte contre le terrorisme ne donnera de résultats durables qu’en s’attaquant à ses causes. Où sont les analyses qui apportent un éclairage qui va au delà des formules toute faites du genre « nous sommes les bons et ils sont les mauvais » ou encore « nous sommes les civilisés et ils sont les barbares » ? Ce ne sera que sur la base d’une meilleure compréhension des causes véritables du terrorisme qu’une mobilisation internationale des pays et des peuples pourra se concrétiser et donner des résultats autrement plus humanistes et civilisés que ceux que nous obtenons présentement avec l’approche guerrière que nous connaissons.

Oscar Fortin

PAYEURS D'IMPÔT RECHERCHÉS ?

Dans une chronique politique du 9 janvier dernier un éditorialiste laisse entendre assez directement et sans trop de nuance que les retraités ne payent plus d’impôt et que seuls les travailleurs répondent à cette obligation qui pèsera de plus en plus sur leurs revenus. Les retraités, dans pareil contexte, apparaissent comme des assistés sociaux nouvelle vague à la charge de ces travailleurs et travailleuses toujours moins nombreux.

Je suis un retraité depuis près de cinq ans et chaque année je laisse aux deux paliers de gouvernement autant d’argent que le travailleur de la classe moyenne. De plus, je continue à participer à l’économie en sortant des sommes autrefois retenues dans des REER pour les faire passer dans l’économie de marché où là encore des taxes importantes sont payées et des emplois sauvés. Comme parents ou grands-parents nous apportons des contributions substantielles aux enfants soit pour le logement, soit pour les études ou encore pour le développement de projets que les gouvernements ne peuvent pas prendre en charge. Je ne suis pas seul dans cette situation. Beaucoup plus que l’on pense sont encore des bailleurs de fonds.

Je crois que nous commettons une grave erreur en suggérant, comme c’est actuellement le cas, que les retraités ou les personnes âgées sont devenues des charges à la solde des seuls travailleurs. Si c’était le cas, il n’y aurait pas autant d’entreprises qui se lanceraient dans des initiatives qui ont justement pour objectif d’aller chercher les sommes d’argent dont les retraités et les personnes âgées disposent. On bâtit des centres pour personnes âgées dont les frais de résidence vont de 2000$ à 3000$ par mois, payés évidemment par ces mêmes personnes. Il y a tout le secteur touristique qui ne cesse d’innover pour développer des croisières, des voyages, des rencontres repas, tout cela pour bénéficier des argents dont dispose cette clientèle sélecte qui paie comme tout le monde l’impôt sur le revenu. Bien plus, bon nombre d’entre eux se munissent de polices d’assurance pour éviter de devenir un fardeau non seulement pour les leurs mais encore pour l’État.

Il serait intéressant que le gouvernement mette en évidence les argents qu’il récupère des retraités en impôt et en taxe de toute sorte. Il serait également intéressant qu’il fasse ressortir leur contribution en taxes et impôts durant leur vie active, laquelle a permis la construction d’hôpitaux, d’écoles, de routes et d’élargissement de services à la populations. Il serait également important de faire ressortir les régimes d’économie mis en place et payés par des retenus sur leurs salaires pour soustraire leur retraite à la dépendance des gouvernements et des autres citoyens. En dépit de tout, ils demeurent le deuxième plus gros payeur d’impôt.

Tant que je paierai comme retraité de l’impôt aux deux paliers de gouvernement je refuserai que l’on me soustrait de la liste des payeurs de taxes et d’impôt. Pour cela certaines formules pour dire les choses devront être modifiées dont celle qui laisse entendre « qu’il y aura de moins en moins de travailleurs pour assurer le financement des services publics » comme si les retraités ne payaient rien et comme s’ils constituaient l’essentiel des services publics.

Aux gouvernements en place je dirai de ne jamais oublier que les retraités et les personnes âgées sont des citoyens à part entière qui ne doivent faire l’objet d’aucune discrimination condamnée par la Charte des droits de la personne.

Oscar Fortin

LA PASSION DU CHRIST SELON GIBSON

Un film dont on parlera beaucoup. D’abord en raison du personnage central, Jésus de Nazareth, fondement de la foi chrétienne, mais aussi en raison de la manière avec laquelle le réalisateur, Mel Gibson, raconte la passion du Christ et évoque le mystère qui le conduit jusqu’à la mort sur la croix.

Certains commentateurs apportent un éclairage important sur le caractère plus ou moins historique, au sens que nous l’entendons aujourd’hui, de certaines références, paroles, attitudes ainsi que de l’importance accordée à certains épisodes de cette passion. Ils confirment toutefois le caractère tout à fait historique de ce Jésus, « un homme sage ayant fait de nombreux disciples parmi les juifs et les non juifs, condamné à mort par Pilate, à la suggestion des notables. » Les historiens et exégètes discuteront, sans doute encore longtemps, de l’intensité religieuse et politique de l’évènement. N’empêche qu’il a mobilisé dès les débuts suffisamment de monde pour donner naissance à ce qui deviendra par la suite la chrétienté. Ce n’est pas n’importe quel évènement qui peut avoir un tel effet. À ce titre le témoignage des premiers chrétiens doivent également s’ajouter au témoignage de l’historien Flavius Josèphe.

Au-delà des lectures historiques que nous pouvons faire du récit de La passion du Christ, il y a la lecture politique, théologique et mystique de l’évènement.. Si nous sommes choqués par la violence de la flagellation et de la crucifixion, il ne faudrait pas oublier que la haine et l’acharnement de cruauté dont nous sommes témoins, nous la portons tous quelque part en nous. L’histoire des peuples, des Églises de tous les temps et de tous les continents regorgent de ces horreurs. Si nous pouvions par la magie d’un laser spirituel voir ce qui se passe dans les prisons de chacun de nos pays, dans les chambres de tortures et dans les lieux secrets de l’anonymat de forces qui s’affrontent, les images projetées dans le film n’en seraient qu’un reflet.

Tout en visionnant le film, je voyais Victor Jara, un chanteur chilien, que les militaires frappaient et torturaient au vu et au su de milliers de prisonniers retenus au Stade nationale de Santiago du Chili au lendemain du Coup d’état militaire du 11 septembre 1973. On lui coupait les doigts morceaux par morceaux en lui demandant de continuer à jouer de la guitare et à chanter. Je voyais également cet uruguayen fait prisonnier en Argentine sous les militaires. Il s’appelait Miguel Angel Estrella et était un grand joueur de piano. On lui entrait des épingles sous les ongles et on lui demandait de jouer du piano sur le dessein d’un clavier placé sur une table… Combien d’autres ont passé par la même école de la torture et de la mort dont les formes n’ont d’égales que l’atrocité dont l’imagination humaine peut être capable. Un tortionnaire chilien s’est livré à une journaliste et raconte les diverses tortures dont il a été l’auteur. Son récit se retrouve dans un livre intitulé « ROMO, confessions d’un tortionnaire ». Des histoires d’horreurs comme pas possibles. Tout cela avec la bénédiction des bien pensants de nos sociétés, de nos églises et de la masse des gens plus ou moins informés de ces horreurs. Nous ne sommes pas différents de ceux et celles qui ont conduit Jésus à la flagellation, à la croix et à la mort. Notre responsabilité est peut-être encore plus grande parce qu’après deux mille ans de foi chrétienne nous savons ou devrions savoir.

Au-delà de cette fresque de la souffrance humaine, le Christ de la Passion nous indique la voie à suivre pour sortir de ce cercle vicieux de la violence. Le film ne laisse aucune ambiguïté quant à la nature de cette voie. Pierre doit rengainer son épée, le royaume de Jésus n’est pas de ce monde, s’il l’était son Père lui aurait envoyé depuis longtemps des anges pour assurer sa sécurité. Il nous dit qu’il faut aimer ses ennemis, ce qui est tout le contraire de les persécuter, de les torturer et de les tuer. Il nous invite à nous ouvrir à la vérité, ce qui est loin du mensonge systématique, de la tromperie et de l’hypocrisie. À ce titre, je ne partage pas la conclusion de certains qui craignent que ce film vienne renforcer les croisés de la guerre pour le bien, comme pourrait le souhaiter « une certaine Amérique de l’après 11 septembre.» Bien au contraire, aucune guerre ne peut être menée sous la bannière du Christ que nous présente La Passion de Gibson. Il est tout à l’opposé de ceux qui cherchent à bâtir un royaume terrestre, un empire enveloppé de valeurs chrétiennes, mais sans justice, sans partage, sans pardon, sans oubli de soi, sans universalité de valeurs partagées. Ce Jésus va chercher l’irrationnel de l’amour qui transcende les contradictions de la haine, de la cruauté, des ambitions de pouvoir pour en faire la loi de la nouvelle humanité appelée à vivre dans le royaume du Père. Nous sommes loin de la course aux armements, des guerres préventives ou de conquêtes, des jugements sommaires noyés dans la manipulation de l’opinion publique. L’humanité révélée dans le Christ est toute à l’opposé de l’humanité révélée dans le pouvoir de la domination et de la manipulation.

Croyants ou non croyants une humanité est à bâtir et il nous appartient de choisir la voie qui lui permettra d’émerger une fois pour toute dans la justice et le respect de tous. Ce n’est donc pas une question de juifs et non juifs, mais une question de foi en une Humanité faite pour autre chose que les guerres et les souffrances. C’est le défi que nous lance le Christ de la Passion de Mel Gibson ainsi que celui des Évangiles.

Oscar Fortin, théologien



LE TROISIÈME ÂGE AU BANC DES ACCUSÉS

Que ce soit l’approche favorisée par le Gouvernement du Québec au Forum des générations ou la manière avec laquelle certains medias traitent de la dette publique, les personnes âgées, les retraités sont de plus en plus mis au banc des accusés. Les faiseurs d’opinion donnent facilement l’impression que ces derniers, en se retirant du marché du travail, ne paient plus d’impôt et laissent ainsi aux jeunes générations le fardeau des coûts rattachés à leur vieillissement. Ils deviennent les privilégiés d’un système et un fardeau pour ceux et celles, de moins en moins nombreux, qui entrent et demeurent sur le marché du travail.

La Revue l’Actualité dans son numéro du 1ier octobre dernier présentait en couverture le visage d’un enfant avec en grosse lettre ce titre «Cet enfant doit 31 000 $ ». Pourtant, à peine deux semaines plus tôt, soit le 16 septembre, Statistique Canada publiait dans le Quotidien :

La valeur nette nationale a atteint 4,2 billions de dollars à la fin du deuxième trimestre, soit 131 100 $ par habitant. (Deuxième trimestre de 2004 )

C’est dire que la même Revue aurait pu tout aussi bien titrer son dossier : « Cet enfant vaut à sa naissance 131 000 $ ».

Il y a dans l’approche adoptée quelque chose de pernicieux et de malhonnête. C’est comme un venin que l’on infiltre subtilement dans les relations intergénérationnelles et qui ne peut être que dommageable pour tous. Pourquoi alors agir de la sorte ? Pourquoi amener les jeunes à s’élever contre les aînés et à en faire les responsables des déficits et des dettes ?

Où sont les études comparatives qui mettent en évidence les impôts payés par les personnes à la retraite et ceux payés par les autres couches d’âge ? Où sont les dossiers qui développent les dépenses effectuées par ces mêmes personnes pour subvenir à leurs besoins et permettent à bon nombre d’entreprises de vivre et de se développer par les services qu’elles achètent ? Nous savons tous que le troisième âge est une clientèle cible d’un bon nombre d’entreprises qui vivent d’elle. Combien d’impôt ont-ils payés durant leur vie active pour développer les réseaux d’éducation, de soins de santé, de sécurité sociale, de transport etc. ?

Avant de s’attaquer aux personnes âgées et de monter les jeunes générations contre elles pour, peut-être, justifier plus facilement la privatisation de certains soins de santé et des coupures sur l’assurance médicament, il serait sans doute plus honnête de revoir l’ensemble de la fiscalité. Des milliards de dollars sont laissés en amortissement dans les poches d’entreprises rentables sans parler d’autant de milliards dans les paradis fiscaux. Que dire des avantages financiers réservés à certaines activités spéculatives et à certains groupes ?

S’il y a quelque part un effort à faire tous doivent être mis à contribution et l’exemple doit venir d’abord d’en haut. De la rigueur dans la gestion, de la sobriété dans les conditions de travail et de la transparence dans les comptes publiques. Commençons par éviter les gouffres financiers qui ne cessent de se multiplier. Cet argent va sûrement quelque part.

Oscar Fortin

dimanche 30 janvier 2005

JEAN-PAUL ll :HOMME AUX MULTIPLES PARADOXES

Jean-Paul II laisse un héritage dont la véritable portée se mesurera dans les années à venir. Sa conception de l’Église et de l’unité des chrétiens tout autant que celle du monde et de sa libération alimenteront pour encore longtemps historiens et théologiens, Sa forte personnalité, ses convictions profondes et son sens de la communication en ont vite fait un personnage central à la croisée des deux siècles. Associé à la chute de l’Union soviétique et à la fin des régimes communistes dans les pays de l’Est tout autant qu’à la mise au pas des évêques et des prêtres engagés dans l’action inspirée par la théologie de libération en Amérique latine, ses prises de position politique soulèvent de nombreuses interrogations. Certains n’hésitent pas à parler de deux poids deux mesures selon que la lutte porte sur l’élimination du communisme ou selon que la lutte porte sur l’élimination des conditions qui génèrent et entretiennent la pauvreté en Amérique latine et dans le monde.

Ses interventions en Pologne ont été autant d’appuis au regroupement des classes ouvrières et à l’action des chrétiens pour se défaire du régime communiste. Ses nombreux voyages dans sa terre natale et ses appuis sans équivoques à Lech Walesa et Solidarnosc en témoignent amplement. Nous y voyons un Jean-Paul II engagé et mobilisateur, aucunement préoccupé des frontières entre l’action ecclésiale et l’action politique. Le ton et les références ne sont pas à l’effet de travailler d’abord et avant tout à la conversion des cœurs et au respect de l’ordre établi mais bel et bien de faire valoir l’importance des libertés fondamentales et l’obligation de lutter pour les faire respecter. Il n’a pas manqué d’initiatives pour soutenir ce mouvement et tous ceux qui s’y engageaient. Nous connaissons les résultats de cette action menée avec courage et détermination. Elle a débordé les frontières de la Pologne pour s’étendre à tous les pays sous l’emprise de l’Union Soviétique. La chute du mur de Berlin en est un symbole historique.

Cette lutte anti-communiste de Jean-Paul II a vite rejoint les préoccupations anti-communistes des administrations étasuniennes des années 1980 en Amérique latine, particulièrement celle de Reagan. Sa visite au Nicaragua nous rappelle cette réprobation faite à sa descente d’avion au père Ernesto Cardenal, alors ministre de la Culture dans le gouvernement sandiniste. Ce dernier, ancien moine et poète bien connu pour ses traductions en langage contemporain des psaumes, s’est engagé avec trois autres prêtres dans le gouvernement sandiniste. Le projet est de s’attaquer aux conditions qui engendrent la pauvreté dans la société nicaraguayenne et de contrer les actions terroristes des « contras », bras armé de Washington et de l’opposition nicaraguayenne. Plutôt que de condamner avec force et sans ambiguïté l’action terroriste des « contras», Jean-Paul II s’évertue à faire ressortir les dangers de systèmes politiques qui privent le peuple de sa liberté et le soumettent à des programmes athés ou à un matérialisme pragmatique qui lui enlève sa richesse transcendantale. Il assimile ainsi le gouvernement sandiniste, intégré par 4 prêtres et plusieurs croyants, à un gouvernement porteur du germe de l’autoritarisme et de l’athéisme. D’ailleurs les quatre prêtres seront relevés de leurs fonctions. C’est ainsi que Jean-Paul II ouvre le dialogue avec ce jeune gouvernement désireux de plus grande justice sociale.

Au Salvador, nous connaissons tous l’histoire de cet évêque, dans ses débuts, plutôt conservateur et proche de l’Opus Dei, Mgr Oscar Romero qui, devant le cadavre criblé de balles du prêtre Rutilio Grande, ouvre les yeux sur le caractère répressif des pouvoirs en place. Cet assassinat n’était pas un acte gratuit mais bel et bien un acte prémédité contre une figure qui dérangeait dans ce petit pays dominé par l’oligarchie et contrôlé par les Etats-Unis. Mgr Romero retrouve donc une liberté de parole qui lui permet de dénoncer les crimes commis et les injustices entretenues par le régime et les classes dominantes. Il sera assassiné à son tour le 24 mars 1979, alors qu’il célèbre la messe dans la cathédrale de San Salvador. Cet assassinat survint peu de temps après s’être présenté à Rome avec un rapport étoffé sur les assassinats et les conditions de vie dans le pays. Dix années plus tard, le 16 novembre 1989, ce sera au tour du recteur de l’université des jésuites (UCA) ainsi que six de ses collègues et deux employés laïcs d’être assassinés par une vingtaine de militaires commandités par le gouvernement salvadorien et Washington. En d’autres circonstances et dans d’autres lieux ces morts seraient vite devenus des martyrs et des saints. À Rome, le saint-père a plutôt exprimé beaucoup de peine et « assuré de sa prière ces âmes dont il souhaite que leur sacrifice n’ait pas été en vain, mais qu’il soit le germe de l’amour fraternel et de paix pour ce pays martyrisé d’El Salvador. » Nous sommes loin de la condamnation des assassins et du régime de terreur qui les soutient.

Qui ne se souvient de sa visite à Santiago du Chili, alors sous le régime dictatorial du général Pinochet. Le monde s’attendait à une condamnation sans équivoque des tortures, des assassinats et de la privation des libertés fondamentales. Jean-Paul II s’est plutôt fait réconciliateur. Il s’est présenté en compagnie de Pinochet lui faisant l’honneur de sa bénédiction et de la sainte communion. Si ce n’eût été du courage d’une jeune femme pour dénoncer devant le Saint Père et le monde entier, lors de la messe papale, les assassinats, les tortures, les emprisonnements arbitraires et les manquements aux droits humains, ces sujets n’auraient pas percé le petit écran de millions de foyers dans le monde. Là aussi des chrétiens et des prêtres ont été assassinés pour leur foi en l’Évangile des pauvres. Ne mentionnons que ce missionnaire français, le père Dubois, tué d’une balle à la tête en provenance d’un militaire alors qu’il lisait sa bible dans sa petite résidence située dans un bidonville de Santiago.

Cette attitude de Jean-Paul II, plutôt contrastante d’avec celle observée en Pologne, reposerait-elle sur une entente tacite intervenue entre le Vatican et Washington ? Le père Pedro Miguel Lamet, jésuite et historien, rapporte dans son livre biographique « Jean-Paul II, le Pape aux deux visages » (Éditions Golias, 1998, p. 371)) une rencontre entre Jean-Paul II et l’homme de la CIA, Vernon Walters. Ce dernier raconte que « lors de cette rencontre, en date du 30 novembre 1981, ils parcoururent la géopolitique du monde et parlèrent de la théologie de la libération qui se répandait en Amérique centrale. Tous les deux se sont mis d’accord pour que les Etats-Unis et le Saint-siège s’emploient à exercer leur pouvoir afin d’empêcher son développement. »

Si une telle alliance s’avérait fondée elle expliquerait tout autant les silences du Vatican sur les régimes répressifs des militaires en Amérique latine que ses condamnations répétées de la théologie de la libération et de ceux qui s’en inspiraient.

Au moment où cet homme vit son vingt-cinquième anniversaire de Pontificat dans la souffrance et que les cardinaux s’interrogent sur celui qui lui succèdera, l’évocation de ces prises de position contradictoires doit rappeler à tous que la liberté dont jouit le véritable prophète vient de Dieu et qu’elle fait bien mauvais ménage avec les compromis liés au pouvoir des puissants. Il en va de la crédibilité même de l’Église, dans sa mission évangélisatrice et prophétique. Il est important que les pauvres de la terre et toute personne de bonne volonté puissent compter sur une parole et un engagement de l’Église qui ne soient pas dictés par les puissants de ce monde. La parole de l’Église doit être une parole signifiante pour tous les peuples de la terre et non pour quelques uns seulement.

Oscar Fortin


Note : Le lieutenant général Vernon Walters, de la CIA, a eu une longue entrevue avec le pape. Cette entrevue se trouve relatée dans les moindres détails dans le livre de Malinski, C. Berstein et M.Politi, Sumo Pontifice, pp. 334-344 .

« Walters étudie comment le pape peut être utile pour les Etats-Unis et pour l’Administration Reagan, notamment sur les questions concernant l’Amérique Centrale, le Proche-Orient, le terrorisme, le contrôle des armes et les affaires liées aux mœurs dans les affaires publiques. Walters est convaincu que le pape est un excellent conbustible pour les avions américains. »

cité par P. M. Lamet dans son livre Jean-Paul II, le pape aux deux visages , p. 272

LA FOI DU VINGT-ET-UNIÈME SIÈCLE

Deux mille ans se sont écoulés depuis l’histoire de Jésus de Nazareth. Né humblement à Bethléem, il grandit à Nazareth, puis prêcha la bonne nouvelle aux humbles et aux petits de la terre, à toute personne de bonne volonté, guérissant des malades, dénonçant l’hypocrisie des pharisiens et des docteurs de la loi, pardonnant les péchés et annonçant l’avènement d’un monde fondé sur un ordre nouveau. Il parla d’un Père céleste avec qui il ne fait qu’un et d’un Esprit qui transforme les cœurs et témoigne de sa mission. Il fut évidemment arrêté puis condamné par les pouvoirs en place à mourir sur une croix. Selon le témoignage de ses proches, il ressuscita le troisième jour et après quelque temps, en compagnie de ses disciples, à qui il rappela qu’il était venu non pas pour être servi mais pour servir, il disparut, mais non sans leur avoir préalablement promis d’être avec eux jusqu’à la fin des temps.

Cette histoire de Jésus se retrouve amplement décrite dans les Évangiles rédigés quelques années plus tard par ses disciples. L’historien Josète, contemporain de cette époque, fait également référence à ce Jésus qui parcourait la Palestine et qui fut condamné à mort sous le règne de Ponce Pilate. D’autres écrits du premier siècle, dont les apocryphes, ont également mis en évidence divers aspects de cette histoire de Jésus.

Depuis lors, cette histoire a connu bien des rebondissements. Tellement qu’aujourd’hui les pouvoirs les plus contradictoires en arrivent à s’en réclamer pour fonder leurs actions meurtrières. Il y a bien sûr l’action meurtrière des guerres, mais également et plus subtilement l’action meurtrière de l’exploitation de la grande majorité des hommes et des femmes de la planète ainsi que le gaspillage des ressources au profit des grandes puissances. Par centaines de milliers les gens meurent de faim, d’épidémie de toute sorte. Pourtant la terre a tout ce qu’il faut pour nourrir tout son monde et éliminer la plupart des maladies dûes à une mauvaise gestion des ressources. Les responsables de ces maux sont pour la plupart les défenseurs des valeurs de l’Occident chrétien.

Les églises qui ont pris la place de Jésus s’ajustent dans la pratique de la viee aux discours des puissants et en deviennent des alliés. Leur organisation, leur doctrine, prennent toute la place. Le messager est de moins en moins transparent au message. De plus en plus de personnes se disent croyantes à Jésus, au message évangélique tout en prenant leur distance par rapport aux églises. Elles découvrent qu’elles peuvent s’approprier le témoignage de Jésus sans pour autant s’engager dans des organisations religieuses et se soumettre à des directives morales émanant de ces dernières. De plus en plus de gens assument en leur âme et conscience les décisions qu’ils prennent, échappant ainsi au contrôle des institutions religieuses sans pour autant échapper au contrôle de leur conscience et du jugement de Dieu.

Le constat peut se résumer ainsi :

1. le libéralisme économique, sous contrôle de l’Occident chrétien et plus particulièrement des maîtres du capital, impose ses règles de productivité, d’efficacité et de rentabilité au reste du monde rendant ainsi le développement équitable impossible au niveau de la planète. Le fossé entre riches et pauvres ne cesse de se creuser;

2. les églises et les organisations religieuses, devenues pour un grand nombre des alliées, combattent ceux et celles qui tendent à modifier cet ordre des choses. Les condamnations répétées de la théologie de la libération et de ceux qui s'en inspirent en est une faible illustration. Il n'est donc pas surprenant qu'elles soient de plus en plus perçues comme des héritages culturels qui répondent davantage à des valeurs de civilisation et de pouvoir qu’à des valeurs évangéliques.

La solidarité qui émane des Évangiles s’étend à la dimension de la planète et questionne fortement les solidarités locales, nationales, régionales qui se développent au détriment de cette solidarité planétaire. Le maintien de nos niveaux de vie et de nos privilèges de consommateurs dont nous jouissons dans cet Occident chrétien ne peut se faire qu’en maintenant dans la famine et l’isolement des centaines de millions d’humains. La terre, ce grand village, est le bien commun de tous les humains de la terre. Ce message de Jésus de Nazareth repose sur des valeurs qui n’ont pas beaucoup à voir avec celles qui inspirent les dirigeants de nos sociétés de consommation et de capitalisation. Ce sont deux mondes. Se référant à ce dernier, Jésus déclare que son royaume n’est pas de ce monde. Le 21ième siècle sera le siècle de la Solidarité. S’il faut s’opposer à la mondialisation des lois du marché, il faut par contre devenir des promoteurs de la mondialisation des lois de la Solidarité.

LES DEUX ROYAUMES

La mission de Jésus débute avec le récit de Jean-Baptiste qui prêche un changement de vie, pas seulement individuelle, mais également dans les relations avec les autres.

" Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche. (Mt.3)

Aux pharisiens et sadducéens qui venaient se faire baptiser pour se donner bonne conscience et surtout laisser d’eux-mêmes une bonne image, il a ces paroles plutôt dures :

" Engeance de vipères, qui vous a suggéré d'échapper à la Colère prochaine ? Produisez donc un fruit digne du repentir.. et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : "Nous avons pour père Abraham. " Car je vous le dis, Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham. » (Mt.3)

Jean qui prépare la voie à celui qui vient et dont il n’est pas digne de dénouer la courroie de ses sandales indique sans équivoque qu’un changement profond s’impose dans les comportements et la manière de voir les choses. Les belles paroles ne suffisent plus et les apparences ne comptent plus.

Jésus se présente donc au baptême de Jean et, investi de l’Esprit, il se rend au désert pour se soumettre aux trois grandes tentations qui guettent tout grand leader et toute personne.

RÉCIT DE LA RENCONTRE DE JÉSUS ET DE SON ADVERSAIRE DANS LE DÉSERT

Les Évangiles (Luc et Mathieu) nous disent que Jésus, après avoir reçu le baptême de Jean et être investi de l’Esprit s’est rendu au désert pour y être mis à l’épreuve. Il est certain que ce récit ne peut reposer que sur des confidences faites par Jésus aux siens. Il n’y avait aucun témoin pour assister à la scène. Il est fort probable que Jésus, voulant illustrer les difficultés que ses disciples auraient à rencontrer a raconté cette expérience personnelle. Après 40 jours de jeûnes et de prières, il a évidemment eu faim et a vu l’ampleur de sa mission. C’est alors que Satan (adversaire en hébreux et calomniateur en grec), sans doute sous l’apparence d’un jeune homme intelligent et bien mis, s’en approche et amorce un dialogue des plus civilisés.

D’abord, voyant qu’il a faim, il lui suggère d’utiliser son pouvoir divin pour satisfaire cette faim qui le ronge en transformant une pierre en pain. Au fond, l’idée n’est pas si mauvaise et reflète une certaine sensibilité de Satan à l’endroit de la situation de Jésus. Le jeûne n’a-t-il pas assez duré et ne peut-il pas satisfaire ses besoins en faisant appel aux pouvoirs divins dont il est investi ? S’il faut attendre que quelqu’un vienne lui apporter de quoi manger, il peut attendre encore longtemps. Pour reprendre une expression que nous utilisons souvent en nous-mêmes, « il n’y a pas de mal à se faire du bien » ou encore « on n’est jamais si bien servi que par soi-même » surtout après une période d’aussi grande privation et au moment où le besoin est si fort.

"Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre qu'elle devienne du pain. "(Lc.4)

Jésus ne le voit pas de la même façon. Il a évidemment faim et ressent sûrement beaucoup d’autres besoins. Par contre, il a un autre interlocuteur, son Père, à qui il s’en remet complètement. Ne donne-t-il pas à manger aux oiseaux du ciel et aux animaux de la terre? N’est-il pas celui en qui le Père a mis toute sa complaisance ? Il s’en remet donc à ce dernier et il n’est pas question que son pouvoir divin soit mis au service de la satisfaction de ses propres besoins. Son pouvoir n’est pas là pour satisfaire ses besoins personnels. Ces derniers doivent plutôt être subordonnés et servir à sa mission.

L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. (Mt.4)

Son interlocuteur, voyant sa détermination à s’en remettre à Dieu, l’amena sur une haute montagne et là lui proposa un « pacte » qui lui permettrait de réaliser sa mission : dominer le monde sans devoir passer par le dur chemin de la souffrance. Pourquoi, au fond, se donner autant de peine, s’il est possible de s’entendre en faisant quelques compromis en échange d’avantages évidents de part et d’autre ? La vision qu’a Satan de la mission de Jésus c’est qu’il vient pour reprendre possession du monde. Alors aussi bien s’entendre pour mieux se le partager.

"Je te donnerai toute cette puissance, et la gloire de ces royaumes; car elle m'a été donnée, et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi."

La proposition n’est-elle pas ce qu’il y a de plus raisonnable : je te donne plein pouvoir sur tous les royaumes de la terre en échange du respect de mon autorité sur toi. Jésus est évidemment conscient que bien des embûches et des souffrances seraient ainsi évitées. Mais, ce n’est pas la voie choisie. Ce ne sont même pas ces royaumes ni la puissance de Satan sur ces derniers qui l’intéressent. Il n’est pas à la recherche d’une couronne de domination. Le royaume pour lequel il est venu n’a rien à voir avec celui de son interlocuteur. Il prend donc ses distances par rapport à tout compromis ou situation de dépendance qui le lierait à autre chose qu’à ce pour quoi il est venu. Il n’est au service d’aucun roi, d’aucun maître. De plus le royaume pour lequel il est venu n’obéit pas aux mêmes lois que celles qui régissent les royaumes sous la domination de Satan.

Jésus lui répondit: Il est écrit: "Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. "

Il n’y a donc pas de place pour quelque compromis que ce soit. La seule autorité qui s’impose est celle de son Père et c’est avec cette dernière seule qu’il va assumer sa mission. Pas question de compromis, de complicité, de connivence, d’aucune concession de quelque nature que ce soit. S’il faut souffrir, être persécuté, être rejeté et mourir pour réaliser la mission comme le veut son père, il passera par cette voie. Pas question de s’en remettre à quelqu’un d’autre, même en échange de tous les pouvoirs de la terre.

Encore là Satan, voyant sa détermination, l’amena sur le haut du temple et lui dit :

Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas; car il est écrit: Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet; Et ils te porteront sur les mains, De peur que ton pied ne heurte contre une pierre.

Cette suggestion, à l’effet de révéler sa divinité en se lançant du haut du temple pour que des êtres célestes viennent le déposer doucement devant des foules émerveillées, n’ouvre-t-elle pas la voie à une issue moins contraignante et plus efficace que d’entreprendre un long chemin de croix qui n’a pas beaucoup à voir avec l’enthousiasme des foules et le pouvoir merveilleux du divin. Il n’est pas sans savoir que la croix l’attend et que ce n’est pas la manière la plus évidente de manifester sa royauté et encore moins de se gagner l’admiration de l’humanité. C’est donner l’image d’un Dieu passablement faible et peu intéressant. Évidemment que le spectacle d’une descente du haut du temple portée par des êtres célestes aurait un meilleur impact et lui gagnerait plus facilement les foules. Là encore la voie choisie par son Père n’est pas celle proposée par Satan. Sa mission ne répond pas aux valeurs du monde placé sous le règne de ce dernier et ne peut d’aucune manière s'ajuster à ses critères. On ne peut demander à Dieu de faire des actions d’éclat comme le monde les aime pour montrer qui il est.

Jésus lui répondit: Il es dit: Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu.

C’est ainsi que prend fin la rencontre entre les défenseurs des deux grands biens qui se disputent l’humanité. Satan a le contrôle de tous les royaumes de la terre et il y développe les valeurs de la consommation, de la domination, du prestige. C'est pour ainsi dire le monde l'"avoir", du "pouvoir" et du "paraître". L’humanité cherche en ces dernières son bonheur mais sans jamais y arriver. Les famines, les guerres, les honneurs qui s’envolent, les réussites qui se transforment en échecs, les tromperies et les mensonges, enfin tout ce qui est enveloppé dans le temps et l’espace représente les valeurs et les limites du royaume de Satan. Jésus pour sa part vient inaugurer l’avènement d’un nouveau royaume où l'avoir devient partage, le pouvoir devient service et le paraître devient vérité. Les relations humaines ne seront plus sous le signe de la consommation, de la domination et des honneurs. Elles seront marquées par l’amour, la bonté, le pardon, le service, l’entraide, la solidarité, l’humilité, la paix, la justice. S’il y a consommation ce sera pour la partager, s’il y a de la domination ce sera pour servir, s’il y a recherche des honneurs ce sera pour les remettre aux autres.

LE MONDE ET L’ÉGLISE D’AUJOURD’HUI

Après deux mille ans d’histoire qu’en est-il de ce dialogue entre ces deux mondes, entre les représentants de ces deux royaumes? Il y a le monde des royaumes terrestres avec leurs puissances et dominations et il y a celui du Royaume céleste avec les Églises. Les Églises ont-elles les mêmes réponses que Jésus a données à Satan? S’en remettent-elles avec autant de détermination au Père ? Se démarquent-elles avec autant de fermeté que l’a fait Jésus de tout compromis, de toute complicité ? Auraient-elles des redevances, des promesses, qui les rendraient moins dérangeantes à l’endroit de certains pouvoirs ? Ont-elles cédé à la tentation de certaines complicités avec les pouvoirs de consommation, de domination et de prestige? Ne se retrouvent-elles pas dans la même situation que les synagogues au temps de Jésus ?

Nous résistons aux États laics, nous luttons pour maintenir nos écoles confessionnelles, nous négocions les privilèges fiscaux conquis avec les décennies. Au fond, nous négocions avec des pouvoirs autres que ceux du Père pour garder nos privilèges et avantages que nos liens privilégiés avec les pouvoirs nous ont permis de gagner….

Jésus nous dit : aucun compromis, aucune négociation, aucun intérêt pour ses disciples à entrer dans la vision d’un monde qui n’est pas celui du Père. « Mon règne n’est pas de ce monde et mon pouvoir n’a rien à voir avec ce dernier. » Aucun compromis n’est possible. Tout est entre les mains du Père et de Jésus de Nazareth, son envoyé au milieu des hommes.
Les églises et les croyants, en revenant à leurs racines évangéliques, retrouveront leur liberté face aux puissances de ce monde et ils développeront une solidarité sans équivoque avec tous les humains de la terre, en commençant par les chaînons les plus faibles que sont tous les laissés pour compte.
Oscar Foritn

LES PRISONS DU MONDE

L’ex Président tchèque, Vaclav Havel, lors de l’inauguration d’une conférence internationale portant sur la démocratie à Cuba, a qualifié ce dernier d’énorme prison. Cette remarque de la part d’un fervent défenseur de l’intervention américaine en Irak m’a conduit à quelques réflexions sur les multiples prisons qui affectent les libertés les plus fondamentales ainsi que la capacité de les exprimer sous toutes leurs formes. Un regard serein sur la situation du monde nous conduit inévitablement à ces multiples brisures qui font que les uns ont de plus en plus de liberté pour s’exprimer, voyager, s’éduquer, se faire soigner, influencer les pouvoirs politiques, économiques, culturels, religieux alors que d’autres en sont de plus en plus exclus.

Regardons un instants certaines contraintes aux libertés fondamentales que sont le manque d’alimentation, de soins de santé, d’accès à l’éducation, au logement décent, au travail valorisant. La majorité des populations, non seulement des pays de l’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie, mais aussi, dans une moindre mesure, des pays dits développés comme les nôtres, en sont victimes. Cette situation nous fait prendre conscience que toutes ces personnes sont prisonnières de la misère, de l’analphabétisme, de la sous-alimentation et qu’elles sont exclues, dans les faits, des bienfaits des sociétés de consommation. En Haïti, en République Dominicaine et dans la plupart des pays de l’Amérique centrale, la grande majorité des personnes ne pourront jamais prendre l’avion pour aller se balader dans les supermarchés ou sur les îles enchanteresses de nos destinations touristiques. Il n’est pas nécessaire d’être poète ou grand politicien pour faire ce constat des milles et une misères qui retiennent des populations entières prisonnières d’un destin non choisi mais souvent voulu et entretenu par d’autres qui en tirent leur « liberté ».

Pour revenir à l’immense prison qu’est Cuba, selon l’expression de Vaclav Havel, il n’est pas négligeable de rappeler que de toutes les prisons sociales de l’Amérique latine, elle est encore celle qui accorde à la personne humaine de tous les milieux sociaux le plus grand respect. Nous n’avons qu’à penser au taux de mortalité infantile qui est le plus bas des pays de l’Amérique, aux soins de santé accessibles à tous, à l’analphabétisme qui a été ramené à presque rien, à l’accès aux études supérieures ouvert à tous ceux et celles qui en ont les capacités. Déjà nous connaissons la réputation de Cuba pour sa médecine et son ouverture à la formation de milliers de médecins non seulement cubains mais également venant de nombreux autres pays dont des Etats-Unis. S’ajoutent à cette mobilisation ces milliers de médecins et professeurs qui travaillent comme coopérants auprès de populations prisonnières de l’analphabétisme, de maladies et d’exclusion.

Cuba a opté pour la prison de la solidarité pour vaincre les prisons de l’exclusion. Cette solidarité a ses contraintes d’autant plus nécessaires que les maîtres de l’empire craignent l’ouverture des portes des autres prisons où sont enfermés des millions de personnes humaines qui souhaitent s’en sortir. Tous veulent sortir de prison, certains de celles de la misère, d’autres de celles de la solidarité. Nous sommes tous prisonniers d’un destin qui devra un jour ou l’autre, sans aucune exception, prendre en compte tous les humains de la terre. « Que ceux qui ont des yeux pour voir, voient et des oreilles pour entendre, entendent. »

Oscar Fortin

LES MEDIAS ET LES TUERIES :UN CHOIX POLITIQUE

Il y a maintenant plus d’une semaine que des personnes, ceinturées de dynamite, ont pris en otage des centaines d’étudiants et de parents dans une école de Russie. Pour des raisons encore inconnues le tout s’est transformé en un bain de sang largement rapporté par les media à travers le monde. Au même moment, des bombardiers de la force d’occupation en Irak, munis de bombes à haute puissance explosive, larguaient ces dernières sur des quartiers résidentiels de Bagdad, causant la mort de dizaines de civils et blessant des centaines d’autres. Dans un cas comme dans l’autre, les victimes sont des humains, enfants et adultes, qui portent la douleur d’une violence injustifiée et dont le sang est tout aussi dramatique pour les uns comme pour les autres. La douleur et la souffrance n’ont ni couleur, ni nationalité, ni religion.

Alors pourquoi certaines cruautés nous sont si crûment présentées pendant que d’autres sont à ce point couvertes que nous en venons à penser qu’elles sont des bénédictions du ciel ? Quelle différence y a-t-il entre un kamikaze ceinturé de dynamite et un bombardier gonflé de bombes incendiaires et mortelles ? Quelle différence y a-t-il entre les victimes innocentes des uns et des autres ? On annonce la décapitation d’un travailleur comme un crime barbare en même temps que l’on signale que plus de cent personnes ont été tués lors de bombardements dans un quartier résidentiel sans toutefois ajouter l’horreur à de tels massacres. .En tant que citoyen qui croit à la charte des droits de la personne s’appliquant du premier au dernier des humains je ne puis demeurer silencieux devant le fait que nous départagions ainsi et à notre convenance les bons assassins des mauvais ainsi que les bonnes victimes des mauvaises victimes. Comme si nous pouvions parler de bons et de mauvais malheurs. Les artisans de l’information, les faiseurs d’opinion, les spécialistes de la manipulation et notre manque d’analyse critique participent à ce départage. Nous en portons tous la responsabilité.

En Irak, par exemple, on ne parle pas des forces d’occupation mais de celles de la coalition. On ne parle pas de la résistance irakienne, mais de terroristes, de délinquants, de fanatiques, d’antisociaux. Lorsque l’Allemagne a envahi la France dans les années 1940 on parlait vraiment d’une force d’occupation et les français qui s’allièrent à cette force on les appelait des
«collaborateurs». Nous savons aujourd’hui qui étaient les véritables héros. Que penserions-nous des canadiens qui n’auraient pas le courage de défendre leur patrie contre tout envahisseur, qui plus est en deviendraient des « collaborateurs » ? Nous les traiterions de traîtres. Ils seraient jugés et condamnés à des peines d’emprisonnement. Dans certains pays de tels agissements conduisent directement à la peine de mort. Actuellement en Irak, c’est l’inverse qui se produit : le résistant, celui qui lutte contre l’occupation est le traître et le « collaborateur » est le bon citoyen fidèle à sa patrie.

Les medias, ceux qui arrivent jusqu’à nous, reproduisent et entretiennent, à de rares exceptions près, cette perception des choses. La profession de journaliste ressemble de plus en plus et pour un nombre toujours plus croissant à du « couper-coller ». Quelques grandes agences de presse ayant acquis le droit de régner s’occupent des messages et du sens à leur donner. Les nouvelles en provenance d’autres agences de presse, n’ayant pas acquis leur droit de noblesse dans ce club sélecte, comme Prensa latina plus près de nous, sont plutôt rares et exceptionnelles. Il y a de l’information que l’on préfère taire. Évidemment pour le bien de la population et celui de la démocratie.

Oscar Fortin

OÙ ÉTAIT DIEU

L’Archevêque de Canterbury se demande où était Dieu « pendant la catastrophe qui a dévasté les pays de l'océan Indien, tuant quelque 200 000 personnes? » La réponse de l’Évangile me semble aller de soi : « à accueillir les victimes pour les introduire dans son Royaume et à brasser la conscience humaine pour faire émerger une solidarité mondiale fondée sur des valeurs autres que celles qui sont commandées par le matérialisme, l’individualisme, la domination et le sectarisme. Ces dernières valeurs, également, font quotidiennement des milliers de morts sans que personne s’en scandalise.

Ceux et celles qui lisent les Évangiles, qui méditent de temps en temps l’Apocalypse, qui regardent un peu l’histoire, non seulement celle des forces de la nature mais également celle de l’ambition des hommes, ne peuvent que constater qu’il y a inévitablement un monde qui ne peut que passer, un monde éphémère, un monde à courte vue et un autre, plus durable et humain, qui se construit à coup de grâce et de miracles de la vie à travers des solidarités inspirées de respect, de justice et d’amour. Que ce soit 150 000 personnes tuées par les forces de la nature ou 150 000 personnes tuées par les guerres de conquêtes ou des épidémies, dans tous les cas ce sont des tragédies qui interpellent la conscience et la solidarité humaine. C’est dans cette conscience et cette solidarité, non de circonstances pour les caméras, que l’on trouvera Dieu et que l’on découvrira l’enfantement d’un monde nouveau.

Jésus de Nazareth, le seul à nous parler avec autorité de Dieu, nous raconte sa rencontre avec le prince de ce monde :

Satan que l'hébreu traduit par « L'adversaire" et le grec, le "calomniateur" l'entraîna sur une hauteur, lui montra en un instant tous les royaumes de la terre et lui dit :- Je te donnerai la domination universelle ainsi que les richesses et la gloire de ces royaumes. Car tout cela a été remis entre mes mains et je le donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, tout cela sera à toi. » (Lc 4,6-7)

En réponse, Jésus lui dit qu’il n’a qu’un Maître et que ce n’est pas lui, mais son Père. Plus tard, à Pilate il ajoutera : « Mon royaume n’est pas de ce monde…s’il l’était, mon Père m’enverrait des légions d’anges…. » (Jn 18,36; Mt 26,53)
Cette anecdote nous rappelle d'autres acteurs qui ont le pouvoir d'agir sur les forces de la nature et le comportement des humains. Nous n'en sommes encore qu'au début de la compréhension de cet univers aux millions d'étoiles et aux forces insoupçonnées. Jésus nous dit qu'il n'est pas venu pour détruire mais pour sauver....

À tous les pasteurs chrétiens qui se voient bousculés dans leur foi en Jésus de Nazareth par cet évènement, je citerai ce passage de l’Évangile de Mathieu qui dit depuis longtemps ce qui se déroule maintenant sous nos yeux:

«Vous aurez aussi à entendre parler de guerres et de rumeurs de guerres ; voyez, ne vous alarmez pas : car il faut que cela arrive, mais ce n'est pas encore la fin. On se dressera, en effet, nation contre nation et royaume contre royaume. Il y aura par endroits des famines et des tremblements de terre. Et tout cela ne sera que le commencement des douleurs de l'enfantement. Alors on vous livrera aux tourments et on vous tuera ; vous serez haïs de toutes les nations à cause de mon nom. Et alors beaucoup succomberont ; ce seront des trahisons et des haines intestines. Des faux prophètes surgiront nombreux et abuseront bien des gens. Par suite de l'iniquité croissante, l'amour se refroidira chez le grand nombre. Mais celui qui aura tenu bon jusqu'au bout, celui-là sera sauvé. » (Mt 24, 6-13)

Il faut souhaiter qu’arrive bientôt le jour où la mondialisation de la solidarité s’affirmera pour soutenir les centaines de milliers de victimes du sida, des famines, de l’exploitation éhontée d’hommes, de femmes et d’enfants dans des entreprises à profit. Que penser, également, de ces centaines de milliers de victimes de guerres de conquêtes et de religions. Le Royaume de Dieu est celui qui s’occupe des veuves, des orphelins, des laissés pour compte de la société, de ceux qui ont faim et soif, des persécutés pour la justice. OÙ EST DIEU ? Il est là avec tous ceux qui oeuvrent à l’enfantement de ce nouveau monde et peut-être de façon particulière en ces jours-ci, là où sont les « intouchables », ces personnages au bas de l’échelle des casques qui défient les odeurs et les risques d'épidémies pour retrouver les morts et les transportés dans des centres dédiés à les identifier et à les ensevelir dans la dignité ? Dieu est surement très proche de tout ce monde.

Oscar Fortin

LETTRE OUVERTE DE JÉSUS-CHRIST À G.W.BUSH

Mon cher Georges, je n’ai pas l’habitude d’écrire ouvertement des lettres comme celle que je m’apprête à t’écrire. Seules des circonstances exceptionnelles expliquent cette initiative. Je te sais très religieux et tu ne manques pas d’occasion pour me prendre à témoin de tes décisions et des paroles que tu dis. Cependant, je t’avouerai que je me sens bien mal à l’aise d’être ainsi mis à contribution pour soutenir et encourager des actions qui vont, plus souvent que moins, à l’encontre des valeurs et du témoignage que j’ai apportés à l’humanité. Je regrette que certains responsables d’églises se fassent aussi discrets, pour ne pas dire complaisants, quand vient le temps de te rappeler certaines vérités fondamentales des Évangiles.

En tout premier lieu, je tiens à te rappeler que mon Royaume n’est pas de ce monde (Jn. 18,36), car s’il l’était il y a belle lurette que mon Père m’aurait envoyé des légions d’anges ( Mt.26,53) pour vaincre mes ennemis. Le monde que tu cherches à bâtir avec tes armées n’a donc rien à voir avec mon Royaume. Tu parles d’un monde de liberté alors que tu sais très bien que la grande majorité des humains de la terre vit sous la domination de forces qui les retiennent dans l’exclusion. La mortalité infantile, les épidémies de toute sorte, l’analphabétisme, les logements insalubres, le manque de travail sont autant de contraintes à cette liberté que j’ai pourtant prêchée et pour laquelle j’ai témoigné. La liberté du Royaume, mon cher Georges, ne s’adresse pas seulement à un groupe sélect d’humains, mais à tous les humains de la terre. Regarde simplement tes dernières mesures prises contre Cuba, ton voisin du sud. Penses-tu qu’elles sont le reflet des valeurs de mon Royaume ? Penses-tu faire ainsi œuvre d’Évangile ? Tu sais bien que non. Il en va de même pour ta guerre en Irak et ton acharnement contre tout ce qui touche les intérêts de certains groupes puissants de ton peuple. Je ne peux pas, Georges, cautionner une telle approche et la vision d’une telle liberté. Ce n’est pas ce type de Royaume que mon Père m’a envoyé annoncer. N’oublie pas que tous les humains sont tes frères. Quand tu dis Notre Père pense à tous tes ennemis qui sont tes frères.

En second lieu, je tiens à te mentionner que toute ma vie sur terre j’ai prêché et répété à profusion qu’il ne nous appartenait pas de juger qui que ce soit ni de séparer le bon grain du mauvais (Mt. 13,24). Ta croisade contre les « voyous », les « terroristes », ceux et celles qui s’élèvent contre tes politiques et que tu identifies aux forces du « mal » va directement à l’encontre de ce que j’ai témoigné. N’ai-je pas dit qu’il y aura bien des surprises au jugement dernier ? Toi qui lis la bible régulièrement, n’as-tu pas lu le récit du jugement dernier que rapporte Mt.25, 31. Rappelle-toi que les forces du bien se reconnaissent par la recherche de la vérité et non du mensonge, par la promotion de la justice et non de l’exploitation, par la recherche de la paix et non de la domination, par l’humilité et non l’orgueil ou la suffisance.

En troisième et dernier lieu, je te dirai que ceux et celles qui se revendiquent de moi sans tendre à être des serviteurs doux et humbles des laissés pour compte de la terre ne sont que des sépulcres blanchis : « …au-dehors ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’ossements de morts et d’impuretés de toutes sortes. Ainsi de vous : au-dehors vous offrez aux hommes l’apparence de justes, alors qu’au-dedans vous êtes remplis d’hypocrisie et d’iniquité… » (Mt.23, 27-28).

Mon cher Georges, réfléchis bien à ta foi et aux actions que tu poses. Ton zèle t’aveugle et ton orgueil te trompe. Tu as besoin d’une seconde conversion. Il n’est pas trop tard….

Selon Oscar Fortin

CONDOLEEZZA RICE ET LA LIBERTÉ

La nouvelle secrétaire d’État aux affaires extérieures, Mme Condoleezza Rice, n’a pas manqué de mettre en évidence la démocratie et la liberté comme un des objectifs recherchés par l’Administration Bush dans ses relations internationales.

"Il reste des avant-postes de la tyrannie", a-t-elle dit, en citant Cuba, la Birmanie, le Corée du Nord, l'Iran, la Biélorussie et le Zimbabwe. "Nous ne serons pas en repos tant que chaque personne qui vit dans une société de la peur n'aura pas recouvré la liberté. »

Elle s’en prend à Cuba, petit pays des Caraïbes, qui, en dépit d’un blocus économique qui va directement à l’encontre du régime de droit et de la liberté qu’elle prêche, émerge malgré tout du sous-développement. Ce pays se compare haut la main quant à la qualité de vie accordée à l’ensemble de ses citoyens avec ses voisins que sont Haïti, la République Dominicaine et tous les pays de l’Amérique centrale, pourtant tous sous protection du grand frère étasunien. Son système d’éducation, en plus d’ouvrir à des formations supérieures, a fait disparaître l’analphabétisme. Déjà nous connaissons un peu mieux la réputation internationale de son système de santé et la contribution qu’il apporte avec plus de 15 000 médecins déployés dans diverses régions du monde pour répondre à des besoins urgents. Ceux et celles qui ont eu la chance de voir le documentaire d’ Oliver Stone « El commandante » que l’administration Bush a voulu interdire de diffusion, comme si la liberté devait être protégée de certaines vérités, auront compris que le tyran et l’assassin a moins de morts sur la conscience que ses voisins et que l’humanisme dont il se fait l’apôtre est plus ouvert que celui que l’on lui prête.

Bien plus, Mme Rice qui se porte à la défense de la démocratie et de la liberté trouve que le démocrate Chavez, pourtant grand vainqueur d’un référendum démocratique le confirmant dans ses fonctions, prend des libertés qui ne lui plaisent pas. Comment alors concilier une vision de la démocratie qui est avant tout l’expression de la volonté d’un peuple avec celle de vouloir la contrôler de l’extérieur ? De quelle liberté et liberté de qui parle-t-on ? Mme Rice n’aime pas que le peuple vénézuélien ait des relations avec Cuba, comme si ce dernier n’était pas libre de le faire. Elle s’est bien gardée, cependant, de reprocher à la Chine d’avoir de telles relations avec Cuba.

Nous sommes témoins d’une hypocrisie qui s’empare des mots pour nous rejoindre dans nos valeurs profondes et en faire des paravents pour mieux couvrir des actions dont les seuls objectifs sont les intérêts nationaux et corporatifs des étasuniens. Il n’y a de liberté que celle qui leur permet de dominer. Mme Rice devrait savoir que la liberté sans peur dont elle parle est celle qui vainc toute domination, incluant celle qu’elle voudraient se réserver.


Oscar Fortin
740, Ave Désy, Québec (Qué), G1S 2X5 TÉL. 418-527-2168

LA MÉDAILLE DE LA LIBERTÉ REÇUE PAR JEAN-PAUL II DES MAINS DE BUSH


G.W. BUSH a remis avec un certain décorum la médaille de la LIBERTÉ à Jean-Paul II, reconnaissant ainsi le rôle important qu’il a joué au service de cette « liberté » dont son Administration se fait l’apôtre un peu partout dans le monde. Hommage qu’a reçu avec humilité le Saint-Père. Cette remise se fait au moment même où les États-Unis se préparent à célébrer en grande pompe les funérailles de l’ex-président des États-Unis, Ronald Reagan, avec qui Jean-Paul II a entretenu des relations privilégiées et que Bush a qualifié, pour sa part, de mentor spirituel et politique de son Administration.

L’importance de l’évènement, en raison des personnages impliqués, ainsi que la notion même de liberté qui prend autant de sens qu’il y a d’idéologies, de groupes sociaux et de croyances religieuses nous incitent à questionner le sens de cette liberté dont le président Bush a honoré Jean-Paul II. Ne sommes-nous pas en droit de nous demander de quelle liberté s’agit-il, liberté de qui et pour qui ? Rejoint-elle vraiment cette liberté à laquelle nous convie le Nazaréen: « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres. » (Jn. 8,31-32). N’est-il pas quelque peu paradoxal que la remise de cette médaille de la liberté soit faite par celui-là même qui a couvert d’un mensonge énorme l’invasion de l’Irak dont les morts se comptent à ce jour par centaines de milliers et dont le mentor politique a été, pour sa part, le principal instigateur de l’ « Irangate »? On se souviendra de toutes les magouilles financières et autres qui ont été utilisées, à cette époque, pour camoufler le financement de ces mercenaires regroupés sous la bannière des « Contras ». Un scandale qui aurait pu conduire à la destitution du président Reagan et embarrasser certains gestionnaires de la « Banque du Vatican ».

Ma réflexion ne se veut pas un retour sur la liste des horreurs commises « au nom de cette liberté ». Inutile de rappeler le Chili de Pinochet, l’Argentine des généraux, les conflits sanglants au Salvador, au Nicaragua, au Guatemala, les tentatives d’invasion de Cuba et le maintien d’un blocus économique criminel qui dure depuis plus de 45 ans, l’invasion de la Grenade de même que les dizaines de dictatures entretenues dans les bonnes grâces de l’Empire un peu partout à travers le monde. Ce sont des milliers de morts, de prisonniers, de torturés et d’enfants laissés orphelins dont il faudrait compter l’histoire. À tout cela, il faudrait mentionner la pauvreté de millions de personnes soumises aux lois du marché, fixées par les conglomérats qui disposent dans ces domaines de la plus entière liberté. Il ne faut surtout pas contraindre ces derniers à des restrictions de nature à ralentir leur développement et leur rendement financier. Ils ont en horreur des mesures sociales dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’environnement, pour ne mentionner que ceux-là. Leur liberté est celle qui doit prédominer sur toutes les autres.

Ceci dit, je voudrais plutôt interpeller ceux et celles qui se disent les porteurs des valeurs fondamentales du christianisme et dont la mission est d’en témoigner sans équivoque. Nous savons le rôle important joué par bon nombre de nos évêques et cardinaux auprès des régimes répressifs de l’Amérique latine. Si le Salvador a eu son martyr en la personne de Mgr Romero, le Brésil son apôtre avec Don Elder Camera, le Chili son défenseur du peuple avec le cardinal Sylva Enriquez, il faut reconnaître que la grande majorité de l’Épiscopat latino-américain est plutôt un fief conservateur sur le plan religieux et un allié fiable des régimes répressifs et des gouvernements d’idéologie néolibérale. Nous n’avons qu’à penser au rôle important joué par le cardinal Ovando du Nicaragua qui a été un allié actif de Ronald Reagan dans sa lutte contre le gouvernement sandiniste. Il ne s’est fait aucun scrupule de son engagement politique en appui aux orientations de Washington et aux activités terroristes des « contras ». Le discours de la non violence et de la conversion des cœurs avait laissé la place au discours de lutte contre le communisme et pour le renversement du gouvernement sandiniste. Ce n’est pas pour rien qu’il organise des célébrations spéciales pour signaler la mort de Ronald Reagan. Aujourd’hui, plus que jamais, il y a des Ovando dans tous les pays de l’Amérique latine.

Qui ne se souvient de la visite de Jean-Paul II au Chili, plutôt silencieux sur les crimes de Pinochet, alors que celle réalisée au Nicaragua s’est amorcée à l’aéroport même où il en a profité pour sermonner devant les caméras du monde entier le père Ernesto Cardenal, membre influent du gouvernement. Trois autres prêtres participaient également à ce gouvernement et y occupaient des postes ministériels importants. L’objectif d’un tel gouvernement était d’assurer la santé à tous, rendre l’éducation accessible au plus grand nombre et s’assurer que les intérêts du peuple soient respectés et développés. Comment la lutte contre ce « communisme compris à la Reagan » pouvait-elle être plus importante et porteuse de plus de liberté que celle visant la libération de tout un peuple de l’analphabétisme, des injustices, de la pauvreté et de la dépendance ? Qu’a-t-elle en commun cette liberté d’un peuple avec celle dont l’administration Bush honore Jean-Paul II ?

La catholicité, dans son sens universel, dont les Églises se targuent tant, qu’est-elle devenue ? Qu’ont-ils à dire ces deux tiers de l’humanité qui croupissent sous la misère et la pauvreté ? Où est-elle leur liberté ? Où sont-ils ceux et celles qui s’identifient à cette tranche d’humanité et qui prennent en leur nom la parole pour parler aussi de LIBERTÉ, mais cette fois de cette liberté qui affranchit et permet à chaque être humain, à chaque personne humaine d’occuper toute la place à laquelle elle a droit ? Où sont-ils ces prophètes qui ont le courage de prendre la parole pour dénoncer les hypocrisies, les manipulations, les mensonges déguisés en vérité, les lois et les conventions qui génèrent et entretiennent la discrimination et l’injustice ? On se rencontre entre grands et puissants, on se fait de petites remontrances pour mieux se donner bonne conscience et à la fin on se retrouve pour célébrer des réconciliations et se distribuer des médailles. Le langage des béatitudes et celui contre le pharisaïsme sous toutes ses formes ne trouvent pratiquement plus d’écho: la diplomatie et la délicatesse entre alliés étant de mise.

Nous avons évidemment des prophètes, de vrais prophètes. Nous pouvons penser à Gandhi, à Martin Luther King, à Salvador Allende, à l’abbé Pierre, à Mgr Romero, à Ernesto Cardenal, aux théologiens de la libération dont plusieurs ont payé de leur vie leur témoignage, à Nelson Mandela et à combien d’autres au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique et en Amérique. Sauf quelques rares exceptions, ces prophètes sont soit condamnés au silence, soit emprisonnés ou encore tout simplement exécutés comme ce fut récemment le cas à l’Université de San Salvador avec l’assassinat de sept jésuites et de deux laïcs. Déjà on avait passé par les armes l’évêque du lieu, Mgr Romero et combien d’autres avant lui.

On peut se demander, à la lumière de tout ce qui se passe aujourd’hui, si Jésus se serait prêté à pareil compromis. Aurait-il accepté de partager une même médaille de liberté avec ce Vernon Walters, ex-sous-directeur de la CIA, celui-là même qui donna son aval à Pinochet pour aller de l’avant avec le Plan Condor et qui allait devenir dans les années suivantes l’informateur officiel de Reagan auprès de Jean-Paul II? Lui aussi a été honoré de cette médaille de la liberté.

Une méditation sur la deuxième tentation de Jésus au Désert aurait sûrement conduit à une autre approche.



Oscar Fortin

"EL COMANDANTE" D'OLIVER STONE

Je viens de voir sur CBC, réseau anglais de la télévision d’État, le film, El Comandante, réalisé par Oliver Stone. Je comprends que ce documentaire sur Fidel Castro ait déplu aux anti-castristes de Miami et à l’Administration Bush. L’homme qu’ils s’acharnent, depuis plus de 45 ans, à diaboliser et à faire passer pour un des dictateurs les plus sanguinaires de notre temps, se révèle être un humaniste, préoccupé d’éducation et de santé, sensible aux causes de justice sociale et de liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il croit plus en la persuasion que dans la force. Aucun monument, aucune rue, aucun édifice ne portent son nom ou met en évidence un buste ou une photo de son personnage. Dans sa vie personnelle on ne voit aucun déploiement de richesses qui trahirait ses convictions profondes. Nous comprenons mieux l’ascendant qu’un tel personnage peut exercer sur le peuple cubain et la majorité des peuples de l’Amérique latine. Nous saisissons mieux le respect qu’il inspire à l’ensemble des pays du Tiers-monde et à de plus en plus de gens de nos sociétés. Si ce n’était de l’image dont on nous nourrit depuis autant d’années nous serions sans doute plus nombreux à être plus proches et plus sympathiques au progrès réalisé dans cette île sous embargo depuis plus de 40 ans.

Je suis un admirateur de Cuba, de son histoire et des acquis d’une révolution dont tout le mérite revient au peuple et à son leader Fidel. À bout de bras et avec abnégation ils se sont sortis des rênes du pouvoir des despotes et ont permis l’émergence d’un homme nouveau capable de solidarité, de dépassement et de créativité. Loin de comprendre le phénomène précurseur d’une Amérique latine nouvelle, les administrations successives étasuniennes ont choisi de bloquer par l’intérieur et par l’extérieur la naissance de cet homme nouveau qui a en partage, la terre, la santé, l’éducation, le travail, la solidarité et la justice. Cet idéal, déjà présent dans le cœur et l’esprit des combattants de 1953 et de 1959, est toujours là malgré et en dépit des difficultés rencontrées tout au long des 50 dernières années. Encore tout récemment, Fidel Castro a mis au défi les Etats-Unis et ceux de l’Europe d’envoyer à leurs frais dans les pays les plus pauvres 16 000 médecins pour travailler dans les endroits les plus défavorisés et où personne ne veut aller. C’est pourtant ce que fait actuellement Cuba.

Il ne fait pas de doute que cette révolution, menée par des hommes et des femmes au prise également avec leurs limites humaines, a connu des abus, commis des injustices, entaché l’idéal de la Révolution. Chaque fois que ces déviations ont pu être identifiées des mesures ont été prises pour y apporter des correctifs. Pour comprendre ces phénomènes nous n’avons qu’à nous référer à nos propres structures de pouvoir qui donnent lieu à des luttes internes, à la constitution de clans, à la création de privilèges pour les uns et à des injustices pour les autres. Il ne suffit pas d’adhérer à une idéologie, à une religion, à une morale pour que les valeurs de ces dernières se traduisent dans le quotidien de chaque personne. Même nos juges de la Cour fédérale demandent une augmentation de salaire de 45 000 $ pour échapper aux influences indues qui pourraient les corrompre.

Je sais que M. Bush, avec son équipe anti-cubaine voudrait bien en découdre avec Cuba et de façon particulière avec son leader. Je sais que ce n’est pas la démocratie qui le préoccupe, bien que ce soit sous ce vocable qu’il aime placer ses interventions. Ce qui le préoccupe, nous le savons de plus en plus, c’est le régime. Au Chili en 1973, l’administration Nixon n’a pas hésité à renverser le gouvernement démocratique de Salvador Allende pas plus que Bush n’hésite à soutenir les opposants au gouvernement démocratique du Venezuela sous la Présidence de M. Chavez et à se débarrasser d’Aristide en Haïti. La démocratie a ses limites…

Je souhaiterais que Fidel Castro mette au défi l’administration Bush et tous les pays qui se disent démocratiques de passer une loi de financement des partis politiques qui exclurait toute participation financière des corporations et qui limiterait les montants versés par les individus. Cette loi plafonnerait les dépenses aux fins électorales de manière à réduire la manipulation sous toutes ses formes. Elle ferait également une obligation à tout citoyen d’aller voter. Fidel pourrait s’engager à en faire tout autant et à permettre l’existence d’autres partis politiques qui se financeraient à même leurs membres.

Nous savons tous que la question du financement des partis politiques dans nos démocraties entache cette même démocratie en transformant les nouveaux dirigeants en débiteurs de leurs bailleurs de fonds. Au Canada, le Québec a été le premier gouvernement à se doter d’une loi sur le financement des partis politiques. Cette année le gouvernement canadien y est allé de sa loi, mais encore bien timidement. Que dire de la démocratie étasunienne où moins de 50% des gens se rendent aux urnes et où des centaines de millions de dollars sont dépensés sans que l’on sache si c’est pour convaincre ou pour acheter les électeurs…


Oscar Fortin

DE LA FOI QUI SAUVE À LA RELIGION QUI ASPHYXIE

Comment ne pas se soumettre à un sérieux examen de conscience sur les véritables motifs qui alimentent la foi que nous confessons, la religion que nous défendons et les engagements que nous prenons ? Sommes-nous les marionnettes d’une culture religieuse marquée par la moralité d’une époque ou plutôt les prophètes qui font tomber les masques de l’hypocrisie, de la manipulation et du mensonge pour mettre en évidence l’avènement de l’homme nouveau? Sommes-nous plus préoccupés par les attitudes humaines à prendre face à l’isolement et au rejet des laissés pour compte de la société humaine que par la moralité de certains comportements liés le plus souvent à des valeurs culturelles d’une époque ou d’une civilisation? Sommes-nous les apôtres de la foi qui sauve ou de la religion qui asphyxie ?

Il ne suffit pas de dire « je crois en Dieu » pour être porteur de la foi qui sauve. L’apôtre Jacques ne dit-il pas que « même les démons croient en Dieu » (Jc. 2,19) et pourtant ils n’en sont pas moins des ennemis de la « foi qui sauve ». Ne sommes-nous pas victimes de cette tendance à ramener « la foi qui sauve » à des pratiques liturgiques et à une morale religieuse qui sont, plus souvent que moins, fonctions d’une vision statique de l’homme et de la société ? Dans pareille situation le culte liturgique devient vite la pratique de la foi et la moralité, l’action qui lui assure force de salut. Ainsi, selon les sociétés et les cultures, les cultes varieront et la moralité prendra les accents de ces dernières. Lors des dernières élections présidentielles aux Etats-Unis nous avons bien vu le rôle déterminant joué par la religion chrétienne et les valeurs qu’elle véhicule. http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3230,36-385757,0.html, http://www.topchretien.com/topinfo/affiche_info_v2.php?Id=7380
Or la « foi qui sauve » ne peut pas se ramener à des pratiques religieuses, telles des cultes ou des liturgies, pas plus qu’elle ne peut être absorbée par quelque morale que ce soit. La foi, « don de Dieu », ne répond pas d’abord à une morale pas plus qu’elle ne commande en tout premier lieu une liturgie. Elle touche avant tout l’être dans ses profondeurs d’existence pour en faire un être nouveau en qui « le droit coule comme de l'eau, et la justice, comme un torrent qui ne tarit pas. » (Amos 5:24)

Il est inquiétant de constater jusqu’à quel point la « foi qui sauve » a été transformée en culte liturgique et en moralité. Il y a les rencontres liturgiques du dimanche, la pratique des sacrements et les campagnes de mobilisation au nom de la foi contre l’avortement, la contraception, l’homosexualité, le mariage gai et la laïcisation des institutions publiques. Bon nombre de ceux qui se font les apôtres de la justification par la foi seule n’hésitent pourtant pas à condamner à la géhenne éternelle ceux et celles qui se font les défenseurs de ces « tares », comme si leur justification ou leur condamnation ne dépendait plus de leur foi, mais de leurs prises de position face à ces dernières. Par contre et aussi curieusement que cela puisse paraître, ce sont souvent ces mêmes personnes, condamnant la contraception et se portant à la défense de la vie, qui justifient les guerres meurtrières pour des dizaines de milliers de civils, hommes, femmes et enfants, et qui se font complices du partage arbitraire du monde en bons et en méchants. Ce sont également elles qui, bien souvent, cautionnent la prédominance des intérêts corporatifs et nationaux des puissants sans prendre en compte les conséquences de cette domination sur les plus faibles et les plus démunis. S’ils se font discrets sur la moralité de politiques qui bafouent le droit international et imposent des conditions qui créent la dépendance et la pauvreté, ils deviennent vite actifs et militants lorsqu’il s’agit de politiques portant sur le sexe, la moralité individuelle et la laïcisation des institutions publiques.

Pourtant les références bibliques ne manquent pas pour rappeler que la « foi qui sauve » est celle qui ouvre sur les autres et produit des fruits de justice, de vérité, de miséricorde et de service. L’apôtre Jean n’écrit-il pas « Si quelqu’un dit : -J’aime Dieu- et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur. . Celui qui ne peut pas aimer son frère qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas. » (1Jn. 4,20) L’apôtre Jacques en ajoute en disant : « Si un frère ou une sœur n’ont rien à se mettre et pas de quoi manger tous les jours et que l’un de vous leur dise : « Allez en paix, mettez-vous au chaud et bon appétit » sans que vous leur donniez de quoi subsister, à quoi bon? De même la foi qui n’aurait pas d’œuvre est morte dans son isolement. » (Jc. 4,15) Et comment ne pas revenir sur ce passage que relate l’évangéliste Mathieu sur le jugement dernier. Les questions du jugement ne portent pas sur la moralité sexuelle pas plus que sur les pratiques religieuses. Elles portent toutes sur les comportements adoptés devant des situations humaines de dépendance, d’isolement et de privation.

« Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux de droite : "Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais un étranger et vous m'avez accueilli, nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir. " Alors les justes lui répondront : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, étranger et de t'accueillir, nu et de te vêtir, malade ou prisonnier et de venir te voir ?"Et le Roi leur fera cette réponse : "En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. " Alors il dira encore à ceux de gauche : "Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges. Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger, j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire, j'étais un étranger et vous ne m'avez pas accueilli, nu et vous ne m'avez pas vêtu, malade et prisonnier et vous ne m'avez pas visité. " Alors ceux-ci lui demanderont à leur tour : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou prisonnier, et de ne te point secourir ?" Alors il leur répondra : "En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait. " Et ils s'en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à une vie éternelle. " » (Mt. 25,33-46)

Les apôtres de la « foi qui sauve » se doivent de regarder dans quel monde nous vivons afin d’y reconnaître les vrais combats à y livrer. Jésus de Nazareth en a tracé la voie par le témoignage de sa vie au service de l’humanité entière.

Oscar Fortin
05-11-04

QUESTIONS À L'ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC

Dans un article paru dans les journaux de fin semaine, l’ Archevêque de Québec et primat du Canada, discute du projet de loi sur l’élargissement juridique de l’institution du mariage aux personnes de même sexe. Il s’inquiète de cette démarche et s’oppose fortement à toute modification qui irait dans le sens de cet élargissement.

L’essentiel de l’argumentation repose sur le fait que l’ouverture proposée aurait pour effet de concevoir le mariage d’abord et avant tout sous l’angle de l’amour de deux personnes sans nécessairement comporter l’acte de procréation et d’éducation des enfants, deux finalités essentielles au concept chrétien du mariage. Pareil changement viendrait toucher « l’institution la plus fondamentale et la valeur première de la société : le mariage et la famille, réalités présentes dans l’histoire humaine avant toute forme d’État et de loi. »

Ma première question est la suivante : En quoi une législation sur l’institution du mariage peut-elle en modifier la nature alors que celle-ci transcende toute forme d’État ou de loi? Vatican II n’en rattache-t-il pas ses lois au Créateur lui-même ? En ce sens peut-on dire qu’aucune loi ne peut parvenir à en modifier la nature ? Serait-ce qu’avec ou sans loi le mariage reste ce qu’il est et qu’une législation l’ouvrant aux personnes de même sexe ne peut en aucune façon en changer la réalité, à savoir « l’alliance des conjoints fondée sur leur consentement personnel irrévocable »? Vatican II dit ceci :

« La communauté profonde de vie et d'amour que forme le couple a été fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur; elle est établie sur l'alliance des conjoints, c'est-à-dire sur leur consentement personnel irrévocable. Une institution que la loi divine confirme, naît ainsi, au regard même de la société, de l'acte humain par lequel les époux se donnent et se reçoivent mutuellement. En vue du bien des époux, des enfants et aussi de la société, ce lien sacré échappe à la fantaisie de l'homme. Car Dieu lui-même est l'auteur du mariage qui possède en propre des valeurs et des fins diverses (1): tout cela est d'une extrême importance pour la continuité du genre humain, pour le progrès personnel et le sort éternel de chacun des membres de la famille, pour la dignité, la stabilité, la paix et la prospérité de la famille et de la société humaine tout entière. » Gaudium et Spes, ch.1. 48

Ma seconde question porte sur les inquiétudes manifestées quant à l’avenir de la société et des valeurs fondamentales : En quoi cette ouverture juridique du mariage devient-elle une contrainte pour les chrétiens et tous les couples hétérosexuels ? Va-t-elle empêcher les croyants ou toute autre personne de sexe différent de se marier conformément à leurs croyances ? Ne croyez-vous pas que les enfants vont continuer de naître et les familles à se développer? Si tel est le cas ne serait-ce pas donner un mauvais éclairage que de laisser croire que le projet de loi aura pour effet de mettre un terme à la procréation et au développement des populations ? Ne faut-il pas plutôt comprendre que l’ouverture aux droits des uns ne devient pas nécessairement une limite aux droits des autres ?

Ma troisième question porte sur le mariage de personnes de sexe différent qui, pour diverses raisons, n’ont pas en perspective la procréation d’enfants : Que pensez des personnes âgées qui se marient ou se remarient religieusement alors qu’ils ne sont plus en situation de procréer? N’en va-t-il pas de même pour ces milliers de couples qui, pour diverses raisons, ne peuvent avoir d’enfant? Sur cette question Vatican II apporte un début de réponse :

« Le mariage cependant n'est pas institué en vue de la seule procréation. Mais c'est le caractère même de l'alliance indissoluble qu'il établit entre les personnes, comme le bien des enfants, qui requiert que l'amour. mutuel des époux s'exprime lui aussi dans sa rectitude, progresse et s'épanouisse. C'est pourquoi, même si, contrairement au voeu souvent très vif des époux, il n'y a pas d'enfant, le mariage, comme communauté et communion de toute la vie, demeure, et il garde sa valeur et son indissolubilité. » Vatican ll, Gaudium et Spes, ch. 50,3

Qu’est-ce qui différencie fondamentalement le mariage de personnes de même sexe qui ne peuvent procréer de celui de personnes de sexe différent qui ne peuvent procréer ?

Je conclue cette brève intervention en rappelant que ce sont rarement les lois qui créent les cultures, mais ces dernières qui créent progressivement les lois. Le monde tel qu’il existe au moment d’écrire ce texte comporte déjà tous les types de comportements que nous souhaitons ou dénonçons. Il y a des familles éparpillées au quatre coins des quartiers de nos grandes villes, il y a des couples qui vivent harmonieusement leur vie conjugale et familiale, d’autres cheminent de leur mieux pour s’y retrouver. Il y a des couples de personnes de même sexe qui connaissent une vie harmonieuse et d’autres qui fracassent. Les lois ne viendront ni diminuer ni augmenter ces situations. Seuls le travail et le témoignage patient de personnes ouvertes et dévouées, aimant sincèrement leur prochain laisseront un sillage de lumière et d’espérance. Beaucoup d’autres choses comme les guerres, les armes, les injustices, l’hypocrisie, la manipulation des personnes sous toutes les formes menacent autrement plus l’avenir de nos sociétés et des valeurs fondamentales qui les inspirent.

Oscar Fortin, théologien et père de famille

POUR UN DÉBAT SEREIN SUR LE MARIAGE

La question qui se pose n’est plus de savoir si la définition juridique du mariage civil telle qu’elle apparaît dans les textes de loi, à savoir que « le mariage se réalise entre deux personnes de sexe opposé » va ou non à l’encontre de la charte des droits mais plutôt de savoir si l’élargissement de cette définition à toute personne qui souhaite vivre en couple enlève à l’institution du mariage tout son sens.

Il ne fait pas de doute que la formulation juridique que l’on a donné au mariage a été fortement influencée par les croyances chrétiennes qui y voyaient la procréation comme la toute première fin de celui-ci. L’acte de procréation étant la résultante de l’union de deux personnes de sexe différent, le législateur a senti alors le besoin de renforcer cette spécification :

" l'union volontaire et pour la vie d'un homme et d'une femme à l'exclusion de tous les autres "

Depuis lors bien des choses se sont passées tant dans la société canadienne que dans les églises chrétiennes. Le Canada s’est doté d’une Charte des droits qui consacre l’égalité des droits de la personne et l’Église catholique, pour ne citer que celle-ci, a vécu Vatican II qui donna au mariage une définition où l’amour y occupe une toute première place :

« La communauté profonde de vie et d'amour que forme le couple a été fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur; elle est établie sur l'alliance des conjoints, c'est-à-dire sur leur consentement personnel irrévocable. Une institution que la loi divine confirme, naît ainsi, au regard même de la société, de l'acte humain par lequel les époux se donnent et se reçoivent mutuellement. » Vatican II, Gaudium et Spes, Ch. 1, 48.1

Plus loin, dans le même document, elle reconnaît que la procréation, tout en étant une fin importante de cette institution n’en est pas un élément essentiel à « sa valeur et à son indissolubilité. »

«Le mariage cependant n'est pas institué en vue de la seule procréation. Mais c'est le caractère même de l'alliance indissoluble qu'il établit entre les personnes, comme le bien des enfants, qui requiert que l'amour mutuel des époux s'exprime lui aussi dans sa rectitude, progresse et s'épanouisse. C'est pourquoi, même si, contrairement au voeu souvent très vif des époux, il n'y a pas d'enfant, le mariage, comme communauté et communion de toute la vie, demeure, et il garde sa valeur et son indissolubilité. » id. ch. 1,50.3

Il est intéressant de noter que dans ces textes on parle de « personne », de « couple », de « conjoints », « d’époux », tous des concepts qui peuvent s’accommoder des diverses compositions du sexe des personnes. Les Pères conciliaires n’ont pas fait d’exclusion, comme le font les textes de la loi canadienne sur le mariage. Soit que cet aspect n’a pas effleuré leur esprit ou soit que l’Esprit qui les inspirait a voulu qu’il en soit ainsi. Le fait est que cette formulation conciliaire du mariage, reprise dans une forme laïque, ne poserait aucun problème à la charte des droits de la personne. Ceci ne veut évidemment pas dire que les autorités religieuses seraient disposées à l’ouvrir à toutes les personnes qui répondraient aux exigences de l’amour entre deux personnes.

Là où les sensibilités se heurtent c’est, entre autres, dans le fait de reconnaître que des personnes de même sexe puissent tomber en amour l’une pour l’autre et s’aimer avec autant d’intensité que des personnes de sexe différent. Nous avons de la difficulté à penser que ces personnes peuvent former des couples fidèles et être profondément engagées dans la société et dans leur communauté de vie. Pourtant les faits sont là pour confirmer l'existence de vrais couples qui durent dans l'amour.

Que penser des personnes qui se font opérer pour changer leur sexe ? Ce seul changement est-il suffisant pour leur reconnaître le droit de se marier dans le cadre des lois actuelles tant civiles que religieuses ? Si la réponse est oui, c’est que nous reconnaissons que leurs dispositions personnelles, indépendamment de leur sexe, en faisaient déjà des personnes complémentaires dans leur vie amoureuse et capables d’en vivre profondément.

Lorsque nous faisons abstraction de tous les préjugés qui entourent ces relations amoureuses entre personnes de même sexe, nous en arrivons, et c’est mon cas, à reconnaître l’existence d’un amour tout aussi authentique entre personnes de même sexe, que c’est le cas entre personnes de sexe différent. C’est évident que si nous ne voyons que les orgies et les symboles des défilés gais qui viennent chercher notre curiosité et alimenter nos préjugés, le passage sera difficile. De ces excès, il y en a tout autant dans la vie des hétérosexuelles, mais dans ce dernier cas c’est moins spectaculaire et nous y sommes davantage habitués.

Je crois que comme société et comme églises nous devons donner le pas à la reconnaissance des droits de ceux et de celles qui avancent dans le sens de cet amour qui scelle profondément la vie de couple. Toute campagne de peur à l’allure apocalyptique ne peut que nuire à ce débat et aller à l’encontre de ces mêmes droits qui exigent vérité et respect. Les couples hétérosexuels vont continuer d’exister, les enfants ne cesseront pas de naître et la société ne s’enfoncera pas dans le gouffre de la décadence. Nous continuerons tous à avoir besoin des uns et des autres pour bâtir une société au service de l’humain.

Je souhaite que toutes les personnes de bonne volonté s’impliquent dans ce débat, même si d’autres débats autrement plus importants pour l’avenir de nos sociétés devraient nous mobilier tous tout autant. Quant au vote libre que réclame les opposants à la modification de la loi sur cette question, me vient cette image de Pilate qui, ne voyant aucun motif de condamnation de Jésus, demande à la foule, « lequel, de Jésus ou de Barrabas, vous voulez –vous que je libère ? Tous ont crié : Barabbas, Barabbas. Alors, il libéra Barabbas et condamna Jésus à la Croix. La démocratie avait parlé. Pourtant était-ce là la réponse qu’il eût fallu donner ? Le mouvement des foules ne rejoint pas toujours celui du droit d’autant moins si elles sont davantage manipulées qu’informées. À chacun de répondre en son âme et conscience et d’agir en conséquence.

Oscar Fortin

Québec, le 25 janvier 2005

LE CARDINAL OUELLET MOBILISE SES TROUPES

Eh bien oui, le cardinal monte aux barricades en incitant les chrétiens à se rendre à Ottawa pour manifester devant le Parlement canadien. Il faut que la cause soit sérieuse et qu’elle ait une importance de premier ordre pour les croyants. Il ne s’agit évidemment pas d’une manifestation contre la guerre qui sévit toujours en Irak ou pour désavouer la participation du Canada au projet de bouclier antimissile. La cause est toute autre. Le cardinal se mobilise et mobilise ses troupes pour s’opposer au projet de loi visant la reconnaissance du droit des personnes de mêmes sexes à se marier au même titre que celles de tous les autres couples. La consigne est claire : ce projet de loi doit être rejeté à tout prix.

En tant que croyant et père de famille j’ai deux questions à poser au cardinal et à tous ceux et celles qui le suivent :

1) EN QUOI UNE LOI SUR LE MARIAGE DES PERSONNES DE MÊME SEXE EMPÊCHE-T-ELLE LES CHRÉTIENS DE VIVRE LE MARIAGE COMME ILS L’ENTENDENT ET DE LUI DONNER TOUT LE SENS QUE LEUR INSPIRE LEUR FOI ?

2) EN QUOI CETTE LOI CONTREVIENT-ELLE À LA FIN PREMIÈRE DU MARIAGE TELLE QUE DÉFINIE PAR LE CONCILE VATICAN II ?

Personnellement, en tant que croyant, je n’ai aucune difficulté à accepter que cette loi soit votée. Elle permet de respecter le droit d’autres personnes sans pour autant brimer les miens. Également, en tant que citoyen, participant au même titre que les autres au mieux être de la société à laquelle j’appartiens, je n’y vois aucune objection. Je trouve même normal que la société ouvre le plus largement possible sa législation au respect des droits des personnes, incluant évidemment les miens. L’argument à l’effet que nous sonnons le glas de la fin du mariage, de la famille, à la limite, de l’humanité, m’apparaît tout à fait exagéré et sans fondement.

Ce serait d’abord accorder bien peu de valeur aux convictions des croyants et au désir naturel de bien des gens de fonder une famille et d’avoir des enfants. Ce ne sont pas les lois qui vont changer la nature des choses. En second lieu, j’ai dans mon entourage des personnes de même sexe qui vivent et partagent un amour qui a de quoi inspirer bien des couples hétérosexuels. Je m’abstiens évidemment de juger ces personnes pour la simple raison que m’échappe ce que la nature en a fait. Les psychologues, les généticiens, les psychanalystes, les sexologues et tous les spécialistes de ces questions peuvent apporter des éclairages sur la véritable nature des personnes concernées. S’agit-il d’un homme dans un corps de femme ou d’une femme dans un corps d’homme ? Peut-être en sommes-nous rendu au constat de ne plus pouvoir définir l’homme et la femme par la seule référence sexuelle? Si tel est le cas bien des perceptions doivent être modifiées et bon nombre d’adaptations doivent être faites.

Avant le Concile Vatican II, on définissait le mariage en précisant ses finalités : la fin première était la procréation des enfants et la fin secondaire l’amour entre les conjoints. Dans cette perspective le mariage sans la procréation des enfants devenait un véritable problème. À Vatican II, un débat vigoureux s’est ouvert sur cette question de savoir qui de l’amour ou de la procréation était la fin première du mariage. Les plus âgés se souviendront des interventions marquées du Cardinal Léger qui se faisait un ardent défenseur de l’amour comme fin première du mariage. Ce fut finalement cette dernière approche qui prédomina et fut sanctionnée par le Concile.

« C'est pourquoi, même si, contrairement au voeu souvent très vif des époux, il n'y a pas d'enfant, le mariage, comme communauté et communion de toute la vie, demeure, et il garde sa valeur et son indissolubilité. » (L'ÉGLISE DANS LE MONDE DE CE TEMPS, Le mariage et la famille dans le Monde d'aujourd'hui)

Ce changement de cap dans l’ordre des priorités constitue évidemment une innovation dont les avenants et les aboutissants n’ont pas fini d’émerger à la conscience des croyants et de toute personne de bonne volonté. Le Concile confirme que l’amour de deux personnes, réunies dans l’intimité d’un couple de vie, prend tout son sens. Dans l’ordre normal des choses nous pensons aussitôt à des personnes hétérosexuelles. Mais aujourd’hui nous prenons conscience que cet amour peut également exister entre deux personnes de même sexe. En ce dernier cas, pourquoi le mariage, comme communauté et communion de toute vie, ne s’appliquerait-il pas ?

C’est évident que si nous demeurons enfermés dans l’idée que ces personnes sont toutes des perverties, à la seule recherche d’expériences sexuelles novatrices, sans aucun sens de la responsabilité sociale et de la fidélité conjugale, il n’y aura pas de place pour qu’elles soient vues et reconnues comme témoins d’un amour authentique au même titre que les autres couples sans enfant. La perception que nous avons des relations sexuelles entre gens de même sexe, nous empêche bien souvent de voir la relation amoureuse qui nourrit et alimente le couple au-delà des seules relations sexuelles. Autant il y a de la dépravation dans les couples hétérosexuelles, autant il peut y en avoir dans les couples homosexuelles, Ce n’est toutefois pas une raison pour ne pas reconnaître le fait que puisse exister un amour authentique dans l’un et l’autre couple. Tous ne sont pas, dans l’un et l’autre cas, des dépravés. Au contraire, nous pouvons penser qu’ils sont pour la grande majorité des citoyens et citoyennes engagées et responsables, témoignant de grandes sensibilités et faisant preuve d’une grande disponibilité. Que la société leur reconnaisse un espace qui leur permette de s’épanouir et de vivre pleinement et humainement leur différence sans discrimination et en toute égalité de droit, tant mieux. La foi ne donne-t-elle pas une liberté qu’aucune loi ne saurait enlever. Pourquoi alors craindre la loi surtout si elle ouvre la voie à d’autres sans fermer celle qui m’est ouverte ?


Je conclue en disant que je ne serai pas de la marche devant le Parlement canadien pour protester contre l’adoption de la loi autorisant le mariage des personnes de même sexe. Je n’accompagnerai donc pas mon cardinal dans cette croisade. Par contre je suis prêt à le suivre pour protester contre toutes les initiatives guerrières d’ici et d’ailleurs qui sèment mort et haine et qui font la promotion d’une mondialisation qui coupe l’humanité en deux. L’avenir de l’humanité est beaucoup plus menacé par ces initiatives que par le présent projet de loi.

oscar fortin

14-12-04