PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

samedi 26 février 2005

OPUS DEI

SECTE D’ÉGLISE OU MYSTIQUE ÉVANGÉLIQUE

Depuis que le pape Jean-Paul II a élevé au rang de bienheureux et puis de celui de sainteté le fondateur de l’Opus Dei, Mgr Escriva de Balaguer, les écrits et les analyses sur ce dernier et son oeuvre se multiplient. Certains, dont ceux venant de l’Opus Dei lui-même, mettent en évidence à la fois la mystique de l’imitation de Jésus-Christ dans le quotidien de la vie ainsi que la pratique assidue des sacrements. D’autres, plus critiques, dont ceux émanant, entre autres, du Réseau Voltaire et de certains journalistes du Monde Diplomatique, mettent en évidence les fonctions plus ou moins secrètes qu’exerce l’organisation sur le Vatican et dans les orientations politiques et économiques d’un certain nombre de pays.

  1. L’Opus Dei se présente ainsi :

« L’Opus Dei est une prélature personnelle de l’Église catholique. Il a été fondé à Madrid le 2 octobre 1928 par saint Josémaria Escriva de Balaguer. À l’heure actuelle, plus de 80.000 personnes des cinq continents font partie de la prélature. Son siège, avec l’église du prélat, est à Rome.
La finalité de l’Opus Dei est de collaborer à cette mission d’évangélisation de l’Église, en promouvant parmi les fidèles chrétiens de toute condition une vie pleinement cohérente avec la foi, dans les circonstances ordinaires de l’existence, en particulier par la sanctification du travail…


Les fidèles de la prélature réalisent personnellement leur tâche d’évangélisation dans les différents milieux de la société où ils vivent. Ils ne limitent donc pas leur apostolat à certains secteurs comme l’éducation, l’assistance aux malades ou l’aide aux handicapés. La prélature rappelle à tous les chrétiens, quelle que soit l’activité profane à laquelle ils se consacrent, qu’ils doivent contribuer à apporter une solution chrétienne aux problèmes de la société, en même temps qu’ils y rendent constamment témoignage de leur foi. »
http://french.opusdei.org/art.php?w=21&s=288

2. Le Réseau Voltaire dans son dossier La croisade de l’OPUS DEI écrit ceci:
« Mgr Escriva de Balaguer fonda, pendant la guerre civile espagnole, une confrérie catholique secrète, l’Opus Dei (Œuvre divine) pour combattre les communistes, les anarchistes et les francs-maçons. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Opus s’installa à Rome et agrégea autour d’elle tous les anciens réseaux religieux fascistes et oustachis. Elle exfiltra les criminels les plus voyants vers l’Amérique latine et participa à l’instauration de diverses dictatures catholiques. Simultanément, elle s’adapta aux régimes démocratiques en Europe et aux États-Unis, réussissant à s’infiltrer dans les rouages économiques et politiques du pouvoir. Elle pousse aujourd’hui à la « guerre des civilisations » contre l’Islam. Mgr de Balaguer, le directeur de conscience des époux Franco et du général Pinochet, a été canonisé par Jean-Paul II le 6 octobre 2002. »

« C’est sous le régime du général Franco, qu’Escriva de Balaguer met en place l’Opus Dei. Le directeur de conscience de Franco entreprend grâce à son organisation de sélectionner et de former les élites de la dictature jusqu’à contrôler l’essentiel du pouvoir. Installé par la suite à Rome, il s’emploie à étendre son pouvoir en Amérique latine. L’Opus Dei y opère une gigantesque reprise en main des prêtres latino-américains, coupables de partager les analyses marxistes et de s’opposer aux dictatures catholiques. »
http://www.reseauvoltaire.net/article6768.html


3. LE MONDE DIPLOMATIQUE, 1995-1996, PUBLIE DEUX ARTICLES:
Dans la « Troublante ascension de l’Opus Dei », François Normand écrit en introduction :

« Si l’intégrisme musulman fait la « une » des journaux, les activités de la droite chrétienne s’effectuent souvent dans l’ombre, comme en témoigne la troublante ascension de l’Opus Dei. Milice religieuse au comportement de secte, héritière d’un anticommunisme militant, puissance à la fois économique et politique, l’Oeuvre exerce une influence multiforme sur l’Église, mais aussi sur les pouvoirs temporels, qu’elle cherche à infiltrer. On retrouve ses proches jusque dans le gouvernement de M. Alain Juppé. Mais cette garde blanche du Vatican, très liée au pape Jean Paul II dont elle a permis l’élection, suscite aussi des résistances. Au nom de leur foi, bien des chrétiens rejettent la « dictature spirituelle » de l’OEuvre et craignent que cette « arme du pape » ne soit à double tranchant et ne se retourne un jour contre lui. »
http://www.monde-diplomatique.fr/1995/09/

Le journaliste Jesus Ynfante, dans un article paru dans le Monde Diplomatique de 1996, sous le titre « Résurrection de l’Opus Dei en Espagne » alors en pleine campagne électorale pour élire le candidat Aznar… écrit ceci :
« L’OPUS Dei prépare-t-il un nouvel assaut pour s’emparer du pouvoir en Espagne ? Le récent succès de M. José-Maria Aznar et du Parti populaire (PP) aux élections législatives signifie-t-il le retour sur la scène politique espagnole des disciples de Mgr Escrivà de Balaguer, fondateur de l’OEuvre ? Tout le laisse penser ; pourtant, à l’échelle internationale, l’Opus Dei connaît une forte crise, les vocations diminuent, sa direction vieillit, et son implantation mondiale se réduit drastiquement. »
http://www.monde-diplomatique.fr/1996/07/

DES QUESTIONS SE POSENT

La mission de vivre l’Évangile dans son quotidien et à tous les niveaux de la vie est celle de tous les chrétiens. Dans la structure de la vie ecclésiale les communautés chrétiennes sont placées sous la juridiction de l’évêque local et répondent de leurs activités chrétiennes à ce dernier. Pourquoi l’Opus Dei s’est-elle soustraite à cette autorité diocésaine pour se placer sous la responsabilité directe du Pape ? On peut également se demander pourquoi ce mouvement, tout orienté sur l'engagement chrétien des laics, ne s’est pas lié avec celui de Mgr Cardijn, fondateur de la Jeunesse Ouvrière Catholique (JOC) au début du siècle dernier et des divers mouvements d'Action catholique qui se sont développés dans les années qui ont suivi ?

Les faits rapportés et les interrogations soulevées par l’équipe du Réseau Voltaire ne sont pas sans soulever certaines inquiétudes quant à la manipulation des pouvoirs et à l’usurpation des démocraties. Ne serait-il pas urgent que les gouvernements et les églises locales s’assurent que cet organisme agisse en tout et partout à visage découvert. Le Christ n’a pas eu à se cacher pour dire et faire ce qu’il avait à faire. Ce fut toujours au grand jour. Une forme d’imitation à ne pas négliger.

Il serait important que des journalistes spécialisés dans la recherche et la réalisation de dossiers poussent plus à fond les recherches reliées à l’OPUS DEI. Quelle est la présence de l’Opus Dei au Québec et quelles sont ses principales activités. Il me semble qu’il y a là un bon sujet qu’un journaliste comme Norman Lester ou encore Jean-François Lépine de l’émission Point de mire ou Louis Lesage à Second Regard pourrait fouiller et développer. Le public a le droit de savoir. Ne serait-ce pas là la meilleure manière de faire taire les rumeurs ?


Oscar Fortin

jeudi 24 février 2005

CONSCIENCE ET DISCERNEMENT

Le troisième millénaire s’ouvre sur un horizon où la conscience personnelle sera à la source des décisions, des attitudes et des comportements qui s’inscrivent dans le quotidien de la vie des individus et des peuples. On se référera de moins en moins aux institutions sociales, juridiques, politiques, religieuses et idéologiques pour fixer et encadrer ses décisions et comportements. Ces dernières n’ont plus la crédibilité nécessaire pour imposer quelque vision que ce soit du bien et du mal. Leur discrédit historique leur a enlevé ce pouvoir. Les hommes et les femmes du troisième millénaire trouveront en leur âme et conscience les fondements de leurs décisions et de leurs engagements. Ils en seront pleinement responsables.

Aujourd’hui, plus que par le passé, nous réalisons les limites de tout encadrement extérieur qu’il soit d’ordre social, culturel, politique, juridique, religieux ou idéologique. L’histoire nous révèle, en effet, comment ces multiples formes d’encadrement ont été plus souvent que moins des lieux privilégiés d’abus de pouvoir et de manipulation des esprits, des chasses gardées d’ambitieux, d’hypocrites et de dominateurs. Les temples bâtis de mains d’homme comme sont les hiérarchies politiques, économiques, ecclésiales, sociales et culturelles s’emparent subtilement des consciences individuelles et collectives comme pour mieux les manipuler. Sous l’emprise de ces derniers nous avons tous et toutes été, à la fois et à divers degrés, victimes et solidaires de crimes et d’horreurs commis contre l’humanité. Les gouvernements que nous soutenons, les religions que nous défendons, les organismes que nous appuyons ont tous et toutes les mains souillées de quelques crimes et injustices. Si nous avons des réquisitoires à présenter pour les offenses reçues, nous avons également des pardons à demander pour des fautes commises par l’une ou l’autre de ces institutions dont nous sommes solidaires.

La conscience crie en chacun de nous quelque chose qui s’impose comme une force qui interpelle, comme une passion qui pousse à agir. À la manière de Socrate (Apologie) nous entendons la voix du dieu qui nous invite sur le chemin de la Vérité qui libère des apparats et des faux-fuyants. À la manière de Jérémie et d’Isaie nous entendons la voix de Yahvé qui dit de nous préoccuper davantage du culte qui consiste à apprendre à faire le bien, à chercher ce qui est juste, à assurer les droits à l’opprimé, à faire justice à l’orphelin, à défendre la veuve et l’étranger. (Is.1,17; Jr. 22,3) À la manière de Jésus nous entendons « Le sermon sur la montagne » qui nous ramène aux choses essentielles de la vie. Saint Paul ne nous dit-il pas que nous sommes le temple du Saint Esprit qui est en nous et qui nous vient de Dieu (1 Cor.6, 19) Ce langage qui remonte à plusieurs millénaires a constamment été repris par les sages et les prophètes de tous les temps et d’une certaine manière par la conscience qui veille en chacun de nous. Il nous rappelle ces vérités fondamentales auxquelles l’humanité toute entière est conviée.

En ce début du troisième millénaire nous sommes évidemment sollicités de tout bord et de tout côté. Notre regard ne peut plus se contenter de son petit horizon. Les moyens de communication nous confrontent et nous interpellent quotidiennement par rapport à ce qui se passe dans le monde. Nos solidarités sont constamment interpellées et bien souvent nous sommes pris au piège de causes qui n’ont rien à voir avec nos véritables intentions. La force des media et la subtilité des messages parviennent plus souvent que moins à nous convaincre. Que l’on pense à l’histoire du petit cubain, Elian, que l’opposition cubaine à Miami avec l’appui de media est parvenue à convertir en un mouvement politico-religieux. Comment en pareille situation trouver les critères et les références qui permettent le discernement des vraies solidarités humaines ? Nous pourrions relever dans tous les pays sous quelque idéologie que ce soit des situations où tout discernement est subjugué par l’engouement de certains milieux et l’emprise de certains media. Nos désirs sont également fortement sollicités par l’étalement des biens de consommation tout comme par les multiples modes de vie. La conscience est là, mais nous n’arrivons pas à lui donner pleinement la parole, tellement nous sommes absorbées par notre quotidien. Toutefois elle n’en continue pas moins à nous questionner…Les églises n’ont plus l’autorité morale pour nous dicter quoi faire ou ne pas faire. Elles n’arrivent plus à nous convaincre. Les lois n’ont plus qu’une valeur relative que nous négligeons bien souvent de prendre en considération…Les mœurs et coutumes, pour leur part, s’imposent de moins en moins comme références de vie. Les grands mouvements d’opinion demeurent toujours quelque peu suspects, étant donné le nombre de fois où ils nous ont conduits là où ne voulions pas aller.

Nous entrons donc dans une ère nouvelle où se confirme cette prophétie de Jérémie :

« Quand arrivera le temps, je réaliserai avec mon peuple une autre alliance :Je mettrai ma Loi en son intérieur, je l’écrirai dans leurs cœurs. Je serai leur Dieu et il sera mon peuple. Ils n’auront plus à s’enseigner mutuellement se disant les uns aux autres : connaissez Yahvé. Ils me connaîtront déjà tous, du plus grand au plus petit. »

Chaque être humain porte en lui l’Esprit qui est au cœur de la conscience. Il appartient à chacun de le saisir tout autant que de se laisser saisir, de le discerner à travers tout ce qui l’envahit et le sollicite. Nous ne pouvons plus reporter sur d’autres les responsabilités des décisions que nous prenons, des solidarités que nous assumons et des comportements que nous adoptons. D’où l’importance de disposer de certaines références pour discerner cette voix de la conscience, seule capable de nous conduire à la vérité, à la justice, à la liberté et au bonheur. « Tout m’est permis, mais tout ne me convient pas. » ( Paul, 1 Cor, 6, 12)

mercredi 23 février 2005

CONFESSION COLLECTIVE OU INDIVIDUELLE

La question de la confession et de l’absolution collective ou individuelle se pose de nouveau avec les dernières directives de l’archevêque de Québec. Les motifs invoqués laissent quelque peu songeur. Ce serait, selon les propos de l’archevêque, une réponse aux attentes des jeunes qui souhaitent se confesser dans le cadre d’une rencontre interpersonnelle avec le prêtre. Leur recours toujours plus fréquents et nombreux aux psychiatres, psychanalystes et psychologues dénoterait ce besoin qu’ils ont de s’ouvrir sur le mal de l’âme qui les hante. Le retour à la confession et à l’absolution individuelle répondrait d’abord et avant tout à ces préoccupations.

Si tels sont les motifs de la directive de l’archevêque, nous sommes en droit de lui demander en quoi les liturgies de pénitence collective et d’absolution générale rendaient caduc l’exercice de la confession individuelle pour les jeunes ou toute autre personne. À ce que je sache la confession telle que nous l’avons connue dans les années antérieures n’a jamais été abolie ou interdite à qui que ce soit. En second lieu, si l’archevêque trouve important de prendre en considération le besoin des jeunes, pourquoi n’en fait-il pas tout autant pour les autres groupes qui souhaitent vivre leur confession dans le cadre d’une liturgie communautaire de la pénitence ?

Quoi qu’il en soit, il me semble que toute démarche pénitentielle réalisée dans le cadre de la foi devrait porter principalement sur les fondements mêmes de notre conversion qui nous fait passer d’un monde à un autre. Nous pouvons évidemment faire porter notre examen de conscience sur la liste des interdits codifiés dans le droit canon ou la morale chrétienne. C’est ce à quoi nous avons été habitués. Nous pouvons aussi situer notre démarche dans le cadre de notre conversion à la vie de foi. En ce sens, les trois tentations de Jésus au désert fournissent le cadre d’un examen de conscience qui nous ramène au cœur de notre foi. Ce récit des trois tentations nous invite à nous demander jusqu’à quel point nous sommes passés individuellement et collectivement du monde le l’AVOIR, du POUVOIR et du PARAÎTRE à celui du PARTAGE, du SERVICE et du VRAI.

Comment mes choix de vie et ceux de ma communauté de foi sont-ils inspirés par la recherche des biens matériels au détriment des biens spirituels ? Comment ma recherche du pouvoir et celle de mon Église nous conduisent-elles à des compromis qui nous transforment plus en dominateurs serviles qu’en serviteurs libérés ? Enfin, jusqu’à quel point ne sommes-nous pas demeurés davantage préoccupés des apparences et des "qu’en dira-t-on" que des réalités fondamentales de vie, faisant de nous tous des hypocrites et des sépulcres blanchis,?

L’AVOIR , le POUVOIR et le PARAÎTRE deviennent ainsi les trois grandes références qui questionnent la conscience de chaque chrétien et celle de ceux qui assument dans la communauté des responsabilités ecclésiales. Ces trois valeurs auxquelles se réfère Jésus dans les trois tentations au désert appartiennent à ce monde duquel il s’est dissocié : «mon Royaume n’est pas de ce monde ». Elles s’opposent évidemment au monde pour lequel Il s’est livré : la PERSONNE HUMAINE, fils adoptif de Dieu, le SERVICE, porteur de solidarité humaine, l’AUTHENTICITÉ, porteuse de vérité et d’humilité. Tout le contraire de la consommation avant tout, de la domination au dépend de tout, du prestige et des honneurs en dépit de tout.

La confession ne doit-elle pas être l’expression du renouvellement de notre conversion et en ce sens ne doit-elle pas porter avant tout sur les racines profondes qui fondent et orientent notre nouvelle vie à la fois individuelle et collective?

Je pense qu’il faut laisser aux psychologues, sexologues et psychanalystes le soin de scruter le subconscient des personnes et de discuter selon les cas et les cultures les divers problèmes rencontrés dans leurs comportements relationnels de vie. Par contre, il appartient aux pasteurs et prophètes de rappeler les interpellations de la foi et des défis qu’elle incite à relever dans le monde que nous vivons. Ils doivent être également là pour soutenir et encourager toute personne de bonne volonté à poursuivre dans la confiance sa route vers UN MONDE porteur d’espérance.

Oscar Fortin

jeudi 17 février 2005

KYOTO OU LE BOUCLIER ANTIMISSILES

Les Etats-Unis et plus spécialement l’Administration Bush font de fortes pressions sur le Canada pour qu’il participe au déploiement d’un bouclier anti-missiles. Cette initiative de plusieurs milliards de dollars a pour objectif de protéger l’Amérique du Nord de toute attaque nucléaire potentielle en provenance d’ennemis potentiels. Il en va, selon les promoteurs, de la sécurité et de la survie même de nos populations. Cette initiative, à caractère préventif et purement défensif, selon ces mêmes promoteurs, se veut avant tout une force de dissuasion contre tout projet belligérant dirigé contre l’Amérique du Nord.

Ce raisonnement, utilisé par notre voisin du sud pour justifier le projet de bouclier anti-missiles, ne se retrouve toutefois pas lorsqu’il s’agit de s’attaquer à cet ennemi réel et déjà à l’œuvre que sont les ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE qui perturbent les lois climatiques, siphonnent l’oxygène et asphyxient lentement les populations. Il en va pourtant de la sécurité tout autant que de la survie même de nos populations. Le Canada, en signant l’accord de Kyoto, s’est engagé à mener cette lutte contre cet ennemi réel que représentent les sources de pollution à effet de serre. Par contre, les Etats-Unis qui sont responsables de plus de 25% de toutes ces émissions de gaz à effet de serre dans le monde n’ont pas jugé pertinent de s’y engager. Cet ennemi, pourtant réel et déjà à l’œuvre, les préoccupe beaucoup moins que les ennemis potentiels porteurs d’armes chimiques et nucléaires potentielles.

Je suggère que le Canada, dans ses discussions avec les Etats-Unis, rappelle que notre sécurité est largement tributaire de leur participation à l’accord de Kyoto qui vise la réduction du CO2 autrement plus menaçant pour l’instant qu’une possible attaque par fusée transcontinentale. Qu’il est plus urgent pour les canadiens d’investir les milliards de dollars à lutter contre un ennemi réel qui bouleverse les écosystèmes qu’à spéculer sur des ennemis potentiels.

Oscar Fortin
Le 17 février 2005

mercredi 16 février 2005

POURQUOI SOUTENIR BERNARD LANDRY ?

J’ai abandonné depuis maintenant plusieurs années mon militantisme à l’intérieur du Parti Québécois. Je n’en demeure pas moins un indépendantiste qui souhaite ardemment l’avènement d’un Québec souverain ouvert sur le monde et évidemment sur un Canada renouvelé. Le débat actuel sur le leadership au sein du Parti ne me laisse toutefois pas indifférent Pour moi il y a deux Bernard Landry : celui du pouvoir et celui de la cause.

LE BERNARD LANDRY DU POUVOIR

J’ai vu évoluer M. Landry dans les années où ses ambitions le conduisaient à vouloir superviser le commerce international et les relations internationales sans trop d’égard pour ses collègues. À cette époque, j’ai entendu bien des commentaires, pas toujours élogieux, sur ce jeune ministre à la fois intelligent et aux ambitions élevées, peu scrupuleux « du brasse camarade » auquel donnaient lieu ses interventions. Le poste et les fonctions qu’il occupait au sein du Conseil exécutif inspiraient le respect, mais sa personnalité et son exercice du pouvoir en offusquaient plus d’un. Il n’a pas été étranger aux luttes qui s’amorçaient aux changements de leadership : celle de Pierre Marc Johnson en remplacement de René Lévesque, puis celle de Jacques Parizeau en remplacement de Pierre-Marc Johnson. C’est la démission de Lucien Bouchard qui lui aura ouvert toute grande la porte au poste de Premier ministre du Québec.

Il a été un Premier ministre décevant pour plusieurs. Le pouvoir l’a évidemment comblé et les occasions d’en imposer ne lui ont pas manqué. En même temps, il a succombé, lui aussi, au piège des privilèges accordés à des amis, de quoi alimenter les rumeurs de scandales qui ont fait la nouvelle des dernières années. La défaite du Parti Québécois aux dernières élections peut s’expliquer en grande partie par la déception quant à la performance de son gouvernement qui se ramenait au niveau de celui de tout autre parti politique. Le goût du pouvoir de ses ministres, habitués aux avantages qui l’accompagnent, en avait faits des personnages coupés de leur base ainsi que des valeurs de ceux et celles qui les y avaient placés. Un temps d’arrêt s’imposait pour revenir aux réalités de la vie et faire un examen de conscience sur la manière d’exercer le pouvoir au service de leurs commettants. Ce fut la défaite électorale et le retour dans l’opposition.

Avec un tel portrait comment alors vouloir que ce même Bernard Landry demeure à la tête de ce parti et redevienne éventuellement Premier ministre du Québec? N’y a-t-il pas dans cette description tous les ingrédients pour justifier son remplacement ? De quoi lui souhaiter un retour dans ses terres pour y vieillir dans la paix, laissant à d’autres le soin de poursuivre la route?

LE BERNARD LANDRY DE LA CAUSE

Je pense sincèrement que le Bernard Landry d’aujourd’hui n’est plus tout à fait le même que celui décrit plus haut. Il y a en lui quelque chose de changé : un vécu personnel qui l’a ramené à beaucoup plus d’humilité, l’expérience d’une défaite électorale qui lui a donné une plus grande maturité politique, l’acquis d’une certaine indépendance personnelle et professionnelle qui lui assure une plus grande liberté pour agir au-delà des ambitions de carrière. Il a compris un certain nombre de choses qui en font plus que tous les autres un candidat libéré des illusions du pouvoir, mieux prémuni des manipulations de son environnement immédiat, plus disposé à donner le meilleur de lui-même au service de la cause qui réunit tous les indépendantistes du Québec. Son expérience, sa maturité politique et humaine, son intelligence et le leadership, libéré des pressions d’un environnement calculateur, en font maintenant un homme tout désigné pour poursuivre un travail qu’il peut, dans les circonstances, assumer mieux que ceux qui ambitionnent le remplacer. Le Bernard Landry suffisant laisse plus de place à un Bernard Landry attentif et à l’écoute. L’homme de pouvoir devient plus déterminé à servir les objectifs pour lesquels le Parti existe, entre autres, l’indépendance du Québec et la sociale démocratie adaptée à la réalité québécoise.

Cette perception d’un Bernard Landry transformé sera mise à l’épreuve dans sa manière de gérer la présente crise qui secoue la Parti. Il lui faudra se prémunir contre ses vieux démons. Je crois sincèrement qu’il aurait tout à gagner à ouvrir toute grande les portes à une course à la chefferie. Ce serait pour lui une occasion toute spéciale de faire découvrir à tous les membres du parti et aux Québécois dans leur ensemble l’homme nouveau qu’il est devenu. Ce serait également une opportunité unique d’aller chercher la crédibilité indispensable pour mener à bien la prochaine campagne électorale et le référendum sur l’indépendance du Québec. Il ferait taire toutes les rumeurs d’un homme toujours plus attaché à son poste de Chef qu’à la cause elle-même. Une victoire lui assurerait une crédibilité renouvelée pour aller de l’avant.

J’espère que les faits viendront confirmer cette perception d’un Bernard Landry renouvelé et toujours, dans les circonstances, le plus apte à relever les défis des prochaines années.


Oscar Fortin

vendredi 11 février 2005

LAICÏTÉ ET ENSEIGNEMENT DE LA RELIGION

Un cours sur les religions qui reprendrait les mêmes concepts de la relation de l’homme avec Dieu auxquels nous sommes habitués sans questionner les diverses idéologies et cultures qui les ont inspirés demeurerait superficiel et peu signifiant. Un pareil cours serait vite assimilé à un cours de moral dont les valeurs colleraient surtout aux valeurs dominantes de la société concernée et à des pratiques liturgiques encadrant la vie religieuse des croyants.

Par contre, le questionnement suscité par l’émergence de la transcendance dans la conscience humaine en relation avec le développement des personnes et des sociétés ouvrirait la porte à de nouvelles perspectives. La religion ne serait plus abordée sous l’angle de la relation de l’homme avec Dieu, mais de la relation de Dieu avec l’homme. Quel type de personne et de société le dieu des diverses croyances projette-il ? Quelles conceptions ces dieux se font-ils des diverses facettes qui caractérisent le développement de la personne et de la communauté humaine ? Que revendiquent-ils pour eux et que font-ils pour rendre possible l’espérance dont ils se font les promoteurs ? Abordé sous cet angle le discours sur Dieu passe par le prisme du discours sur l’homme et son devenir. C’est Dieu qui se révèle à travers une relation personnelle avec l’homme. C’est lui qui prend l’initiative à moins que ce soit un dieu inventé par l’homme, fait à l’image et à la ressemblance de ce dernier.

Que disent Boudha, Jésus, Mahomet Yahvé et tous les autres de la vie humaine, des relations entre les personnes et des sociétés entre elles? Ont-ils quelque chose à dire sur les grandes valeurs qui émergent progressivement de la conscience humaine, tels le partage, la justice, la vérité, l’amour, l’entraide, la solidarité, la paix et la vie ? À quels engagements ces dieux poussent-ils leurs adeptes ? Comment se positionnent-ils par rapport aux grands problèmes qui se vivent aujourd’hui tels la pauvreté, le racisme, le sionisme, les guerres, le fanatisme religieux, politique et idéologique etc. ?

Vu sous cet angle, l’enseignement de la religion n’est plus quelque chose de superficielle, de banale, mais devient un apport indispensable au développement de la conscience des jeunes dont le projet de vie doit rejoindre le développement de l’humanité dans ses personnes et ses communautés. Je ne vois pas en quoi l’Église catholique du Québec ne trouverait pas son compte dans une approche comme celle là. Ne rejoint-elle pas l’essentiel de la Révélation chrétienne et de l’Incarnation du Dieu des chrétiens qui vient à la rencontre de l’homme pour lui rappeler la loi fondamentale de son être et de son destin ? « Je ne suis pas venu abolir la Loi, mais l’accomplir ». N’est-il pas, pour les chrétiens, le créateur de cette humanité et ne vient-il pas la remettre en marche vers son plein développement en s’impliquant lui-même comme homme et comme fils de Dieu dans cette aventure qu’est la nôtre?

Je crois que la laïcisation des écoles nous donne l’occasion de devenir des ferments dans la pâte et des promoteurs d’une communauté de vie ouverte, non discriminatoire et confiante dans l’action de l’Esprit présent au coeur de la vie. Notre relation personnelle de foi n’est dépendante d’aucune structure ou institution. Elle est, comme dit Saint Paul, un don de Dieu. Les institutions et les privilèges qui deviennent indispensables à la survie de notre foi devraient allumer en nous de petites lumières rouges quant au fondement de celle-ci. L’Humanité toute entière n’est-elle pas aujourd’hui, plus que jamais, le véritable temple que Jésus, le Dieu des chrétiens, demande de bâtir sur la base du service, de la paix, de la justice, de la vérité, de l’amour désintéressé et du don de soi ? Toutes ces valeurs peuvent se vivre dans tous les milieux et dans toutes les institutions. Pour les vivre il suffit d’être humain, et si nous portons la foi qui fait vivre, nous le serons encore davantage. Je ne vois pas Jésus réclamer de privilèges institutionnels pour réaliser son œuvre de Salut. Une relecture des trois tentations de Jésus au désert devrait nous donner le stimulant de foi nécessaire pour aller de l’avant dans le délestage de nos privilèges.


Oscar Fortin
Québec, le 11 février, 2005

jeudi 10 février 2005

INFORMATION OU MANIPULATION

La Commission d’enquête sur les Commandites ne fait que confirmer le pouvoir extraordinaire que représente le contrôle des contenus transmis par les medias de communication. Ce pouvoir s’exerce évidemment par la propriété de ces medias, mais aussi par l’argent permettant d’acheter des pages et des heures entières de ces derniers. Le Gouvernement fédéral, sous la gouverne de Jean Chrétien y est allé surtout avec l’argent des contribuables dont ceux du Québec.

Mais pourquoi autant d’investissements ? Est-ce pour permettre de meilleurs débats, assurer la meilleure information possible, permettre au citoyen électeur d’être en mesure de poser un geste responsable en pleine connaissance de cause? Ou plutôt, ne serait-ce pas pour grossir à l’extrême le portrait de sa propre cause tout en défigurant également à l’extrême ses opposants pour les rendre le plus détestables et idiots possible ? La performance de M. Chrétien, lors de sa prestation devant cette commission, illustre à merveille, me semble-t-il, la seconde option. Son mépris pour le Québec et les Québécois, son peu de scrupule pour la vérité des messages et l’utilisation des fonds publics, m’ont scandalisé et ont sûrement donné une très mauvaise image de la démocratie et de la liberté dont le Canada se donne en exemple. Au diable les beaux principes et la démocratie, tout devenait permis pour sauver le « beau Canada».

J’ai vécu un certain nombre d’années dans des pays où les dirigeants, soutenus par des oligarchies, soutenaient et favorisaient la démocratie. Mais lorsqu’ils perdaient le contrôle de la «manipulation» et que le peuple s’élevait dans des directions qui n’étaient pas les leurs, alors ils optaient pour le «coup d’état militaire» et reprenaient le contrôle de la situation. Tous les moyens étaient permis. Nous n’avons évidemment pas eu à recourir à l’armée, le « coup des commandites et de la désinformation» ayant fait le travail.

Je ne puis m’empêcher de revoir la photo de tous les chefs d’État des Amériques réunis au Sommet de Québec, pour y vanter les mérites de la Démocratie. J’y vois le beau sourire de M. Chrétien en compagnie de M. G.W. Bush se faisant les apôtres de ce pouvoir du peuple par le peuple. Pourtant la Démocratie et tout autant la liberté sans l’information et la formation risquent de demeurer encore longtemps un rêve collectif dilué dans nos petites libertés quotidiennes et les choix d’une consommation qui se vend par elle-même. Si j’ai la liberté d’écrire ces réflexions, je n’ai malheureusement pas le pouvoir de les diffuser avec autant de rayonnement que si j’avais un poste de télévision ou les argents pour m’acheter des pages dans les journaux et revues. Nous pouvons évidemment crier tout ce que nous voulons dans notre chambre, dans notre cour, mais dès que nous franchissons le mur des grands espaces il faut commencer à composer non pas sur la forme, mais sur les contenus. En dépit de tout cela, il y a encore quelques espaces qu’il faut évidemment prendre avec respect. Les coupures qui se font et les orientations qui se prennent à Radio Canada devraient nous interroger sérieusement. Information ou manipulation, il y a un choix à faire.

Oscar Fortin

dimanche 6 février 2005

LE CANADA EN IRAK ?


L'Administration Bush vient de vanter haut et fort cette grande victoire de la démocratie en Irak. Le peuple ne vient-il pas, en effet, de prendre la parole, en dépit de conditions très difficiles, pour décider de ses représentants et de ses politiques. Comment se fait-il alors que ce soit l’Administration Bush, le grand défenseur de la démocratie, qui continue de décider pour le peuple irakien? Comment peut-il demander en toute légitimité au Canada d’envoyer des troupes en Irak ? Il n'est mandaté ni par le peuple irakien, ni par le gouvernement élu pour décider de l'envoi de troupes étrangères dans un pays qui n'est pas le sien.

Ce serait bien terrible que le Canada se prête à ce type d’ingérence dans les affaires d’un autre pays. Si notre refus d’aller en guerre préventive en Irak a reposé sur notre foi en l’Organisation des Nations Unies et aux principes qui la guide, il doit, me semble-t-il, en être ainsi pour refuser l’envoi de militaires canadiens en Irak, à plus forte raison si cette demande ne vient ni des Nations Unies, ni des représentants récemment élus du pays. À ce que je sache aucun pays membre de l'OTAN n'est actuellement menacé par le peuple irakien. Le respect de cette nouvelle démocratie et du droit international ne doivent-ils pas devenir la référence première de toute initiative canadienne sur ce territoire souverain.

Pourquoi ne pas faire de cette question de la guerre et de l’intervention militaire en Irak, comme en tout autre endroit, une question référendaire qui serait inscrite sur le prochain bulletin de vote des élections à venir? Le gouvernement sera peut-être renversé prochainement conduisant ainsi à des élections inévitables. Il pourrait y avoir deux questions simples :

ÊTES-VOUS POUR QUE LES INTERVENTIONS MILITAIRES DU CANADA SE RÉALISENT TOUJOURS DANS LE CADRE DE LA CHARTE DES NATIONS UNIES ET DU DROIT INTERNATIONAL ? OUI OU NON

ÊTES-VOUS D’ACCORD POUR QUE LE CANADA PARTICIPE AU PROJET AMÉRICAIN DE BOUCLIER ANTIMISSILES ? OUI OU NON

Ceux et celles qui se battent pour la Démocratie et sont contre la guerre seront sûrement en faveur de cette proposition qui donne la parole au peuple sur deux questions précises qui trancendent de par leur nature les autres questions de politique étrangère. Ceux qui pensent le contraire feront valoir leur point de vue. Un non ou un oui à ces questions n'affectera pas nécessairement notre vote pour le parti de notre choix. Cette pratique de référendum, lors d’élections, est répandue dans plusieurs pays dont les Etats-Unis. Je ne doute pas que l'Administration Bush, qui fait de la démocratie et de la liberté des objectifs fondamentaux de sa politique, se réjouisse de cette démocratie et liberté des canadiens dans leur prise de décisions sur ces deux questions. Nous aiderions ainsi nos représentants politiques à résister aux nombreuses pressions venant d'ailleurs. Ce serait une affirmation de l'autorité de la population canadienne. Ce serait de la Démocratie réelle.


Oscar Fortin

vendredi 4 février 2005

LE PRIX DE L'INTÉGRITÉ DES JUGES

Un comité, soit disant indépendant, formé principalement d’avocats, recommande une hausse importante du salaire des juges pour s’assurer, entre autres, de leur intégrité et de leur indépendance. Il semble qu’autrement, il ne soit pas possible de compter sur leur professionnalisme, tellement les pressions sont grandes de la part de ceux et celles qui ont le pouvoir de l’argent pour acheter leur conscience.

Voilà où nous en sommes dans nos raisonnements pour assurer l’intégrité morale et professionnelle de nos citoyens. Tout a un prix. Si c’est vrai pour nos juges, l’élite de la société, ce l’est sûrement pour tous les autres groupes de la société. Combien faudrait-il donner aux pauvres pour qu’ils ne fraudent pas les divers programmes gouvernementaux et acceptent les emplois disponibles ? Combien faudrait-il donner à l’ouvrier pour qu’il donne toujours son plein rendement au travail, aux fonctionnaires pour qu’ils respectent les biens mis à sa disposition et ne se laissent pas entraîner sur la voie du favoritisme ? Combien nos députés devraient-ils avoir pour retrouver leur indépendance et s’occuper exclusivement des intérêts de leurs commettants ? Que dire du prix de nos ministres pour qu’ils deviennent indépendants des lobbies puissants qui viennent leur arracher des avantages et des privilèges par millions de dollars ? Que dire enfin du prix à consentir à ces entrepreneurs et représentants de grandes entreprises pour qu’ils soient intègres et indépendants des mauvaises influences ? Et je passe sous silence le prix à donner à nos médecins pour les libérer du pouvoir des compagnies pharmaceutiques et des offres toujours plus alléchantes venant d’ailleurs. Il y a là quelque chose qui ne va pas.

La valeur morale et l’intégrité professionnelle des personnes doivent trouver leurs racines dans autres choses que le salaire ou l’argent. Bien que l’argent puisse corrompe bien du monde, bien du monde résiste à cette corruption sur la base de leurs convictions profondes. Nous trouvons ces derniers, plus nombreux que nous le pensons, à tous les niveaux de la société et dans tous les milieux, y compris chez les juges que nous avons. Une société ne peut se donner l’illusion que l’argent puisse assurer l’indépendance et l’intégrité professionnelle des personnes qu’elle met à son service. Il y aura toujours quelqu’un quelque part qui fera monter les enchères. Ce sera alors le pouvoir de corruption à la portée de ceux-là seuls qui ont beaucoup, beaucoup d’argent et y succomberont toujours les candidats qui veulent être protégés par de hauts salaires.

Le ministre de la justice a l’occasion de mettre un terme à ce type de raisonnement et à la perception que seul l’argent peut faire la différence entre l’intégrité et la corruption. S’il importe que le choix des juges se fasse sur la base de leurs compétences professionnelles, il est tout aussi important qu’il se réalise également sur la base de leur intégrité morale et de leur attachement aux grandes valeurs qui fondent notre société. Le ministre n’a pas à se préoccuper de l’offre, la liste de bons candidats prêts à accepter la charge de juge sera toujours assez longue pour permettre de répondre à la demande. Les autres, aussi bien, qu’ils s’éliminent eux-mêmes. La société ne s’en portera que mieux.

Oscar Fortin

ÉLECTIONS GÉNÉRALES ET MANDATS SPÉCIFIQUES

Lors des campagnes électorales de nombreuses questions sont soulevées, des débats ont lieu et des prises de position sont assumées par les chefs de partis. Le problème c’est que toutes les questions n’ont pas la même importance et ne comportent pas toutes les mêmes incidences sur les budgets et les valeurs qui animent une société. Il se peut que l’on soit d’accord dans l’ensemble avec un parti politique, son chef et les candidats qui l’accompagnent, mais que l’on soit tout à fait en désaccord sur l’un ou l’autre de ces points fondamentaux.

Prenons deux exemples de questions qui se poseront vraisemblablement lors des prochaines élections générales au Canada. Le premier concerne la volonté des canadiens face à des décisions du gouvernement d’aller ou non en guerre. L’histoire, encore toute récente, de la guerre en Irak et des pressions exercées par l’Administration étasunienne pour que le Canada se joigne à elle dans cette lutte illustre bien cette situation. Il n’y a pas de doute que la population canadienne dans son ensemble était et continue d’être contre cette guerre, d’autant plus qu’elle n’a jamais eu l’aval du Conseil de sécurité des Nations Unies. C’est grâce surtout à la détermination du Premier ministre Jean Chrétien et aux pressions exercées par la population canadienne si le Canada a pu résister aux pressions et positions étasuniennes. Il n’est pas certain qu’un Gouvernement dirigé par les Conservateurs, l’Alliance Canadienne ou même par M. Martin aurait pris les mêmes décisions ou continueront de les prendre une fois élus.

La seconde question qui risque de se poser avec acuité lors du prochain mandat du Gouvernement canadien est celui de sa participation au projet étasunien du bouclier anti-missile. C’est là un projet qui est loin de faire l’unanimité des spécialistes sur la manière de résoudre les conflits. Le Canada n’est pas un pays belligérant et ne représente aucun danger pour les autres pays. Sa mission de paix, il la réalise au sein de l’Organisation des Nations Unies, une première forme, sans doute imparfaite mais pourtant réelle, d’une démocratie mondiale. Les pays représentés au sein de son Assemblée générale peuvent s’exprimer et voter des résolutions. Les vrais défenseurs de la démocratie auxquels le Canada s’associe ne peuvent que favoriser cette approche. Il est évident que les lobbyistes étasuniens, ceux de l’industrie militaire ne négligeront aucun moyen pour convaincre et amener le gouvernement canadien à aller dans cette direction.

Il est donc important que le peuple canadien prenne des mesures pour que ses dirigeants aient sur certaines questions d’aussi grande importance des mandats sans équivoque. La Démocratie tant vantée l’exige. On ne peut donner des chèques en blanc sur de telles questions pas plus que nous ne pouvons vendre notre « âme » pour quelques promesses de contrats pour certaines industries canadiennes. Notre droit d’indépendance n’est pas à échanger contre un plat de lentilles. Le moyen le plus simple et le plus économique pour y parvenir serait d’inscrire, pour les prochaines élections, deux questions sur le bulletin de vote des électeurs.

Le Canada doit-il agir dans le cadre des Nations Unies pour tout engagement militaire à caractère offensif ou préventif ? OUI ou NON;

Êtes-vous en faveur de l’engagement canadien avec les étasuniens pour le déploiement d’un bouclier anti-missile nord américain ? OUI ou NON

Ces questions référendaires sur des bulletins de vote sont choses courantes dans plusieurs pays incluant notre voisin du sud. Ça permet à la démocratie de garder le contrôle sur certaines questions politiques d’importance.

Ces questions seraient discutées en campagne électorale et le Gouvernement élu serait lié par les réponses majoritaires données à ces questions. Ainsi nous pourrions parler avec encore plus de crédibilité de Démocratie et nos représentants seraient en mesure de résister aux pressions n'allant pas dans le sens de la volonté des canadiens.

Oscar Fortin

DE QUELLES VALEURS SE NOURRIT L'OCCIDENT ?

Le secrétaire d’État des Etats-Unis, M Powell, a qualifié les attentats comme des attaques directes aux grandes valeurs qui fondent l’action des démocraties occidentales. De là, il peut conclure que ce ne sont pas les Etats-Unis seuls qui sont touchés, mais tous les pays qui partagent ces mêmes valeurs. D’où l’importance, dira le Président, d’une riposte ferme pour punir et radier de la carte ces ennemis sans visage agissant sous l’arme du terrorisme international contre nous tous.

Cette référence aux valeurs fondamentales des démocraties de l’Occident permet de rejoindre le sentiment profond des personnes et des populations pour qui les valeurs de liberté, de solidarité, de justice, de respect mutuel, de paix et de fraternité sont au cœur de leur vie. Ces valeurs s’alimentent pour la grande majorité dans la foi chrétienne qui vient pour ainsi dire en consolider les bases. Les multiples manifestations de prières qui ont marqué en Amérique, en Europe et un peu partout à travers le monde chrétien en sont un témoignage éloquent.

Il y a toutefois un problème et il est de taille : ces valeurs qui alimentent la vie des peuples sont-elles tout aussi présentes dans les comportements, les décisions politiques et économiques des gouvernants élus par ces mêmes populations ? Ces dernières savent-elles et consentent-elles aux actions de leurs gouvernants qui ont pour effet de réduire ces mêmes valeurs chez des populations entières, souvent pour mieux en contrôler les politiques et par le fait même mieux disposer de leurs ressources ? La démocratie est-elle toujours un souci de rejoindre la volonté et les intérêts profonds des populations ou n’est-elle pas dans bien des cas un outil commode pour couvrir de ces valeurs des actions qui ne visent finalement que des intérêts limités à certaines oligarchies ?

Le 11 septembre, jour de l’attaque des terroristes contre les WTC, marquait le 28ième anniversaire du coup d’État militaire au Chili. Des avions, bombardiers ceux-là, larguaient des bombes sur un des rares bastions de la démocratie en Amérique latine. Des milliers de personnes y ont trouvé la mort, souvent après d’horribles tortures. D’autres y ont été faits prisonniers et des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont pris le chemin de l’exil. Nous savons maintenant, avec la publication des documents de la CIA, devenus accessibles après le délai de 25 ans, qui ont été les auteurs logistiques et politiques de cette opération. Où étaient alors les grandes valeurs démocratiques de l’Occident et que faisait l’électeur démocrate pour ramener ses gouvernants à ces mêmes valeurs ?

Tout ceci pour dire que la démocratie exige de chaque citoyen une plus grande vigilance de ceux et celles entre les mains desquels sont placés de grands pouvoirs. Nos silences nous transforment en de véritables complices d’actions qui briment dans les faits la liberté, l’autonomie, la solidarité, la démocratie des autres. Elles sont souvent la source de grandes injustices, de pauvreté inhumaine et le ferment de haine et de violence aux effets incontrôlables. L’ennemi est peut-être plus près de nous que nous le pensons.


Oscar Fortin

Québec, le 17 septembre 2001

BEN LADEN ET GEORGES W. BUSH

J’ai lu dans le journal Le Monde,le verbatim des paroles prononcées par Oussama Ben Laden lors de sa dernière apparition sur video le 28 octobre dernier. Je n’y ai pas reconnu le grand-prêtre de l’axe du mal pas plus que le grand méchant, insensible aux valeurs de liberté et de sécurité.

« Je vous dis que la sécurité est un pilier important de la vie humaine. Les hommes libres ne renoncent pas à leur sécurité, contrairement aux allégations de - George Bush - selon lesquelles nous détestons la liberté. »

Si cette liberté et cette sécurité sont importantes pour les citoyens des Etats-Unis elles le sont tout autant pour tous les citoyens du monde dont les peuples arables et palestiniens. N’est ce pas là un raisonnement tout à fait raisonnable qui colle très bien à la Charte des Nations Unies et au droit international.

« Si nous vous avons combattus, c'est parce que nous sommes libres, nous ne fermons pas les yeux sur les valeurs, nous voulons rendre la liberté à notre nation. De même que vous attentez à notre sécurité, nous attentons à la vôtre. »

« Je vais vous parler des raisons de ces événements et des moments dans lesquels a été prise la décision - de mener les attaques du 11-Septembre - pour que vous réfléchissiez. Je jure que nous n'avions jamais eu l'idée de frapper les tours, mais après que la goutte eut fait déborder le verre, après avoir vu l'injustice et l'arbitraire de l'alliance américano-israélienne contre nos frères en Palestine et au Liban, cette idée m'est venue à l'esprit. »

Ces propos du chef de « l’axe du mal », comme l’identifie M. Bush, donnent le contexte qui a conduit au 11 septembre. Depuis longtemps nous nous demandions quels étaient les véritables motifs qui poussaient les « terroristes » de l’axe du mal à agir de la sorte. En veulent-ils à notre liberté, à notre sécurité, à notre mode de vie, à nos croyances religieuses ? Selon les propos de Ben Laden, il semble que non. Ils veulent que la politique extérieure des Etats-Unis et celle de leurs alliés prennent en compte le droit des autres peuples d’aspirer à la liberté, à la sécurité, au respect des valeurs qui sont les leurs et à la justice.

Si les centaines de milliards de dollars investis par les Etats-Unis et les alliés dans la lutte contre le « terrorisme » avaient été investis dans les ajustements d’une politique extérieure plus équitable et plus respectueuse du droit international, nous n’en serions pas où nous en sommes actuellement avec cette centaine de milliers de morts et ces foyers de violence qui ne cessent de se multiplier. L’administration Bush ne se gêne pas de passer outre aux impératifs du droit international et de prendre le contrôle politique et économique des pays et des régions dont les richesses naturelles sont considérées comme essentielles au développement des États-Unis. C’est vrai pour la guerre en Irak, c’est vrai pour les tentatives de soulèvements au Venezuela contre Chavez, c’est vrai pour Cuba soumis à un blocus jusqu’alors inégalé et c’est vrai également pour beaucoup d’autres régions et secteurs d’activité comme celui de la haute technologie.

Tant et aussi longtemps que les intérêts du monde seront ramenés à ceux des étasuniens et que le droit international sera soumis à leurs propres droits, le « terrorisme » continuera à secouer les colonnes de ce temple fermé à tous les autres peuples de la terre. Dans ce contexte, la lecture du chapitre 11 du livre de l’Apocalypse peut jeter une lumière très particulière sur ces temps que nous vivons.

Oscar Fortin

SI C'ÉTAIENT EUX LES DEUX TÉMOINS

DONT PARLE L'APOCALYPSE, CH. 11, VV3-13

« Je donnerai à mes deux témoins le pouvoir de prophétiser, revêtus de sacs, pendant mille deux cent soixante jours.

Ce sont les deux oliviers et les deux chandeliers qui se tiennent devant le Seigneur de la terre.

Si quelqu'un veut leur faire du mal, du feu sort de leur bouche et dévore leurs ennemis; et si quelqu'un veut leur faire du mal, il faut qu'il soit tué de cette manière

Ils ont le pouvoir de fermer le ciel, afin qu'il ne tombe point de pluie pendant les jours de leur prophétie; et ils ont le pouvoir de changer les eaux en sang, et de frapper la terre de toute espèce de plaie, chaque fois qu'ils le voudront.

Quand ils auront achevé leur témoignage, la bête qui monte de l'abîme leur fera la guerre, les vaincra, et les tuera.

Et leurs cadavres seront sur la place de la grande ville, qui est appelée, dans un sens spirituel, Sodome et Égypte, là même où leur Seigneur a été crucifié

Des hommes d'entre les peuples, les tribus, les langues, et les nations, verront leurs cadavres pendant trois jours et demi, et ils ne permettront pas que leurs cadavres soient mis dans un sépulcre.

Et à cause d'eux les habitants de la terre se réjouiront et seront dans l'allégresse, et ils s'enverront des présents les uns aux autres, parce que ces deux prophètes ont tourmenté les habitants de la terre

Après les trois jours et demi, un esprit de vie, venant de Dieu, entra en eux, et ils se tinrent sur leurs pieds; et une grande crainte s'empara de ceux qui les voyaient.

Et ils entendirent du ciel une voix qui leur disait: Montez ici! Et ils montèrent au ciel dans la nuée; et leurs ennemis les virent.

A cette heure-là, il y eut un grand tremblement de terre, et la dixième partie de la ville, tomba; sept mille hommes furent tués dans ce tremblement de terre, et les autres furent effrayés et donnèrent gloire au Dieu du ciel. »
oscar fortin

jeudi 3 février 2005

SOPHONIE PROPHÈTE DES TEMPS MODERNES

La lecture de ce prophète de l’Ancien Testament, plutôt méconnu et très peu cité par nos contemporains, projette sur les temps que nous vivons une lumière que nous aurions tord de ne pas méditer profondément. Ce message, proclamé il y a plus de 2620 ans, garde toute son actualité. L’orgueil, la suffisance, la domination et l’exploitation des plus faibles par les plus puissants, la complaisance des prêtres et des prophètes avec ces derniers, sont autant de motifs qui soulèvent la colère de l’Éternel.

Je porte à votre attention les principaux passages qui vous assureront un contact direct avec ce prophète à la fois lointain et en même temps si près de nous. C’est un message sans complaisance pour les cœurs endurcis, mais plein d’espérance pour les humbles et ceux qui cherchent la justice.

SOPHONIE, CHAP.3

Le grand jour de l'Éternel est proche, Il est proche, il arrive en toute hâte; Le jour de l'Éternel fait entendre sa voix, Et le héros pousse des cris amers.

Ce jour est un jour de fureur, Un jour de détresse et d'angoisse, Un jour de ravage et de destruction, Un jour de ténèbres et d'obscurité, Un jour de nuées et de brouillards,

Un jour où retentiront la trompette et les cris de guerre contre les villes fortes et les tours élevées. Je mettrai les hommes dans la détresse, Et ils marcheront comme des aveugles,

Parce qu'ils ont péché contre l'Éternel; Je répandrai leur sang comme de la poussière, Et leur chair comme de l'ordure.

Ni leur argent ni leur or ne pourront les délivrer, Au jour de la fureur de l'Éternel; Par le feu de sa jalousie tout le pays sera consumé; Car il détruira soudain tous les habitants du pays.


Rentrez en vous-mêmes, examinez-vous, Nation sans pudeur,

Avant que le décret s'exécute Et que ce jour passe comme la balle, Avant que la colère ardente de l'Éternel fonde sur vous, Avant que le jour de la colère de l'Éternel fonde sur vous!

Cherchez l'Éternel, vous tous, humbles du pays, Qui pratiquez ses ordonnances! Recherchez la justice, recherchez l'humilité! Peut-être serez-vous épargnés au jour de la colère de l'Éternel.

Malheur à la ville rebelle et souillée, A la ville pleine d'oppresseurs!
Elle n'écoute aucune voix, Elle n'a point égard à la correction, Elle ne se confie pas en l'Éternel, Elle ne s'approche pas de son Dieu.

Ses chefs au milieu d'elle sont des lions rugissants; Ses juges sont des loups
Ses prophètes sont téméraires, infidèles; Ses sacrificateurs profanent les choses saintes, violent la loi.

L'Éternel est juste au milieu d'elle, Il ne commet point d'iniquité; Chaque matin il produit à la lumière ses jugements, Sans jamais y manquer; Mais celui qui est inique ne connaît pas la honte.

J'ai exterminé des nations; leurs tours sont détruites; J'ai dévasté leurs rues, plus de passants! Leurs villes sont ravagées, plus d'hommes, plus d'habitants!

Je disais: Si du moins tu voulais me craindre, Avoir égard à la correction, Ta demeure ne serait pas détruite, Tous les châtiments dont je t'ai menacée n'arriveraient pas; Mais ils se sont hâtés de pervertir toutes leurs actions.

L'Éternel, ton Dieu, est au milieu de toi, comme un héros qui sauve; Il fera de toi sa plus grande joie; Il gardera le silence dans son amour; Il aura pour toi des transports d'allégresse.

Je rassemblerai ceux qui sont dans la tristesse, loin des fêtes solennelles, Ceux qui sont sortis de ton sein; L'opprobre pèse sur eux.

Voici, en ce temps-là, j'agirai contre tous tes oppresseurs; Je délivrerai les boiteux et je recueillerai ceux qui ont été chassés, Je ferai d'eux un sujet de louange et de gloire Dans tous les pays où ils sont en opprobre.

En ce temps-là, je vous ramènerai; En ce temps-là, je vous rassemblerai; Car je ferai de vous un sujet de gloire et de louange Parmi tous les peuples de la terre, Quand je ramènerai vos captifs sous vos yeux, Dit l'Éternel.

SOPHONIE, prophète, CH.3
641-605 av. J.C.


Oscar Fortin,

L'ÉGALITÉ DES CHANCES ?


On peut se demander parfois si les mots ont encore un sens. Dans son discours du trône, le gouvernement de M. Martin parle de l’égalité des chances pour tous. De quoi faire rire.

Comment parler de l’égalité des chances lorsque les moyens de communication sont devenues la propriété de quelques personnes? Si je veux partager mes réflexions et commentaires avec la population et que ceux-ci ne sont pas à la convenance de ces derniers, je n’aurai d’autres choix que de prendre le bâton du pèlerin et de faire du porte à porte. Par contre celui qui possède les moyens de communication n’aura qu’à se présenter devant la camera ou prendre la plume d’une page éditoriale pour rejoindre le citoyen dans son salon ou à sa table en train de prendre son café. Comment l’égalité des chances peut-elle être possible dans pareilles circonstances?

Comment parler d’égalité des chances lorsque certaines personnes ou entreprises, disposant de beaucoup de ressources, peuvent se payer, souvent aux frais des contribuables par les déductions d’impôt, le luxe de bureaux d’avocats spécialisés et de spécialistes en lobbies? Pour s’opposer à un projet de loi ou encore en favoriser un nouveau, ils auront les ressources pour rejoindre rapidement les décideurs et les amener à agir dans le sens de leurs intérêts. Quant à moi, monsieur tout le monde, j’aurai beau me promener dans les rues avec mes pancartes, écrire à mon député ou encore envoyer une lettre aux lecteurs qu’on publiera ou non, je n’y changerai pas grand-chose. J’aurai servi à confirmer l’image de la liberté et de la libre expression, mais non celle de l’égalité des chances dans l’exercice du pouvoir.

Quelle égalité des chances peut-il exister entre le citoyen ordinaire et M. Paul Desmarais ou encore entre Bryan Mulroney et Jos tout le monde? Qui d’après vous a obtenu que les gouvernements décident de réduire de 50% les montants en gain de capital aux fins de l’impôt? Je ne crois pas que ce sujet ait fait l’objet de discussions lors de campagnes électorales ou ait été revendiqué par des manifestations dans les rues ou par des campagnes de revendications sociales. Quelques rencontres de haut niveau avec les personnes bien placées auront suffi. Tu fais 100 000$ en gains de capital et seulement 50 000$ seront considérés pour fin d’impôt. L’autre 50 000$ sera un revenu net. Bien sur, économie oblige…

Par contre s’il y a des revendications qui se font pour l’augmentation du salaire minimum, les garderies à 5$, le logement social, l’élimination de la discrimination dans les conditions de travail, l’application des mêmes règles de marché pour tous, alors là il faut s’armer de patience et déployer toutes les énergies inimaginables. Dans la plupart des cas les résultats demeureront bien métigés et en deçà des attentes. N’en va-t-il pas de même avec le projet de bouclier antimissile. Un téléphone de M. Bush et la promesse de contrats un peu comme on le fait avec des mercenaires passe facilement au dessus de la grande majorité des canadiens.

Dans pareilles circonstances, parler d’égalité des chances ou encore de démocratie dans le sens du peuple au pouvoir, c’est plutôt rire du monde et pas à peu près.

Oscar Fortin

LE LEVAIN DANS LA PÂTE

Serons-nous témoins de la fin d’une institution dont les origines remontent au début du christianisme ? L’Église qui s’est construite tout au long de ces deux derniers millénaires, qui est devenue un État avec ses pouvoirs d’autorité et ses représentations diplomatiques, qui a développé ses lois, ses dogmes, ses rites et ses liturgies, qui a consacré ses ministres et encadré ses fidèles, vit-elle ses derniers moments ? Est-ce le début de la fin des prophéties de Malachie ?

Il n’y a pas que la diminution des vocations sacerdotales et l’exode des pratiques religieuses qui portent à penser que l’Église-institution, telle que nous la connaissons, vit ses derniers moments. Il y a, me semble-t-il, au-delà de ces faits, une compréhension nouvelle de la foi. Cette compréhension nous ramène à l’essentiel du message de Jésus et nous rappelle que l’action de l’Esprit Saint n’est ni un monopole de quelques institutions que ce soit ni une figure de style. Ces deux forces que sont l’Évangile et l’Esprit Saint transcendent toutes les institutions existantes et permettent à toute personne de bonne volonté d’être présente à tous les niveaux de la société comme un levain dans la pâte. L’Évangile vient transformer le monde par le dedans et non pas juxtaposer deux mondes, un qui serait laïc et l’autre confessionnel, un naturel et l’autre spirituel. Le surnaturel de la Révélation de l’homme nouveau enveloppe tout autant le naturel et le spirituel. Nous appartenons tous à l’homme nouveau. Dans ce contexte, les débats reliés aux écoles laïques ou confessionnelles ne se posent plus. Les grandes questions portant sur la vie, le divorce, le célibat doivent être discutées en société et assumées par la société. Personne n’a le monopole de la vérité, mais tous disposent d’une conscience à laquelle ils ne peuvent échapper.

Les évènements de la semaine sainte sont des moments de vérité qui interpellent les autorités de nos institutions religieuses et civiles, qui nous questionnent sur la foi que nous portons ou pratiquons. Nous ne pouvons oublier que ce sont les pouvoirs religieux et politiques en place, Caïphe, Pilate et Hérode, avec le support d’une foule manipulée en ce sens, qui ont décidé du sort de Jésus. Après deux mille ans la situation des rapports de force entre les grandes valeurs humaines et les pouvoirs en place n’ont pas changé tant que ça… Ces évènements devraient nous ouvrir davantage à la différence en nous rendant plus humbles dans nos jugements, plus ouverts dans nos services et plus responsables dans nos prises de positions.

Si beaucoup de personnes rejettent l’Église et ses institutions, peu par contre rejettent Jésus et le message dont sa vie témoigne. Nombreux sont ceux et celles, à l’intérieur comme à l’extérieur des institutions religieuses, qui travaillent pour qu’il y ait plus de vérité et de respect entre les personnes, plus de justice entre les différents groupes sociaux, une paix plus durable pour tous. Ils sont, dans leurs milieux respectifs, des témoins de vérité et de vie. Ils rappellent le fait que le don de la foi et celui de l’Esprit sont accessibles à toute personne de bonne volonté.

Oscar Fortin, théologien

LE SEXE PLUS IMPORTANT QUE LA GUERRE

Lorsque le débat sur l’intervention militaire en Irak était à son plus fort, le pape Jean-Paul II a courageusement pris position contre l’intervention unilatérale des Etats-Unis et de la Grande Bretagne. Il s’est porté à la défense du droit international placé sous la gouverne des Nations Unies. Cette prise de position du Pape sur une question aussi importante aurait dû normalement entraîner depuis le Vatican et les diocèses du monde une campagne orchestrée contre cette guerre auprès de tous les chrétiens et des personnes de bonne volonté.

Aussi curieusement que cela puisse paraître, on s’est fait plutôt discret dans les interventions mobilisatrices. Si bon nombre de chrétiens et de catholiques ont participé aux nombreuses marches pour la paix et contre la guerre, bien peu de représentants officiels des diocèses et du Vatican se sont manifestés. La catholique Espagne et la non moins catholique Italie ont choisi de se joindre aux deux principaux belligérants bien identifiés à la chrétienté. À ce que je sache, il n’y a pas eu d’anathème et de condamnation à l’endroit des catholiques qui ont passé outre à cette position officielle de Jean-Paul II et de l’Eglise. Il n’y a pas eu de rappel du droit à l’objection de conscience pour ceux et celles appelés à prendre les armes.

Il en va tout autrement avec la question du mariage des homosexuels et des lesbiennes. Là, il y a comme un réveil. Les journaux citent : « le Vatican part en guerre contre le mariage des gais ». Un évêque canadien menace le premier ministre du Canada d’aller en enfer s’il ne se ravise pas sur le projet de loi autorisant le mariage entre les personnes de même sexe… Le Président Bush prend position en se disant d’accord avec le Pape. Et ce n’est pas fini… Le sujet va faire diversion pour encore un bon bout de temps. De quoi faire oublier qu’il y a toujours une guerre en Irak et que les occupants sont toujours des envahisseurs.

Tout ceci pour dire que le monde réalise de plus en plus que le Vatican et les diverses structures qui s’y rattachent obéissent comme tout autre gouvernement à des idéologies et à des lobbys qui ont pour effet de rendre l’Église de Rome moins « catholique », c'est-à-dire moins « universelle ». Il n’est donc pas surprenant que sa crédibilité en souffre et que son autorité rejoigne de moins en moins de monde. Seul un retour aux valeurs fondamentales de l’Évangile et à l’esprit qui a guidé l’action de Jésus de Nazareth redonnera à l’Église un visage d’espérance signifiant pour toute personne de bonne volonté.


Oscar Fortin

QUI AURA RAISON DE DIEU ?

Les messages qui sont adressés présentement à Dieu doivent l’embarrasser passablement. Les musulmans, les chrétiens, les pauvres, les affamés, les victimes de la guerre, les riches, les puissants, les rois, les dictateurs, les chefs de gouvernements hostiles ou ennemis frappent à sa porte et revendiquent à leur cause son appui. À écouter certains de ces revendicateurs, on peut se demander quelles notions ils ont de ce dernier. Cette question est d’autant plus pertinente s’il s’agit de l’appel au secours du Dieu des chrétiens. Dans ce dernier cas, on peut se demander pourquoi l’on parle si peu de Jésus de Nazareth, révélation par excellence de la Parole de Dieu aux hommes de bonne volonté.

Qu’a-t-il révélé ce Jésus de Nazareth? Entre autres choses, que son Royaume n’est pas de ce monde, que le risque est grand pour quiconque veut séparer le bon grain du mauvais grain et qu’il est donc préférable de laisser à Dieu le soin de procéder à cette séparation lorsque viendra le jugement dernier. Il a de plus révélé que l’autorité doit s’exercer comme un service, que les derniers seront les premiers et que lui, le maître, s’est fait le serviteur de tous. Il nous a mis en garde contre tout jugement. Il a dénoncé l’hypocrisie des scribes et des pharisiens qui mettent sur les épaules des autres des fardeaux qu’ils ne peuvent porter eux-mêmes et qui cherchent à occuper les premières places.

Ce Jésus, que les chrétiens croient ressuscité et toujours vivant, est celui qui reçoit les prières et demandes de M. Bush, de la Chambre des représentants, du Sénat américain tout comme de Saddam, des irakiens, des familles des victimes de cette guerre, des pauvres et des laissés pour compte. C’est lui qui sonde les reins et les cœurs de chacun et qui est en mesure de discerner la vérité de l’amour que chacun porte à la recherche de la justice, du partage, de la paix fondé sur le respect et la confiance. Il est en mesure de voir l’utilisation faite de certaines informations pour mieux manipuler l’opinion publique. Derrière ces manipulations il sait reconnaître les véritables intentions et intérêts qui sous-tendent les actions des uns et des autres. En d’autres mots, il n’y a pas de place pour lui en passer une petite vite. Il est au courant de tout.

La prière de chacun ne saurait être exaucée que s’il y a une conversion profonde dans le sens de cette nouvelle manière de vivre ensemble : que le plus puissant se fasse le serviteur de tous, que le plus faible devienne le plus grand, que la justice s’impose à tous et que la paix soit sur le chemin de l’humilité, du pardon et du partage. Le Royaume de Dieu ne saurait émerger de la force des armes et encore moins du mensonge et de la vengeance..

L’Èvangéliste St-Jean n’écrit-il pas que le diable est le père du mensonge alors que le Christ proclame la vérité. (Ch. 8,44-45) À nous de tirer les conclusions qui s’imposent.

Oscar Fortin
28 mars 2003

LA HIÉRARCHIE CATHOLIQUE PORTE-PAROLE SPIRITUEL DES CHEFS D'ÉTAT DE L'OCCIDENT CHRÉTIEN

LETTRE OUVERTE A JEAN-PAUL II (mars 1982) La fonction politique que vous assumez en tant que chef de l'Etat du Vatican et celle qui résulte inévitablement de vos nombreux déplacements, des discours que vous prononcez, des positions que vous adoptez en tant que Chef hiérarchique de l'Eglise Catholique ne peuvent être ignorées et encore moins niées. La question n'est pas de savoir si vous devez vous soustraire à toute fonction politique, ce qui serait aussi illusoire que de vouloir vous soustraire à l'air que vous respirez, mais plutôt de savoir le type de fonction politique que vous commandent d'assumer le Message évangélique et la situation actuelle des peuples.

L'action que vous déployez présentement dans le tumulte des conflits qui divisent les peuples, que ce soit à travers vos déplacements, vos discours, vos silences, les gens que vous recevez ou ceux que vous ne recevez pas semble répondre à merveille aux attentes des chefs d'Etat de l'Occident chrétien. Il suffit pour nous en convaincre d'observer l'attitude que vous adoptez face aux conflits que vivent les peuples de l'Amérique Latine et celle prise face aux conflits que vit le peuple polonais.

En Amérique latine, vous n'hésitez pas à rappeler aux prêtres, religieux et religieuses que leur engagement doit se situer dans le champ de la pastorale liturgique et sacramentelle, que la théologie de la libération constitue une approche dangereuse du message évangélique, que si le changement des structures est parfois souhaitable, c'est le changement des coeurs qu'il faut d'abord opérer. Dans la même veine, vous invitez les populations à la confiance en Dieu et à la patience pour réaliser par des moyens démocratiques et dans le respect de l'ordre établi les changements qui s'imposent, condamnant ainsi les différents fronts de libération engagés dans des luttes sanglantes avec des dictatures mi1itaires. Tout récemment, vous avez pris position en faveur des élections organisées pour la fin mars au Salvador et cela même si les principaux observateurs s'entendent pour dire qu'elles sont absurdes dans la situation actuelle. Egalement, vous savez éviter d'identifier les dictatures militaires, les régimes corrompus ainsi que les puissances qui les alimentent en artillerie de guerre, évoquant l'argument classique que l'Eglise n'a pas les compétences voulues pour juger des questions politiques et économiques. De plus, les grands personnages de ce beau monde peuvent toujours avoir accès à votre personne alors que cet accès est plus difficile pour ceux et celles engagés dans les luttes de libération. N'est-ce pas ainsi que le Père Ernesto Cardenal, membre du Front sandiniste de libération nationale du Nicaragua, n'avait pu être reçu par vous lors de son passage à Rome en 1979? Pourtant, lors de la Conférence de Puebla au Mexique, vous avez accepté de recevoir le représentant officiel de Somoza, lequel dirigeait une des guerres les plus sanguinaires de l'Amérique centrale...

En Pologne, votre discours et vos engagements prennent un autre ton. Vous devenez l'apôtre des travailleurs, le pape de la Solidarité, la pierre angulaire de la défense des libertés individuelles. Vous parlez du droit des travailleurs à s'organiser, à se faire respecter, de leur devoir de lutter pour assurer l'exercice des libertés fondamentales. Vous trouvez le courage qu'il convient pour condamner fortement les moyens utilisés par les gouvernants polonais et c'est du poids de toute votre autorité que vous exigez la suppression de la loi martiale et la remise à Solidarité de tous les moyens qui lui permettent d'exercer librement ses activités. Au coeur de la crise, vous n'avez pas craint de recevoir en audience privée le représentant de Solidarité et c'est toute l'Eglise de Pologne que vous avez mobilisée contre ce coup de force.

Loin de moi l'idée de critiquer l'attitude que vous avez adoptée dans la crise que vit le peuple polonais. Je la trouve au contraire courageuse et indépendante des pouvoirs politiques en place. Mon regret, c'est de ne pas retrouver cette attitude face aux gouvernants et aux puissances économiques de notre Occident chrétien. Ceci est d'autant plus douloureux que la liste des dictatures militaires, des emprisonnements, des tortures, des assassinats est autrement plus longue et plus tragique en Amérique latine et en Afrique que partout ailleurs. Les peuples du Salvador, du Nicaragua, du Guatemala, d'Haïti, d'Argentine, du Chili, celui de Cuba soumis à un blocus économique injustifié, ceux de l'Afrique et de l'Asie seraient également encouragés si l'engagement de votre personne dans les luttes qu'ils mènent était aussi marqué que celui que vous assumez dans la lutte que mène le peuple polonais. Ne serait-ce pas là un trait de la véritable catholicité de l'Eglise?

Le problème de fond ne réside-t-il pas dans le fait très subtil de la récupération progressive de la hiérarchie et des institutions de l'Eglise par les Grands et les Puissants de notre Occident chrétien? N'ont-ils pas réussi à s’en faire une alliée fidèle, capable de consolider leur pouvoir et d'affaiblir celui de leurs adversaires? N'ont-ils pas eu l'intelligence et l’astuce de réaliser cette alliance avec l'Eglise, en lui accordant la sécurité matérielle et le bien-être, en lui assurant un traitement de faveur dans le déploiement de ses institutions paroissiales, scolaires, hospitalières, etc. en l’encourageant dans la mise en place d'une religiosité faite de rites, de pratiques sacramentelles, en lui inspirant une doctrine qui permet de séparer la réalité en "sacré et en "profane"?

En fait, n'est-ce pas depuis les premiers compromis réalisés avec les rois lors du Concile de Constantinople, en 325, que l’Eglise de Jésus-Christ et des Apôtres a progressivement cédé la place à une Eglise structurelle, hiérarchisée, vidée de sa substance originelle? L'Eglise n'a-t-elle pas succombé aux trois tentations auxquelles Jésus a résisté dans le désert alors qu’il s’apprêtait à débuter sa vie publique? Ne s'est-elle pas mis les doigts dans l'engrenage des compromis?

N’a-t-elle pas dit oui à la tentation de donner satisfaction à ses besoins individuels, à son bien-être humain, à sa sécurité matérielle dans le but évidemment de pouvoir mieux s’adonner au travail de l'apostolat? (tentation du pain)

N’a t-elle pas dit oui également à la tentation de déployer ses pouvoirs spirituels dans des manifestations grandioses faites de rites et de cérémonies religieuses, dans le but défendable de gagner l’adhésion des croyances populaires? (tentation de la chute du haut du temple)

N'a-t-elle pas dit oui enfin à la tentation de se soumettre aux grands et aux puissants en échange du déploiement universel de ses institutions? (tentation de la domination)

Vous connaissez les réponses que Jésus a apportées à ces trois tentations qui visaient toutes à diluer sous des apparences de bien la substance même de la mission que lui avait confiée son Père. Par son NON sans équivoque, il a consolidé la liberté qui lui a permis de parler et d’agir comme le lui demandait son Père, indépendamment de Caïphe, de Pilate et d'Hérode. Il a ainsi inauguré le Royaume de Justice et de Paix promis à tout homme de bonne volonté.

Ne pouvez-vous, à la place essentielle que vous occupez aujourd'hui dans l'Eglise, travailler à libérer celle-ci de cette emprise voilée que les puissances politiques d'Occident ont réussi avec son consentement à exercer sur elle? Sa hiérarchie en est arrivée à être souvent le porte-parole spirituel des chefs d'Etat de l’Occident chrétien. Vous-même, n'est-ce pas ce rôle que vous en arrivez à exercer? Cela ne vous empêche-t-il pas de mettre la force de libération de l'Evangile d’une manière véritable au service des pauvres et des opprimés de tous les pays, de tous les continents, de toutes les régions, de tous les systèmes?

Oscar Fortin
4 mars 1982
lettre restée sans réponse

mercredi 2 février 2005

POUR UN NOUVEAU PASTEUR AU SERVICE DE L'ÉVANGILE


Le Diocèse de Québec a accueilli, il y a quelques mois, son nouveau pasteur en la personne de Mgr Marc Oueillet. Il a été présenté à maintes reprises comme un homme d’Église, comme un homme entièrement dédié à la promotion de la doctrine et de l’organisation. La cérémonie de son intronisation à la Basilique de Québec a mis en évidence cette Église structurée, organisée, culturellement bien implantée dans la société civile et politique. La liste des nombreux invités et dignitaires alors présents et le décorum tout ecclésial en témoignèrent.

Par contre, le portrait de l’Église du diocèse de Québec, brossé par Mgr Couture, a mis en évidence les changements profonds qu’ont entraînés la révolution tranquille et Vatican II dans la compréhension et la pratique de la foi. La sécularisation a percé bon nombre de champs d’intervention occupés autrefois par l’Église. Ce fut le cas en éducation, en santé ainsi que dans plusieurs institutions culturelles et même politiques. Ces changements ont forcé les responsables à innover dans les approches et la façon de reprendre contact avec les communautés chrétiennes et la société civile. Toutefois, tous ces efforts, pour nobles et généreux qu’ils aient été, semblent avoir été davantage polarisés par l’objectif de faire revivre en plus moderne l’organisation de la foi plutôt que le renouvellement de la foi. Lorsque Mgr Oueillet, citant alors l’Évangile, dit que « les temps sont arrivés, qu’il faut se convertir… » on ne sait pas trop en quoi et sur quoi porte cette conversion. Est-ce un retour à la pratique liturgique et sacramentelle ou plutôt un retour à l’Évangile dans ses éléments les plus fondamentaux et les plus inspirants pour l’humanité toute entière ? Dans le premier cas l’organisation reprend le devant de la scène avec ses principaux acteurs… Dans le second cas c’est l’Évangile et le Ressuscité.

Jésus, le personnage central et toujours bien vivant de la foi chrétienne et l’ Esprit Saint, son Témoin permanent dans l’histoire humaine, doivent, de toute évidence, retrouvés leur place dans l’Église militante et être reconnus comme tels par ceux et celles qui en sont les humbles serviteurs. Etre témoin de Jésus et de son Évangile n’est-ce pas rejeter, comme Jésus l’a fait au désert, les tentations des trois grands pouvoirs qui font de nous des esclaves : le pouvoir de la consommation, le pouvoir de la domination et celui du prestige ou des grandeurs ? N’est-ce pas également faire sien les béatitudes que le sermon sur la montagne proclame comme définissant ceux et celles qui oeuvrent pour le Royaume ? N’est-ce pas d’ailleurs à la lumière de ces engagements que le Jugement dernier sépare les bons des mauvais… « j’avais faim, j’avais soif, j’étais nu, prisonnier et vous m’avez secouru et visité… » ? Il n’y a pas de questionnement sur le droit canon et les pratiques sacramentelles…Ces derniers ont sans doute leur importance, mais ne sont pas au cœur du message évangélique.

Le monde vit aujourd’hui l’insécurité des guerres. De plus en plus on constate l’emprise des grands et des puissants sur les gouvernements et les églises qui deviennent encore trop souvent complices de guerres ou de lois qui créent l’injustice, la discrimination, l’exclusion sous toutes ses formes. Mgr Oueillet qui a vécu plus de cinq ans en Amérique Latine est sans doute en mesure de comprendre jusqu’où peuvent aller ces complicités entre pouvoirs politiques, économiques et religieux. Bien des dictatures, malheureusement, sont nées et ont survécu grâce aux appuis tacites des hiérarchies ecclésiales. Ces temps semblent de plus en plus du passé si on s’en tient à la position ferme de Jean-Paul II qui a dénoncé avec force l’intervention guerrière des Etats-Unis en Irak. Il eut été réconfortant que l’autorité épiscopale de Québec participe avec ces milliers de jeunes, de travailleurs, de femmes et d’hommes de bonne volonté aux marches, pour la paix et contre la guerre en Irak, réalisées un peu partout dans le diocèse. J’espère qu’il n’y avait pas dans cette absence de l’ « ignorance crasse ».

La misère et l’injustice, en dépit de tous les compromis et combines entre les grands et les puissants, sont toujours aussi présentes et la personne de bonne volonté n’a de cesse de lutter pour que l’humanité nouvelle émerge de ce marasme des complots et des intérêts des pouvoirs en place. Seul un changement profond, ouvrant à une certaine forme de transcendance, peut donner la liberté d’agir au service d’une humanité qui trouve tout son sens en celle du Ressuscité. Des voix prophétiques doivent se faire entendre et les témoins des béatitudes doivent être reconnus, soutenus et encouragés. Ils sont un peu partout et dans toutes les catégories d’âge. Pour les reconnaître il faut revenir à l’essentiel de l’Évangile autrement on risque de les confondre avec des ennemis de la société.

Je souhaite que le nouvel archevêque de Québec, au-delà de ses prises de position récentes, soit d’abord et avant tout un homme d’Évangile et un serviteur d’humanité. Ainsi le prisme qu’est l’Église sera de plus en plus transparent au message qui la soutient et l’inspire. Comme le disait Jean le Baptiste, il faut disparaître pour que l’Autre apparaisse. Jésus n’est pas venu pour sauver d’abord une Église, mais l’Humanité toute entière. Il faut que ça paraisse dans notre façon d’être et dans celle de nous organiser.

Oscar Fortin

27 janvier 2003

LA DÉMOCRATIE ET LA GUERRE

La question de la démocratie se pose avec d’autant plus d’acuité et de pertinence que les tenants de la guerre se donnent pour objectif l’implantation de celle-ci dans le pays visés par cette même guerre. M. Bush et ceux qui le suivent ne veulent-ils pas libérer l’Irak du régime dictatorial de Saddam Hussein pour y implanter la démocratie ? Mais qu’en est-il de la décision démocratique d’une telle initiative ?

Les dernières semaines et plus particulièrement les derniers jours ont donné lieu à des situations mettant clairement en évidence le vide constitutionnel laissant la voie libre aux dirigeants politiques de décider de questions n’ayant jamais fait l’objet d’un débat publique lors de campagne électorale. Sans ces manifestations au Québec, au Canada, au Chili, au Mexique et un peu partout dans le monde disant haut et fort le refus de la guerre, un plus grand nombre de nos dirigeants politiques auraient sans doute basculé dans le camp de l’administration Bush.
Dans plusieurs autres cas toutefois, les pressions exercées par les tenants de la guerre ont eu le dessus sur la démocratie et ont entraîné plusieurs dirigeants et chefs d’État sur le sentier de la guerre. Ce fut le cas, entre autre, en Espagne, en Angleterre, en Turquie et dans quelques autres pays. M. Chrétien n’a-t-il pas reconnu lui-même avoir subi de telles pressions, mais qu’il n’était pas à vendre.

Il est tout de même curieux que les apôtres de la démocratie dans le monde soient les premiers à bouder cette même démocratie lorsqu’elle se prononce dans un sens différent de leur volonté. La réaction de certains milieux américains à la décision de la France et de sa population de s’opposer à cette guerre en dit long sur le sens démocratique des acteurs en présence. Beaucoup d’autres pays plus petits et moins puissants que la France vont souffrir pendant longtemps de la mauvaise humeur du grand frère pour avoir oser affirmer leur indépendance et le respect de la volonté de leur population. On peut penser au Chili et au Mexique pour n’en nommer que deux.

Pour éviter toutes ces situations confuses des dirigeants politiques pris en tiraille entre la volonté de leurs commettants et celles des dirigeants étrangers sur une question aussi importantes que celle d’aller ou non en guerre offensive ou préventive pourquoi n’y aurait-il pas une obligation constitutionnelle de consultation de la population ? Cette consultation dont la forme resterait à définir permettrait les débats appropriés des diverses options et deviendrait la référence des mandats accordés à nos représentants politiques. Les pressions extérieures ne pourraient plus avoir d’effet sur les chefs d’État, ces derniers étant liés aux mandats accordés par leur population.

La médecine de la démocratie retrouverait ainsi toute sa vigueur et son efficacité.

Oscar Fortin

RÉACTION À LA LETTRE DE M. VICTOR MOZO "DOMMAGES COLATÉRAUX À CUBA"


Monsieur le Directeur

J’ai lu avec grande attention la lettre de monsieur Mozo parue dans Le Devoir du 6 avril 2003 sous le titre DOMMAGES COLLATÉRAUX À CUBA. . Je ne doute pas que le sens de la liberté et de la justice soit à la source de son propos. Ce dernier reproche au Gouvernement cubain de traiter ses dissidents de façon arbitraire et de profiter de la situation mondiale actuelle pour adopter des attitudes encore plus sévères à leur endroit.

Sans entrer dans le détail des points soulevés, je voudrais signaler que peu de personnes, depuis le 11 septembre 2001, se scandalisent des diverses lois et mesures prises par le gouvernement américain pour prévenir toute action terroriste de nature à mettre en danger la sécurité nationale des Etats-Unis ainsi que celle de ses citoyens. Des arrestations se réalisent quotidiennement dans les aéroports, aux postes frontaliers et aux divers coins du pays et du monde. Cette lutte à finir contre le terrorisme conduit les responsables gouvernementaux à transférer à Guantanamo un certain nombre de ceux-ci et à traiter les autres en se plaçant sous la protection d’une loi spéciale les mettant à l’abri des organismes dédiés à la protection des droits de la personne. Le monde accepte, tant bien que mal, que des pays puissent agir ainsi pour se protéger contre ceux et celles pouvant mettre en danger leur stabilité interne.

Dans cet esprit et en grand démocrates que nous sommes tous, pourquoi le Gouvernement cubain ne pourrait-il pas agir de la sorte pour se protéger contre les terroristes ou toute action mettant en danger sa stabilité interne et sa sécurité nationale? Son histoire n’est-elle pas jalonnée de centaines d’actes terroristes, allant de l’invasion de la Baie des Cochons jusqu’aux détournements récents d’avions et de bateaux en passant par des tentatives d’assassinat du Président et de sabotages d’avions de ligne tel celui réalisé en 1977 ? Ces actions ne sont-elles pas considérées comme des actes terroristes par le droit international ?

J’invite monsieur Mozo à vérifier le sort que le gouvernement des Etats-Unis a réservé aux pirates des détournements récents d’avion en provenance de Cuba qui ont mis en danger la vie de plus de cinquante passagers, femmes et enfants? Ont-ils reçu le traitement réservé aux terroristes ou celui réservé à des héros ? Je demande également à M. Mozo s’il a pris connaissance du sort des cinq cubains arrêtés et faits prisonniers aux Etats-Unis il y a maintenant plus d’un an et pour lesquels des voix de plus en plus nombreuses à travers le monde se font entendre pour qu’ils aient un procès juste et équitable. Ces demandes n’ont pas encore trouvé écho chez les autorités américaines. La faute de ces cubains est d’avoir infiltré les anti-cubains de Miami et d’avoir mis à jour un projet terroriste visant le renversement du gouvernement cubain? Que ferait le Canada si des américains s’infiltraient dans des organismes terroristes canadiens et mettaient ainsi à jour leurs projets de sabotage? Mettrait-il les américains en prison ou au contraire prendrait-il les mesures qui s’imposent pour juger ces terroristes?

L’intérêt de M. Mozo pour les dommages collatéraux aurait pu également le conduire à parler de ce qui se passe actuellement au Venezuela. L’actuelle campagne menée avec l’appui de certains secteurs de l’administration Bush pour le renversement du gouvernement démocratique du Venezuela devrait nous interroger tous sur le sens que nous accordons à la démocratie.

À bien y penser, M. Mozo, les régimes recherchés par les grands de ce monde, qu’ils soient démocratiques ou dictatoriaux, ne seraient-ils pas qu’ils répondent d’abord et avant tout aux attentes des nouveaux maîtres du monde au sens où les décrit Jean Ziegler, Rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, dans son livre récent portant sur ces derniers ?

Cuba a un régime politique et économique différent de celui d’Haïti et de la République Dominicaine, ses voisins, mais ses pauvres ont ceci que les autres n’ont pas : la santé, l’éducation et le minimum de subsistance leur permettant d’être reconnus et respectés comme des êtres humains. Ces ingrédients ne sont-ils pas à la base de l’exercice de toute liberté? Le jour où Cuba ne se sentira plus menacé, où le blocus sera devenu histoire du passé, il y a gros à parier que l’étreinte de protection actuelle se desserrera pour faire également partie de ce passé. C’est en ce sens que l’ex-Président des Etats-Unis et Prix Nobel de la paix 2002, Jimmy Carter, a compris les choses suite à son séjour à Cuba le printemps dernier. Puissions-nous en être également.


Oscar Fortin

(Article non retenu par Le Devoir)

NOTE: Depuis la rédaction de cet article l'administration Bush a pris des mesures drastiques pour empêcher les cubains vivant aux États-Unis d'aller à volonté visiter leur famille (une seule fois tous les trois ans) et d'envoyer de l'argent pour les aider, comme le font tous les immigrants de quelque pays que ce soit... Le mur n'est pas érigé par Cuba mais par son voisin du nord. On n'en parle que très peu.

L'ÉTERNEL SERAIT-IL ANTISÉMITE ?

N’êtes-vous pas un peu fatigués des réactions de certains porte-parole de la communauté juive qui jouent aux vierges offensées chaque fois que leur image de pureté et de sainteté peut être entachée ? Malheur à ceux et celles qui osent les critiquer ou s’en prendre à leurs attitudes et comportements. Ils sont vite accusés de racisme, d’antisémitisme et de quoi d’autre encore. Ce n'est évidemment pas le cas de tous, même si les voix discordantes se font plutôt discrètes dans les medias.

Si ce peuple doit avoir un statut spécial c'est surement pour d'autres motifs que ceux invoqués. S’ils ont connu l’holocauste, ils ne sont pas les seuls à avoir connu la désolation, la souffrance, la mort. Un survol rapide des cinq continents ainsi que de l’histoire des centaines de peuples qui s’y retrouvent nous révèlera que nombreux sont ceux qui pourraient lever la voix chaque fois que l’on touche à leur réalité. Bon nombre de commentaires et de critiques les concernant n'ont rien à voir avec la croyance, la race, mais bien souvent avec des comportements qui irritent et blessent.

Pourtant, ces bien-pensants qui font la lecture quotidienne de la Bible et qui se mettent à l’écoute de leurs prophètes, se font parler, et pas à peu près, par ces derniers au nom de l'Éternel, leur Dieu ?

« Malheur à la nation pécheresse, au peuple chargé d'iniquités, A la race des méchants, aux enfants corrompus! Ils ont abandonné l'Éternel, ils ont méprisé le Saint d'Israël. Ils se sont retirés en arrière...

Quels châtiments nouveaux vous infliger, Quand vous multipliez vos révoltes? La tête entière est malade, Et tout le coeur est souffrant

Cessez d'apporter de vaines offrandes: J'ai en horreur l'encens, Les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées; Je ne puis voir le crime s'associer aux solennités.

Mon âme hait vos nouvelles lunes et vos fêtes; Elles me sont à charge; Je suis las de les supporter. » Isaïe (Ch.1, v.4, 5, 13,14)

Quiconque oserait prononcer de tels propos aujourd’hui serait vite accusé de racisme et d’antisémitisme. Pourtant, on n’a jamais accusé Isaïe de pareilles calamités et encore moins Yahvé. Ce sont pourtant eux les auteurs de ces paroles.

Je pense que certains dirigeants et porte-parole de ce « peuple à la nuque raide » (Exode 34,9) doivent sortir de leur fanatisme et s’ouvrir davantage aux autres peuples. D’autant plus que la réalisation des promesses dont ce peuple fait l'objet repose moins sur sa force matérielle et militaire que sur celle de Yahvé, son Dieu. Au lieu de crier à l’antisémitisme chaque fois qu’on leur rappelle leurs faiblesses, leurs péchés, ils devraient se mettre à l’écoute de leurs prophètes qui les appellent à se convertir à plus de justice, de respect et d’humilité.
Eux qui ont connu un long exil les conduisant dans à peu près tous les pays du monde, qui ont vécu de près le partage des cultures et la mise en commun des idélogies et des croyances, qui ont côtoyé la souffrance et combattu la misère , qui mieux qu'eux peuvent aujourd'hui comprendre et soutenir le destin des peuples et des nations qui luttent pour la justice, le respect et la reconnaissance. Leur appartenance au peuple élu, n’est-elle pas d'abord et avant tout pour témoigner de l’amour de Dieu à l’endroit de tous les peuples et humains de la terre et non pour les dominer? Leur histoire tournée vers l'avenir devient une lumière pour les nations de la terre.

Oscar Fortin

mardi 1 février 2005

BUSH CONTRE FIDEL ET CUBA

Monsieur le directeur,

Je viens de m’abonner au Devoir, ce qui m’amène à le lire plus assidûment. Dans l’édition du 11 juin 2002, page 5, apparaît un communiqué de l’agence France-Presse coiffé du titre « Monsieur W. BUSH» bête noire de Fidel.

Je ne sais pas si l’auteur de ce titre et ceux qui les autorisent sont au fait des relations de l’Administration Bush avec Cuba et plus encore des propos tout récents du Président W. Bush (20 mai 2002) contre Fidel et le régime qui encadre l’activité politique, culturelle, sociale et économique de l’Ile. Cuba ne vient-il pas d’être accusé d’axe du mal et de participer à la fabrication d’armes chimiques ? Fait qui a été par la suite démenti par M. Carter, ancien Président des États-Unis et l’Administration Bush elle-même. Le Président W. Bush n’a-t-il pas accusé Fidel Castro, dans un discours partisan, le 20 mai dernier, devant les anticastristes de Miami, d’être un tyran, un dictateur, de diriger un régime qui se solde par un échec ? Ce sont là des accusations graves et des propos qui commandent des réponses de la part des accusés. Doit-on alors reprocher à Cuba et à Fidel Castro de répondre à ces accusations ? Il est certain que les « accusés » ne disposent pas de la même tribune médiatique que les « accusateurs ». De plus, les préjugés qui se sont installés dans nos consciences tranquilles ne nous incitent pas toujours à briser les écrans de nos certitudes pour nous ouvrir aux analyses et arguments de la défense.

Je me suis fait un devoir de suivre de près ce débat et je puis vous assurer que les « accusés », Cuba et Fidel, le situent non pas au niveau des qualificatifs haineux, comme le laisse entendre l’article, mais à celui d’idées fondamentales sur la liberté, la justice, la moralité, l’humanisme. Ils le font également avec cette liberté que nous n’avons pas toujours et qui permet de lever le voile couvrant des intentions souvent douteuses et des intérêts questionnables derrière les politiques internationales de l’Administration Bush. Ainsi, la lutte contre le terrorisme qui rallie la grande majorité des pays peut subtilement se transformer, sous la gouverne de W. Bush, en une lutte contre tout ce qui met en péril les intérêts économiques et politiques des Etats-Unis. Dans ce dernier cas au diable les intérêts et besoins de l’humanité. C’est le cas du retrait de l’entente de Kyoto et du refus de participer à la Cour pénale internationale. C’est également le cas du blocus contre Cuba qui, au dire même de M. Carter et de la majorité des américains, n’a plus sa raison d’être. Plus de 95 % des membres des Nations Unies votent contre ce blocus tout à fait injustifié dans le cadre des lois internationales. Sur toutes ces questions nous pouvons évidemment diverger d’opinions mais encore faut-il que nous connaissions l’opinion de l’autre autrement que dans des généralités et au travers du prisme des préjugés de ceux qui nous les interprètent. Tous les discours de Fidel sont disponibles, en français, anglais et espagnol, sur le site internet de l’ambassade de Cuba à Ottawa et dans le journal Granma. Combien se donnent la peine de les lire ou à tout le moins de les consulter ?

Il y a actuellement, monsieur le Directeur, des choses très sérieuses qui se passent dans le monde et tout particulièrement avec l’Administration Bush qui a pour ainsi dire la voie libre pour agir comme elle l’entend. Les oppositions se font discrètes de la part des pays de la coalition pour la lutte contre le terrorisme et les groupes institutionnels comme les diverses Églises chrétiennes sont soit absorbées par la gestion des abus sexuels de leurs ministres, soit complètement installées à l’écart des débats portant sur les grandes valeurs de l’humanisme contemporain : le respect des personnes et des peuples, la justice étendue à l’humanité et à toutes les nations, la liberté portée par la qualité d’un environnement sain et le savoir, la responsabilité sociale et politique de tous et chacun. Dans pareil contexte il n’est pas surprenant que le sens critique et les voix prophétiques n’arrivent que difficilement à se faire entendre dans leur intégralité.

Je crois que Le Devoir a cette ouverture d’esprit et cette liberté pour permettre à ces voix de se faire entendre dans leur intégralité. C’est dans cet esprit que je vous soumets cette opinion.

Oscar Fortin, politologue

11 juin 2002 (lettre non publiée par le Devoir)