PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

mardi 23 décembre 2008

LE VISAGE HUMAIN DE DIEU


À qui ou à quoi peut donc ressembler Dieu? Où est-il et que fait-il dans ce monde de guerres, de tromperies, de déséquilibres, de famines et de crises de toute nature ? Une question pas facile à répondre, d’autant moins qu’Il est, par nature, ce qu’il y a de plus invisible et, par l’imaginaire humain, ce qu’il y a de plus élevé et d’insaisissable.


Beaucoup d’artistes ont imaginé le portrait de Dieu qu’ils ont reproduit sur des toiles que l’on retrouve dans les musées, les basiliques, les cathédrales et les églises du monde. C’est que nous avons besoin de voir, de sentir, d’entendre et, si possible, de toucher. Saint Paul dans sa lettre aux Colossiens, parlant de Jésus, a cette déclaration : « il est l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature » Col. 1,15. Voilà donc que ce qui était invisible devient visible et que le Dieu inaccessible devient l’un de nous.


Qui est-il donc ce Jésus, image du Dieu invisible? Même si deux mille ans d’histoire nous en séparent, peut-on, à la lumière de ce que nous en racontent les Évangiles, nous en faire une idée? Étant un des nôtres, ne s’est-il pas laissé voir, entendre, toucher, sentir dans son être, dans ses joies et ses souffrances? Les Évangiles ne nous permettent-ils pas de voir ce visage humain de Dieu, d’en saisir les pensées, les émotions, les solidarités et d’en découvrir les traits fondamentaux de sa personnalité?


LA NAISSANCE DE L’HOMME-DIEU EN LA PERSONNE DE JÉSUS DE NAZARETH


Déjà, les prophètes avaient donné des indices de cette naissance en le nommant Emmanuel, Dieu avec nous. Marie, sa mère, en présence de sa cousine Élisabeth, eût cette exclamation que nous reprenons encore aujourd’hui dans le chant du MAGNIFICAT, exclamation qui donne un aperçu de l’espérance qu’il représente déjà pour l’humanité, surtout celle qui n’a pas accès aux banquets des grands et des puissants. Jean-Baptiste, son précurseur, le présente comme Celui qui « baptisera dans l’Esprit Saint et le feu de la purification ». Isaïe, pour sa part, voyant le sort qu’on lui réservera, en donne un portrait passablement éloigné du « beau grand jeune homme aux yeux bleus ». « Comme un surgeon, il a grandi devant lui, comme une racine en terre aride; sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits ». (Is. 53) C’est ce même personnage, ce Jésus, que l’Esprit confirmera comme fils de Dieu, lors du baptême reçu de Jean : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir. » (Mt. 3,17)


Ce Jésus, présenté avec la force de Dieu, entre dans l’histoire de l’humanité par la porte qui n’a rien de la richesse, de la puissance et du prestige des rois. Toutefois, sa naissance, bien que discrète, attire d’Orient les rois mages et soulève les inquiétudes du roi Hérode qui y soupçonne la main de Dieu et l’effritement de son pouvoir. Ce sera donc pour échapper au bras meurtrier de ce dernier, que lui et ses parents entreront dans la clandestinité et s’exileront, pendant quelques temps, en Égypte. À douze ans, il se permet une escapade au Temple où il impressionne les prêtres par sa connaissance de la loi de Moïse et des enseignements des prophètes. Tout le reste, jusqu’à son baptême dans le Jourdain, est sans histoire. Il vit son adolescence et acquiert la maturité d’un jeune homme sans attirer l’attention. Ses comportements sont ceux de tous les jeunes de son âge.


JÉSUS DE NAZARETH À LA RESCOUSSE DE L’HUMANITÉ


Le Dieu de notre foi s’appelle Jésus de Nazareth. Si son entrée dans le monde s’est faite discrètement, son entrée dans le combat du monde s’est réalisée par le baptême de Jean et un séjour au désert qui sera déterminant pour la suite des choses. C’est là qu’il affronta les trois grandes puissances qui retiennent prisonnière l’humanité dans ce qu’elle est devenue : l’avoir pour se gaver, le pouvoir pour dominer, le paraître pour impressionner. Nous connaissons les réponses qu’il a apportées à chacune d’elles et la distance qu’il a prise par rapport à celui qui s’en faisait le promoteur. Dans le scénario des trois tentations Jésus se révèle être profondément lié à son Père et, de ce point de vue, il témoigne d’une incorruptibilité totale. Il nous dit que l’humanité à laquelle il nous convie prend racine non pas dans l’avoir, mais dans l’être, non pas dans la domination, mais dans le service de la justice et du bien commun, non pas dans le paraître et le prestige des apparats, mais dans la vérité et la simplicité. Voilà, tracée dans ses points les plus fondamentaux, la voie par laquelle Dieu se laissera découvrir et rendra possible l’avènement d’une humanité qu’Il veut toujours à son image.


De retour du désert, Jésus prit donc le bâton du pèlerin pour annoncer la bonne nouvelle à toute personne de bonne volonté. Au temple, où il se rend le jour du sabbat, on lui demande de faire la lecture d’un passage du prophète Isaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur. » (…) « Aujourd'hui, ajouta-t-il, s'accomplit à vos oreilles ce passage de l'Écriture. » (Lc. 4, 18-21)


Ses trois années de prédication, de témoignages et de vie partagée avec ceux et celles qui l’accompagnent nous le révèlent profondément solidaire de tous ceux et de toutes celles qui souffrent de ces déséquilibres engendrés par ces trois grandes puissances qui s’arrogent tous les pouvoirs. Il guérit les malades, donne la vue aux aveugles, fait marcher les paralytiques, console les affligés, nourrit les affamés, pardonne aux pécheurs. S’il s’entoure de disciples, il s’attache également des femmes qui l’accompagneront jusqu’au pied de la croix. À Cana, il participera à la fête et au Golgotha, il prendra sur lui la souffrance de l’humanité rejetée. Il est bien présent au cœur de cette humanité qui ne peut demeurer indéfiniment entre les mains de ceux et celles qui se l’accaparent pour eux-mêmes. Il est là pour briser les chaînes de l’esclavage, du mépris et de la dépendance.


Ce Dieu, qui se révèle en Jésus, a en horreur les personnes de mauvaise foi, celles qui ne s’intéressent pas à la vérité, mais à leur vérité et pour lesquelles toutes les manipulations sont bonnes. Leurs armes sont le mensonge déguisé en vérité, la tricherie en héroïcité, les biens mal acquis en aumônes, leurs intérêts en bien commun du peuple. Jésus de Nazareth nous ouvre les yeux sur ce monde qui ne peut d’aucune manière se confondre avec celui qu’il vient réaliser et dont il fait de nous tous les témoins par son Esprit.


Qui est Dieu et où est-il ? Il s’appelle Jésus de Nazareth et il est toujours avec ceux et celles qui luttent pour la justice, la vérité, le respect, la solidarité, le pardon, le don de soi. Le Jésus de la Croix et celui de la résurrection sont la même personne. Le premier exprime dans sa chair le refus par cette partie d’humanité, avare de ses privilèges, de se convertir à une humanité faite pour l’amour, la justice et la paix. Le second est la consécration de sa victoire sur les puissances qui lui auront résisté jusqu’à la fin. Jésus ressuscité est le premier né de cette humanité retrouvée à laquelle nous sommes tous et toutes conviés.


Joyeux Noël à tous et sachons que Jésus est bien là, poursuivant avec nous tous son œuvre d’une humanité qui soit à l’image de Dieu.


Oscar Fortin
24 décembre 2008

mercredi 10 décembre 2008

LE PROPHÈTE DANS LA VIE DE L'ÉGLISE


La crise que vit actuellement l’Église catholique, tant dans son organisation que dans la transmission de sa doctrine, vient principalement du fait que les « apôtres » ne reconnaissent pas la voix des « prophètes » dont les messages échappent à leur contrôle. Ils n’assument pas le fait que l’Église repose sur deux fondations indépendantes l’une de l’autre, mais essentielles à son édification : les apôtres dont ils sont, mais aussi les prophètes dont ils ne sont pas nécessairement. ((http://humanisme.blogspot.com/2008/07/aptres-et-prophtes-sont-les-fondations.html.)

Il est évident que si les « apôtres » occupent toute la place et choisissent eux-mêmes les prophètes qui se feront l’écho de leur propre doctrine, l’Église, en l’absence d’une de ses deux fondations, aura tendance à s’écrouler. Ainsi, plutôt que de discerner l’authenticité des prophètes qui sont envoyés par Dieu à son Église sur la base de leur proximité aux Évangiles et à Jésus de Nazareth, ils choisissent de le faire sur la base de leur affinité avec leur doctrine et idéologie. En d’autres mots, ils choisissent leurs propres prophètes et non ceux que l’Esprit envoie à son Église. Ces derniers sont plutôt considérés comme des porteurs d’idéologie, leur parole comme du pur bavardage et leurs écrits comme suspects. Si Vatican II leur avait ouvert ses portes, elles leur ont vite été refermées.

Il faut dire que ça travaille mieux et c’est plus efficace lorsque tous les collaborateurs partagent les mêmes pensées et ont les mêmes solidarités sociales, politiques, économiques et théologiques. Le choix des nominations aux postes importants de l’institution ecclésiale permet d’assurer cette unité dans l’harmonie. Jean-Paul II s’y est appliqué avec détermination et, aujourd’hui, Benoît XVI poursuit dans la même voie. C’est ainsi que le Synode 2008 a pu se dérouler dans l’harmonie et sans que soit nécessaire de faire appel aux prophètes d’aujourd’hui pour mettre en évidence la Parole de Dieu (http://humanisme.blogspot.com/2008/11/synode-des-vques-2008-o-taient-donc-nos.html).

L’apôtre Paul, dans sa Première lettre aux Corinthiens, ch. 14,1, parlant des dons de l’Esprit, a ces paroles qui mettent en évidence l’importance de la prophétie:

« Recherchez l’amour; aspirez aux dons de l’Esprit, surtout à la prophétie. »

Mais, qui est le prophète? En quoi consiste le don de prophétie? Comment en reconnaître l’Esprit qui en est l’inspiration?

Dans la Bible de Jérusalem, il y a une note de bas de page explicative à cette citation (l) qui mérite d’être reprise en entier. Elle donne un éclairage particulier sur le rôle et la fonction du prophète que nous confondons trop souvent à celui ou à celle qui prédit l’avenir.

« Dans le Nouveau Testament comme dans l’Ancien, la prophétie ne consiste que très occasionnellement à prédire l’avenir (Ac. 11,28; 21,11). Le prophète est essentiellement un homme (ou une femme) : (1 Cor 11,15) qui parle au nom de Dieu sous l’inspiration de l’Esprit, qui révèle le mystère de son dessein (13,2), sa volonté dans les circonstances présentes. Il édifie, exhorte, encourage (v.3), il découvre les secrets des cœurs. »

1. Un homme ou une femme qui parle au nom de Dieu sous l’inspiration de l’Esprit.
Il est intéressant de noter qu’au côté des apôtres, Dieu a prévu des hommes et des femmes qui prendraient la parole sous l’inspiration de l’Esprit pour dire des choses que les apôtres n’arrivent pas à dire ou, pour diverses raisons, se refusent de dire. Ces hommes et ces femmes reçoivent ce don de l’Esprit pour l’édification de tous.


2. Par leurs paroles et leurs actions ils révèlent le mystère du dessein de Dieu, sa volonté dans les circonstances présentes.


Chaque époque comporte des changements qui bouleversent des habitudes et des valeurs qui avaient été l’inspiration de générations précédentes. Les institutions sociales, politiques et religieuses sont entraînées dans ces changements. La situation actuelle de l’Église illustre à merveille cette réalité qui affecte croyances et façons de faire. Si le Concile Vatican II a donné un coup de barre majeur dans le sens de l’ouverture de l’Église au monde, les résistances ne se sont pas fait attendre pour en ralentir l’élan. Il y a les nostalgiques qui cherchent à récupérer, autant faire se peut, les traditions, les cultes, les doctrines et les principaux leviers du pouvoir ecclésial. Il y a ceux qui ont pris les avenues porteuses d’une nouvelle espérance portée par les Évangiles et Jésus de Nazareth.


Les prophètes qui accompagnent ces changements émergent tout autant de théologiens que de témoins fortement engagés au service des petits et des humbles de la terre. Ils peuvent se reconnaître dans des leaders qui risquent tout pour servir la justice et la vérité. Ils se reconnaissent par l’authenticité de leur engagement et leur liberté face aux divers pouvoirs qui dominent la société dans laquelle ils évoluent. Ils sont de véritables incorruptibles qui n’ont de compte à rendre qu’à celui de qui ils tiennent la parole. S’ils sont sans compromis dans leur message, leur charité est sans réserve et leur solidarité les identifie aux pauvres et laissés pour compte de la société.


3. Il édifie, exhorte, encourage (v.3), il découvre les secrets des cœurs. »

Le prophète, l’authentique prophète est cet homme ou cette femme qui édifie par sa vie, ses engagements, sa proximité à la personne humaine. Il se fond avec son milieu et en partage la réalité. Il sait exhorter et encourager d’autant plus et mieux qu’il a ce don de découvrir les secrets des cœurs. Comment ne pas penser à cette rencontre de Jésus avec la Samaritaine,

Jn. 4,7 Arrive une femme de Samarie pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : ''Donne-moi à boire.'' 8 Ses disciples, en effet, étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger. 9 Mais cette femme, cette Samaritaine, lui dit : ''Comment ? Toi, un Juif, tu me demandes à boire à moi, une femme samaritaine !'' Les Juifs, en effet, ne veulent rien avoir de commun avec les Samaritains. 10 Jésus lui répondit : ''Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : 'Donne-moi à boire', c'est toi qui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive.'' 11 La femme lui dit : ''Seigneur, tu n'as même pas un seau et le puits est profond ; d'où la tiens-tu donc cette eau vive ? 12 Serais-tu plus grand, toi, que notre père Jacob qui nous a donné le puits et qui, lui-même, y a bu ainsi que ses fils et ses bêtes ?'' 13 Jésus lui répondit : ''Quiconque boit de cette eau-ci aura encore soif ; 14 mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif; au contraire, l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle.'' 15 La femme lui dit : ''Seigneur, donne-moi cette eau pour que je n'aie plus soif et que je n'aie plus à venir puiser ici.'' 16 Jésus lui dit : ''Va, appelle ton mari et reviens ici.'' 17 La femme lui répondit : ''Je n'ai pas de mari.'' 18 Jésus lui dit : ''Tu dis bien : 'Je n'ai pas de mari' ; tu en as eu cinq et l'homme que tu as n'est pas ton mari. En cela tu as dit vrai.'' 19 ''Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es un prophète. 20 Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous affirmez qu'à Jérusalem se trouve le lieu où il faut adorer.'' 21 Jésus lui dit : ''Crois-moi, femme, l'heure vient où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. 22 Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons ce que nous connaissons, car le salut provient des Juifs. 23 Mais l'heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; tels sont, en effet, les adorateurs que cherche le Père. 24 Dieu est esprit et c'est pourquoi ceux qui l'adorent doivent adorer en esprit et en vérité.''

Dans cette scène Jésus ne s’attarde pas à faire la morale, pas plus qu’à se faire distant de cette samaritaine à qui il demande à boire. Cette « excommuniée » de la religion juive devient celle qui permet à Jésus de mettre en évidence les changements profonds qu’il apporte à la façon de comprendre la religion et le culte : l'heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; tels sont, en effet, les adorateurs que cherche le Père. »
(http://humanisme.over-blog.com/article-22544923.html)

EN ESPRIT ET EN VÉRITÉ

Oscar fortin
Québec, le 10 décembre 2008

mardi 2 décembre 2008

UN GOUVERNEMENT MINORITAIRE EN PÉRIODE DE CRISE


Ce qui se passe actuellement à Ottawa nous fait réfléchir sur certains avantages que permet un gouvernement minoritaire. En plus de servir la démocratie, en faisant du Parlement un arbitre incontournable, il y a cette possibilité de mettre un frein à des politiques désastreuses qui, autrement, n’auraient pu être empêchées. Le peuple canadien a élu un Parlement en votant pour le choix de 308 députés. Aucun des chefs n’a fait l’objet d’un vote de l’ensemble des canadiens, à moins bien évidemment que les 308 députés n’aient été que des pions d’un autoritarisme à mettre en place et sur lequel plus personne ne pourrait agir.


Il est certain qu’un chef qui est maître à bord et n’a de compte à rendre à personne se trouve plus confortablement assis sur le siège du pouvoir. Je suppose que les dictateurs préfèrent leur sort à celui de ceux et celles qui doivent prendre en compte l’opinion d’autres intervenants et dans certains cas NÉGOCIER leurs prises de positions. La démocratie s’oppose à l’autoritarisme qui passe outre à la volonté du peuple que les 308 députés représentent à travers l’Institution parlementaire. Les compromis, pris par les divers partis, seront toujours plus démocratiques que les décisions prises unilatéralement par une autorité minoritaire. Ce le sera d’autant plus si les politiques mises de l’avant vont à l’encontre des intérêts du peuple.


Au Québec, il est évident que M. Charest souhaite avoir les mains libres et agir comme bon lui semble sans devoir prendre en compte les membres de l’Assemblée nationale. Choisir la démocratie, c’est également choisir un véritable rôle de ses représentants à l’Assemblée nationale du Québec. Un gouvernement minoritaire permet plus facilement l’exercice de ce rôle et oblige celui qui a à former le gouvernement à en tenir compte. Un gouvernement majoritaire représente certains risques, particulièrement en situation de crise. Si Lysiane Gagnon considère la dictature du peuple comme inadmissible en démocratie, je considère, pour ma part, la dictature d’un chef de parti minoritaire comme totalement inadmissible en démocratie. Les députés élus seront toujours ceux qui représentent le pouvoir du peuple.


Dans la situation que nous vivons actuellement, je souhaite pour le Québec un gouvernement minoritaire. L’Assemblée nationale, ces représentants des intérêts du peuple, devra être prise en considération. Une situation de crise peut être prétexte à des décisions qui n’ont pas nécessairement de liens avec la crise elle-même. M. Harper s’est essayé et le Parlement a dit non. Si M. Charest s’essaie à son tour et qu’il est majoritaire, qui dira non?


Oscar Fortin
http://humanisme.blogspot.com

lundi 24 novembre 2008

VENEZUELA: UNE DÉMOCRATIE BIEN VIVANTE



Un peuple qui prend le chemin des urnes à plus de 65% de participation et qui indique dans le secret de son bulletin de vote le meilleur pour lui, sa famille et son pays est un peuple libre et démocratique. Il le sera d’autant plus qu’il aura l’assurance que son vote sera traité à l’abri de la fraude et respecté par tous les intervenants. C’est l’exercice auquel a été convié le peuple vénézuélien en ce 23 novembre 2008.

Les résultats transmis par le Conseil national électoral (CNE), tout en confirmant une victoire sans équivoque du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), indique que l’opposition a fait des gains importants dans certaines municipalités et départements et que le PSUV au pouvoir a fait certains autres gains tout en augmentant le pourcentage de ceux et celles qui votèrent pour lui.

Un exercice de démocratie exemplaire qui démontre que rien n’est déterminé ni décidé à l’avance. C’est là quelque chose dont il faut rendre hommage au Président Chavez. Jamais, de toute son histoire « démocratique », le peuple ne s’était présenté aux urnes en nombre aussi élevé. Jamais, un système de votation et de compilation des résultats, n’avait été aussi sécurisé et respectueux de la volonté des électeurs. Bien des pays, y compris les États-Unis et le Canada, auraient à apprendre de ces outils mis au service de la démocratie. Si la fraude électorale est un virus difficilement tuable, elle peut, par contre, avoir des contraintes qui lui rendent la survie plus compliquée.

Si le CNE a le contrôle sur l’ensemble des infrastructures mis en place pour le jour de la votation, il a peu de prise sur l’information ou la désinformation dont se font les protagonistes des médias de communication tout au long de la campagne électorale. Son autorité se ramène aux règles qu’elle se doit de faire respecter pour la semaine précédant la votation. Durant cette semaine, l’électeur et l’électrices sont laissés à eux-mêmes pour peser le pour et le contre d’une information qui leur a été présentée tout au long de la campagne électorale. Dans pareil contexte, il est évident que ceux et celles qui disposent des moyens de communications les plus développés et les plus accessibles au peuple auront une influence considérable sur la formation de l’opinion de l’électeur et de l’électrice. Tous savent, qu’au Venezuela, les médias sous contrôle des forces de l’opposition sont nombreux et très puissants. Il est vrai que le PSUV a également développé des moyens pour rejoindre le plus possible la population. Il faut, toutefois, admettre qu’il ne parvient pas toujours à contrer la désinformation transmise par les autres médias. Le peuple ne s’y retrouve pas toujours. Beaucoup de confusion rend parfois la démocratie plus difficile à vivre dans un climat de vérité.

Il faut espérer qu’un peuple de plus en plus scolarisé et participatif à la vie politique en arrivera à s’immuniser contre ces virus de la désinformation et de la manipulation. Il saura apprécier par les réalisations et leurs engagements envers la santé, l’éducation, la qualité de vie et la solidarité humaine ceux et celles qui se présenteront pour les représenter. Les résultats de la présente élection sont un bon indice d’une maturité croissante de l’électorat vénézuélien.

Oscar Fortin
Québec, 24 novembre 2008

vendredi 14 novembre 2008

SYNODE DES ÉVÊQUES 2008: OÙ ÉTAIENT DONC NOS PROPHÈTES


La lecture de la déclaration finale de cette importante assemblée des Évêques, sous la présidence du pape Benoît XVI, en octobre dernier, m’inspire quelques commentaires que je souhaite partager avec vous tous. Je ne m’attarderai qu’à quelques points qui m’apparaissent particulièrement significatifs et d’une importance doctrinale de nature à modifier la compréhension même du christianisme et de l’institution qui en témoigne.


1 Ma première observation porte sur cette Voix de Dieu qui sort du néant la création et « qui descend ensuite dans les pages des Saintes Écritures que nous lisons à présent au sein de l'Église sous la conduite de l'Esprit Saint qui a été donné comme lumière de vérité à l'Église et à ses pasteurs. »


Sur ce dernier point, je suis particulièrement étonné que l’on ne relève pas l’importance tout à fait déterminante de la Parole portée par les PROPHÈTES qui viennent rappeler, à temps et à contre temps, aux rois et aux prêtres, le sens à donner à l’alliance qui unit Dieu à son peuple. Ils appartiennent à une catégorie à part dans la vie de la foi. Ils échappent, par ce qu’ils ont à dire, à l’autorité des grands prêtres et des rois. Ils sont des messagers qui tirent leur parole de la bouche même de Dieu.


Ce rappel du rôle des prophètes dans la révélation de cette VOIX qui vient à nous eût été d’autant plus important que l’apôtre Paul en fait une des deux fondations sur lesquelles s’édifie l’Église.


« Vous êtes intégrés dans la construction dont les fondations sont les apôtres et les prophètes, et la pierre d'angle Jésus-Christ lui-même. C'est lui qui assure la solidité de toute la construction et la fait s'élever pour former un temple saint consacré au Seigneur. » (Ép. 2,20-21)


Une Église qui s’édifierait en écartant, entre autres, la voix de ses prophètes comme porteuse, elle aussi, de la lumière de vérité risquerait de crouler rapidement sous le poids de ses ambitions, de ses cultes, de ses compromis et de la nomenclature de ses institutions. S’il y a les pasteurs, il y a également les prophètes.


2 Ma seconde observation, beaucoup plus à incidence doctrinale, vient de cette affirmation surprenante de la part des membres du Synode parlant de Jésus: « C'est lui qui fait du Christianisme une religion centrée sur une personne, Jésus Christ, révélateur du Père. »
Cette affirmation comporte au moins deux éléments qui, à ne pas être clarifiés, prêtent à confusion sur des questions fondamentales.


2.1 D’abord, dire que Jésus est venu créer une nouvelle religion, c’est donner à sa mission un sens qui ne ressort pas tellement des Évangiles. Ces derniers font plutôt ressortir ce que sont les véritables bases des relations qui doivent exister entre les humains : la justice, la vérité, l’amour, la solidarité, la miséricorde, l’ouverture d’esprit. Le véritable culte, celui qui plait à Jésus et à son Père, c’est l’amour que nous aurons les uns pour les autres. Déjà, le prophète Osée avait précisé cette situation aux prêtres et aux rois de son temps :


« Que te ferai-je, Éphraïm ? Que te ferai-je, Juda ? Car votre amour est comme la nuée du matin, comme la rosée qui tôt se dissipe. Or c'est l'amour qui dure qui me plaît et non les sacrifices, c’est la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes. (Os. 6,4-6)

À peu près tous les prophètes ont fait des rappels à ceux qui transformaient l’intervention de Dieu en des cultes de toute sorte. Isaïe y va également sans retenue en donnant à Yahvé ces paroles :

« Cessez d'apporter de vaines offrandes : J'ai en horreur l'encens, Les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées ; Je ne puis voir le crime s'associer aux solennités. Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux ; Quand vous multipliez les prières, je n'écoute pas : Vos mains sont pleines de sang. Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, Protégez l'opprimé ; Faites droit à l'orphelin, Défendez la veuve. (Is.1, 13-17)

Jésus, dans le témoignage de sa vie, poursuit dans cette même direction. Il rappelle que l’homme n’est pas fait pour le sabbat, mais le sabbat pour l’homme. Il invective les docteurs de la loi, les pharisiens et les grands prêtres leur reprochant de mettre sur les épaules des autres des fardeaux qu’ils ne peuvent porter eux-mêmes. Il précise enfin les vrais comportements qui seront pris en compte au jugement dernier : qu’as-tu fait pour ton frère malade, prisonnier, affamé ? La religion, s’il y en a une qui ressort, est celle qui s’inscrit dans tous ces efforts qui conduisent l’humanité à être plus humaine, en étant plus juste, plus vraie, plus solidaire, plus indulgente, plus unie dans l’amour et le respect.

La formulation utilisée par le Synode ne conduit pas nécessairement à faire comprendre ce dernier point de vue, pourtant bien enracinée dans la Parole de Dieu transmise par les prophètes et Jésus lui-même. La formule utilisée aurait pu tout aussi bien être « une religion toute centrée sur une humanité à transformer à l’image du Père, du Fils et de son Esprit. »


2.2 Le second élément vient, sans doute, de la formulation qui fait de Jésus celui sur qui tout est centré.


Déjà, Benoît XVI, dans son livre sur Jésus de Nazareth, avait insisté sur cette centricité de Jésus et de Dieu. « Le commandement fondamental pour Israël est aussi celui des chrétiens : seul Dieu doit être adoré. »(p.64) À le lire, il donne l’impression non pas d’un Dieu préoccupé d’abord et avant tout de l’humanité, mais plutôt des louanges que cette dernière peut lui rendre. Il en fait tout autant avec Jésus qui « attribue à son « Je » un caractère de norme dont aucun Maître en Israël ni aucun Docteur de l’Église ne peut se prévaloir. » (p.111) Il semble que le Synode abonde dans le même sens, non pas en mettant ce Visage humain de Dieu au centre de son intervention dans l’histoire des hommes pour transformer le monde, mais plutôt pour amener le monde à le reconnaître comme Fils de Dieu et comme envoyé du Père. La différence entre les deux approches est fondamentale.


Si Jésus ne cache pas son identité et qu’il nous parle de son Père, source de son autorité, c’est beaucoup plus pour nous convaincre de la nécessité de changer l’ordre des choses qui ne répond ni à la nature humaine ni à la volonté du créateur. La « Volonté du Père » c’est que l’amour, fondé sur la justice et la vérité, s’étende à tous les humains de la terre. « Si vous ne croyez pas en moi, croyez au moins aux œuvres que je fais. » (Jn 14,11) Ici, les œuvres passent avant son « Je ». L’apôtre Jacques, dans son épitre reprendra également ce raisonnement de Jésus. « Tu as de la foi, moi j’ai des œuvres; prouve-moi ta foi sans les œuvres et moi, je tirerai de mes œuvres la preuve de ma foi. » (Jacques 2,18) Si Jésus est là c’est pour nous faire voir les pauvres, les laissés pour compte, les hypocrisies des uns, les mensonges des autres, l’indulgence et la miséricorde pour les faibles et les pécheurs. Il ouvre ainsi la voie à son Père qui vient à la rencontre de l’humanité. Ce n’est plus le Père qui se fait le centre de l’humanité, mais l’humanité qui devient le centre des préoccupations du Père. Cette présentation du « Je » de Jésus, si elle n’est pas clairement expliquée, peut prêter à beaucoup de confusion. D’ailleurs, ce « Je » de Jésus ne saurait être compris correctement que dans le contexte d’un NOUS englobant non seulement les personnes divines, mais également toutes celles de l’humanité. Que le plus grand se fasse le plus petit et le maître, le serviteur.


« Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il demeurera avec eux. Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui est avec eux. » (Apocalypse 21,3)


QUE CONCLURE?


Si la Parole de Dieu dans les Écritures est irremplaçable elle n’en demeure pas moins très diversifiée et du fait même une source où chacun peut puiser selon ses besoins ou ses intérêts. Les évêques du récent synode n’échappent pas à cette flexibilité des Écritures. En s’inspirant des Actes des apôtres 2,42, ils optent pour une approche cultuelle.


« Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. »


On ne peut pas le leur reprocher, ils sont tous de fidèles défenseurs des formes cultuelles et du caractère religieux de la foi dans le monde. Cette approche a le gros avantage de ne pas ébranler les mœurs et coutumes de l’institution ecclésiale. Elle n’a pas à s’inscrire dans la mouvance du monde avec ses contradictions et ses nombreux défis. La solution à tous ces problèmes c’est que le monde se tourne vers le culte à Dieu et rendre grâce au Seigneur de l’Univers pour tous ses bienfaits. Le monde doit se convertir. Son absence de foi est à l’origine des maux qui l’affectent.
Par contre, si on prend comme point de départ le texte de la lettre de St-Paul aux Éphésien 2, 20-21, cité plus haut, le discours devient alors différent et les perspectives institutionnelles et cultuelles beaucoup moins sécurisées. Le langage des prophètes vient s’ajouter à celui des apôtres et là, la conversion n’est plus à sens unique. L’Église doit retrouver la simplicité de ses origines, se libérer des alliances qui la lient aux grands et puissants de ce monde, s’adapter aux réalités du monde dans lequel elle évolue, se faire solidaire des pauvres et laissés pour compte des sociétés.


Le synode des évêques aurait produit un tout autre document si les prophètes des temps modernes eurent été représentés pour proclamer conjointement avec les apôtres la Parole de Dieu pour les temps que nous vivons.

Oscar Fortin
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lundi 10 novembre 2008

LA PRIVATISATION D'HYDRO-QUÉBEC


Je ne comprends toujours pas d’où vient cet acharnement de certains politiciens à vouloir retirer à l’État une entreprise qui, en plus d’être rentable, assure à l’ensemble de la population un bien devenu essentiel. S’il y a des problèmes de gestion, les gouvernements sont tout aussi compétents que les Conseils d’administration des entreprises privées pour y remédier. La crise économique que nous vivons n’a rien pour convaincre que l’entreprise privée peut faire mieux qu’une société d’État. Dans les deux cas, ce sont des hommes et des femmes, préparés pour gérer. Dans le premier cas, ils servent les intérêts de leurs actionnaires et, s’ils rencontrent des problèmes, ils s’adressent à l’État et à la société pour renflouer leur caisse. Dans le second cas, ils servent les intérêts de la société qui en est l’actionnaire majoritaire et s’ils rencontrent des problèmes ils augmentent, selon le cas, les tarifs ou les impôts. Dans un cas comme dans l’autre le consommateur et le payeur d’impôt sont ceux qui assument la note finale.


Il n’y a aucune entreprise privée que je connaisse qui soit intéressée à investir en fonction d’un Bien commun d’une société. Ses investissements n’ont d’autres objectifs que ceux de réaliser des profits à l’intention de ses actionnaires et d’assurer les primes consenties à ses administrateurs. Lorsque le gouvernement canadien, sous la gouverne de Mulroney, a vendu à rabais PETRO CANADA, il a privé les canadiens du contrôle d’une richesse qui lui échappe maintenant. Plutôt que d’être un féroce défenseur des intérêts du peuple canadien, il s’est laissé emporter par les lobbies d’intérêts privés qui nous rient maintenant au nez. Ils font ce qu’ils veulent avec les prix à la pompe et le gouvernement se défend en disant qu’il n’y peut rien. Il me semble que les intérêts du peuple canadien eût été de garder le contrôle sur cette richesse et de forcer l’entreprise privée à s’astreindre aux exigences du bien commun des canadiens.


Pendant que les pays de l’Amérique du Sud se réapproprient leurs richesses fondamentales pour en faire bénéficier prioritairement leurs citoyens et citoyennes, ici, nous agissons en sens inverse. Nos gouvernements abandonnent à l’entreprise privée ce qui est rentable et permet aux québécois et aux canadiens de garder, par leurs représentants gouvernementaux, le contrôle sur des richesses essentielles au maintien des objectifs du Bien Commun de la société. Hier, ce fut le pétrole, aujourd’hui ce sont les services à la santé et Hydro-Québec, demain ce sera l’eau et quoi encore.


De grâce, apprenons à gérer nous-mêmes ces richesses dont tous les québécois et québécoises sont déjà les actionnaires et gérons-les de manière à en faire bénéficier l’ensemble de la collectivité. Nos gouvernements ont la responsabilité d’assurer le BIEN COMMUN de la collectivité et non d’un groupe privé d’actionnaires. Il a le devoir et la responsabilité de sauvegarder et de développer les richesses dont dispose la nation pour qu’elles servent prioritairement la santé, l’éducation, l’alimentation, l’habitation, le transport. Ce sont là des ingrédients qu’un gouvernement responsable doit rendre accessible à tous et à toutes.


Si le gouvernement veut augmenter ses revenus grâce à l’entreprise privée, qu’il commence à aller les chercher dans les paradis fiscaux et les passoires fiscales qui rendent possible l’évasion de milliards de dollars. Je ne doute pas que le professeur Lauzon saura être de bon conseil à ce sujet.


S’il faut améliorer la gestion de certaines de nos sociétés d’état, qu’on le fasse. L’État dispose de tous les outils du privé pour y parvenir, sauf évidemment celui de s’enrichir au détriment du BIEN COMMUN de la collectivité qui en est l’actionnaire principal. Ne faut-il pas voir l’État comme l’entreprise mise en place par la société entière pour gérer ses richesses et répondre aux exigences de son développement dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’alimentation, du logement, du transport et de la culture? Quoi qu’il arrive, les promoteurs de telles privatisations doivent avoir l’honnêteté de dire qu’en bout ligne le consommateur sera toujours celui qui en assumera la note.

Oscar Fortin
Québec, le 8 novembre 2008

mardi 21 octobre 2008

BOLIVIE: LA MARCHE D'UN PEUPLE


Au moment où le monde se débat avec la plus grande crise économique de son histoire, le peuple le plus pauvre de l’Amérique du Sud vient de tourner ce qui deviendra une des plus belles pages de son histoire en donnant l’exemple à l’humanité entière de ce qu’est le courage, la détermination, la persévérance et le respect.


La plus vieille civilisation de nos Amériques, celle qui avait gravé dans les pierres des Andes la sagesse de ses ancêtres et qui était devenue, avec les conquêtes du Nord, une référence de main d’œuvre au service des empires à la recherche des trésors cachés des montagnes et des bas plateaux, REPREND LE FLAMBEAU DU DEVENIR DE L'HUMANITÉ. Ignacio Ramonet, Directeur du Monde Diplomatique, décrivait, en 2003, cette situation en ces termes :


« En Bolivie, pays d’à peine 8,5 millions d’habitants disposant d’un des sous-sols les plus généreux de la planète, une poignée de nantis accaparent les richesses et le pouvoir politique depuis deux cents ans, tandis que 60 % des habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté. Les Amérindiens ­ majoritaires ­ demeurent discriminés, la mortalité infantile atteint des taux indécents, le chômage est endémique, l’analphabétisme domine et 51 % des gens ne disposent toujours pas d’électricité. Mais cela ne modifie pas l’essentiel : il s’agit d’une « démocratie. »


Chaque fois que ce peuple s’est levé pour reprendre sa place sur cette terre qu’est la sienne, les coups d’état se succédaient, laissant aux militaires de faire les purges au sein des leaders ouvriers ou des professeurs d’université trop près des préoccupations de ces Amérindiens. En 1971, alors que j’étais au Chili, un coup d’État militaire, dirigé par le général Hugo Banzer, se produisit. Le père Maurice Lefebvre, missionnaire québécois, œuvrant comme professeur de sociologie à l’Université de la Paz, avait été froidement assassiné avec des centaines d’autres alors qu’il allait secourir des blessés. La stabilité et l’ordre étaient nécessaires pour assurer le pillage dans la paix et dans la plus grande sécurité.

De nombreuses années passèrent et, en 2005, le premier indien, de l’histoire des conquêtes, est élu Président de la Bolivie. Evo Morales est ce militant syndical dont toute la carrière se résume en une lutte constante pour obtenir justice, respect, et plein pouvoir de son peuple sur les richesses de la Bolivie afin de les mettre au service du développement de tous et de toutes. Depuis ce jour, les tentatives d’assassinat se sont multipliés, les campagnes de dénigrement se sont faites toujours plus intensives et les tentatives de déstabilisation du gouvernement y incluant cette toute dernière tentative de le renverser par une guerre civile.

Toujours est-il que le 13 octobre dernier des milliers de boliviens et boliviennes ont pris le chemin, au pas de marche et sandales aux pieds, en direction du Parlement à plus de 200 kilomètres, pour exiger de l’opposition leur droit à se prononcer sur la nouvelle constitution, celle-là même qui leur reconnaîtra tous leurs droits. Après une semaine de cette longue marche, les rangs se sont gonflés et un peuple tout entier s’est reconnu. Plus de 200 000 personnes ont occupé le centre de La Paz pour y attendre le vote autorisant le Président à leur soumette cette nouvelle constitution. Ce n’est qu’à 14h00, ce mardi, 21 octobre, que le Congrès a donné son accord. C’est le Président lui-même qui était en compagnie de ses compatriotes, depuis plus de 21 heures sans dormir, qui donna lecture de la loi de convocation. UN MOMENT MAGIQUE, PLEIN D’HUMANITÉ ET D’HISTOIRE. Ce furent des larmes de souffrance converties en larmes d’espérance, ce furent des accolades qui se transformèrent en une nouvelle solidarité. Un exemple de démocratie que bien peu de celles que nous vantons tant arriveraient à égaler. Et dire que nous avons été de ceux qui avons tout fait pour miner la crédibilité de cette démocratie montante, par nos médias, nos influences politiques et économiques.

C’est vraiment avec une grande émotion que je partage cette victoire courageuse de ce peuple de qui nous avons tellement à apprendre. Les martyrs des siècles derniers et ceux encore tout récents sont certainement de la fête. Leur sang n’aura pas été versé en vain. Vive le peuple bolivien, vive Evo Morales et tous ceux et celles qui le secondent.


QUEL EXEMPLE !

Oscar Fortin
21 octobre 2008

lundi 13 octobre 2008

LE CARDINAL OUELLET SERAIT-IL EN CAMPAGNE?


Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il sait préparer ses sorties de manière à profiter des tribunes internationales pour rayonner son message et son image. On se souviendra de son MEA CULPA, en 2007, juste avant de partir pour Rome. C’est de là qu’il commenta à l’intention des journalistes de la planète le sens et la portée de ce geste. Cette fois-ci, c’est la traduction et la publication dans la revue Vita y pensiero de l’Université de Milan du Mémoire présenté à la Commission Bouchard-Taylor, qui lui donne l’occasion d’occuper une place de choix dans nos médias et ceux du monde entier. Cette publication coincide avec sa présence au Synode des évêques. Rappelons que dans son mémoire, le cardinal Ouellet accusait les médias de propager le discours des opposants au catholicisme. Il croit que le Québec est mûr pour une nouvelle évangélisation en profondeur

Si tout cela est bon pour sa visibilité, ce l’est beaucoup moins pour la vitalité de l’Église. En effet, les commentaires que ses diverses interventions ont pu susciter chez de nombreux chrétiens, ne semblent pas l’avoir influencé. Il se fait la voix d’une l’Église qui réjouit les courants conservateurs et traditionalistes, mais laisse en marge les courants de pensée renouvelés par une relecture des Évangiles et des réalités du monde contemporain. Bien des prophètes, des docteurs, des pasteurs et des évangélistes ne trouvent pas leur place dans pareil discours.

Il y a toujours un risque pour un membre de l’Église, peu importe ses fonctions, de se prendre pour l’Église elle-même. C’est oublier qu’elle est avant tout un CORPS VIVANT dont les membres disposent de dons qui leur viennent de Celui qui en est la Tête, le Christ lui-même. « À chacun de nous la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ…Il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs. » (Éphésiens 4…)

Depuis son arrivée à Québec, le Cardinal Ouellet a eu de nombreuses interventions, faites au nom de l’Église et sans que les membres de cette même Église aient été écoutés dans leur diversité et selon les dons de chacun. Il donne l’impression de quelqu’un qui porte tous les dons : apôtre, prophète, évangéliste, pasteur, docteur. En 2005, plus de 40 croyants, porteurs de ces divers dons, lui écrivaient une lettre ouverte pour lui rappeler que l’Église débordait de beaucoup sa personne et sa fonction et qu’ils ne partageaient pas la compréhension qu’il se faisait de l’Église et du modèle ecclésial qu’il mettait de l’avant:

« Depuis votre nomination comme archevêque de Québec, plusieurs de vos prises de position, répercutées par les médias, nous indisposent. Elles donnent en effet à notre Église un visage que nous refusons. Membres à part entière et de plein droit de l’Église catholique qui est au Québec, nous jugeons nécessaire d’intervenir publiquement pour manifester notre désaccord avec le modèle ecclésial que vous mettez de l’avant. Nous le faisons sur la base du « sens de la foi » que nous confère notre baptême. » (Le Devoir du 25 février 2005, p. A9)

Trois ans ont passé depuis cette lettre et force est de constater, qu’en dépit des demandes de pardon, notre cardinal en rajoute, cette fois sur la scène internationale, en laissant, du Québec et de son Église, une image qui est loin d’être partagée par ces derniers. Nous sommes loin de cette recommandation de ce vieux Pierre dont la fougue en avait fait un être imprévisible mais que le temps et le vécu avaient transformé en pasteur humble et ouvert :

« Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement, selon Dieu; non pour un gain sordide, mais avec dévouement; non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau. » (P.5, 2-3)

Je me refuse, comme croyant et témoin d’Évangile, à ce que l’Église soit l’otage d’une certaine élite qui souhaite en contrôler les principaux rouages y incluant celui, exclusif au Christ et à son Esprit, de la distribution des dons. L’Église sera toujours plus que l’addition de tous ses membres et à plus forte raison, de cette élite qui ne demanderait pas mieux que d’en être le maître. Heureusement, il y aura toujours des prophètes, des docteurs et des pasteurs pour en dénoncer la perversité. Et, monsieur le Cardinal, si c’était le Vatican et l’organisation ecclésiale qui étaient mûrs pour une nouvelle conversion!

Oscar Fortin, théologien et croyant

http://humanisme.blogspot.com/

Québec, le 13 octobre 2008

jeudi 9 octobre 2008

HABACUC

Je suppose que peu connaissent ce nom et encore moins le personnage qui le porte. Pourtant, avec ses trois petits chapitres d’un livre qui figure dans l’Ancien testament, il soulève des questions qui ne perdent rien de leur actualité.

Comment se fait-il que Dieu demeure insensible aux injustices et laisse courir les arnaqueurs qui s’emparent des richesses des autres sans dire un mot? « Pourquoi me fais-tu voir l'iniquité, et contemples-tu l'injustice? Pourquoi l'oppression et la violence sont-elles devant moi? Il y a des querelles, et la discorde s'élève. Aussi la loi n'a point de vie, La justice n'a point de force; Car le méchant triomphe du juste, et l'on rend des jugements iniques. » (Hab, 1,3-4)

Pourquoi laisse-t-il ces Chaldéens, anciens et nouveaux, impétueux et furibonds, traverser de vastes étendues de pays pour les piller et les soumettre à son joug? Pourquoi les laisse-t-il décider eux-mêmes de leurs droits comme si le droit des autres n’existait pas? « Tout ce peuple vient pour se livrer au pillage; Ses regards avides se portent en avant, Et il assemble des prisonniers comme du sable. Il se moque des rois, et les princes font l'objet de ses railleries; Il se rit de toutes les forteresses, Il amoncelle de la terre, et il les prend. Alors son ardeur redouble, Il poursuit sa marche, et il se rend coupable. Sa force à lui, voilà son dieu! » (Hab, 1,9-11)

Dieu serait-il donc trop pur pour voir le mal et regarder l’iniquité? Autrement, comment expliquer qu’il se taise et ne fasse rien quand le méchant dévore celui qui est plus juste que lui? « Traiterais-tu l'homme comme les poissons de la mer, Comme le reptile qui n'a point de maître? » (hab.1, 14)

Après toutes ces questions, notre prophète, a bien hâte d’entendre ce que son interlocuteur va lui répondre. « J'étais à mon poste, Et je me tenais sur la tour; Je veillais, pour voir ce que l'Éternel me dirait, et ce que je répliquerais après ma plainte. » (Hab.2,1)


RÉPONSE

« L'Éternel m'adressa la parole, et il dit: Écris la prophétie: Grave-la sur des tables, Afin qu'on la lise couramment. Car c'est une prophétie dont le temps est déjà fixé, Elle marche vers son terme, et elle ne mentira pas; Si elle tarde, attends-la, car elle s'accomplira, elle s'accomplira certainement. Voici que vont mourir ceux qui n’ont pas l’âme droite, alors que le juste vivra par sa fidélité.»


«
La richesse est perfide et rend semblable à celui qui est ivre et arrogant. L'orgueilleux ne demeure pas tranquille; Il élargit sa bouche comme le séjour des morts, Il est insatiable comme la mort; Il attire à lui toutes les nations, il assemble auprès de lui tous les peuples. Ne deviendra-t-il pas pour tous un sujet de sarcasme, de railleries et d'énigmes? On dira: Malheur à celui qui accumule ce qui n'est pas à lui! Jusques à quand?... Malheur à celui qui augmente le fardeau de ses dettes!

Tes créanciers ne se lèveront-ils pas soudain? Tes oppresseurs ne se réveilleront-ils pas? Et tu deviendras leur proie. Parce que tu as pillé beaucoup de nations, Tout le reste des peuples te pillera; Car tu as répandu le sang des hommes, Tu as commis des violences dans le pays, Contre la ville et tous ses habitants.

Malheur à celui qui amasse pour sa maison des gains iniques, afin de placer son nid dans un lieu élevé, pour se garantir de la main du malheur! C'est l'opprobre de ta maison que tu as résolu, En détruisant des peuples nombreux, et c'est contre toi-même que tu as péché. Car la pierre crie du milieu de la muraille, et le bois qui lie la charpente lui répond. Malheur à celui qui bâtit une ville avec le sang, qui fonde une ville avec l'iniquité! Malheur à celui qui fait boire son prochain en y ajoutant du venin pour l’enivrer et voir sa nudité!

Tu seras rassasié de honte plus que de gloire; Bois aussi toi-même, et découvre-toi! La coupe de la droite de l'Éternel se tournera vers toi, Et l'ignominie souillera ta gloire. Car les violences contre le Liban retomberont sur toi, et les ravages des bêtes t'effrayeront, Parce que tu as répandu le sang des hommes, et commis des violences dans le pays, contre la ville et tous ses habitants.

Malheur à celui qui dit au bois: Lève-toi! A une pierre muette: Réveille-toi! Donnera-t-elle instruction? Voici, elle est garnie d'or et d'argent, Mais il n'y a point en elle un esprit qui l'anime.

L'Éternel pour sa part rempli et fait vivre l’univers de sa sainteté, que toute la terre fasse silence devant lui.
» (Hab.2, 1-20)

Pour conclure ce rappel du dialogue d’Habacuc avec son Dieu au sujet des calamités qui couvrent la terre et dont il est témoin, force est de constater que ce dialogue garde tout son sens pour les temps présents que nous vivons. Nous assistons à l’effondrement d’un empire qui était parvenu à étendre ses tentacules jusqu’aux confins de la terre et à décider de ce qui était bien et mal. La loi était devenue sa loi, le droit, son droit. Les créanciers frappent maintenant à sa porte et il ne peut plus répondre.

Son dieu, incrusté dans les pierres et sur des images, reste inanimé car il n’y a pas d’esprit en lui. Le temple du Dieu vivant est l’univers qu’il remplit de sa gloire. « Car la terre sera pleine de la connaissance de la gloire de l’Éternel, comme les eaux couvrent [le fond de] la mer. »(Hab.2,14) Un rappel que les idoles sont toujours là pour distraire, mais que le Dieu vivant se laisse rencontrer dans le monde et l’Univers. Là est son vrai temple.

Oscar Fortin

9 octobre 2008

mardi 7 octobre 2008

BENOÎT XVI ET LES MISÈRES DU MONDE



Les explications des malheurs du monde varient selon les multiples approches philosophiques, sociologiques, économiques, politiques, éthiques, théologiques, anthropologiques etc. Pour Benoît XVI, ces malheurs du monde s’expliquent par le fait que nous avons mis « Dieu » à la porte. Il s’en prend à ceux qui proclament la mort de Dieu pour mieux prendre sa place. Lors de l’ouverture, à Rome, de la XIIème Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, il s’en prend à "une certaine culture moderne ayant proclamé la mort de Dieu : "Quand les hommes se proclament propriétaires absolus d'eux-mêmes et uniques maîtres de la création" (...) "la chronique quotidienne" montre "que s'étendent l'arbitraire du pouvoir, les intérêts égoïstes, l'injustice et l'exploitation, la violence dans toutes ses expressions".

Ces propos ne sont pas nouveaux de la part de Benoît XVI. On les retrouve dans son livre sur Jésus de Nazareth et dans de nombreuses autres interventions. Dans tous les cas, il est toutefois difficile de décoder le sens qu’il donne à cette « mort de Dieu » dans le monde d’aujourd’hui. Se réfère-t-il à l’abandon du culte et des pratiques religieuses ? S’en prend-t-il au phénomène de la laïcisation des États et des sociétés ? Est-ce une critique des questionnements qui visent les institutions ecclésiales ? Se pourrait-il que dans son esprit « mort de Dieu » soit mort « du culte », mort d’une « certaine Église », « disparition du sacré » ? Depuis la nuit des temps le concept de « dieu » permet de couvrir bien des réalités, certaines des plus édifiantes, d’autres des plus criminelles. Il ne suffit donc pas de parler pour ou contre Dieu, encore faut-il savoir de quel Dieu on parle.

Lorsque les européens ont fait la conquête des Amériques, ils étaient porteurs de la croix et le nom de Dieu était présent dans tous les grands discours. Pour ces conquérants, Dieu n’était donc pas mort. Pourtant, l’histoire nous montre qu’au nom de ce même Dieu « ils se sont proclamés propriétaires absolus d’eux-mêmes et unique maîtres de ces nouvelles terres. » Encore plus récemment, nombreux sont les gouvernants et les chefs d’Église qui se sont unis dans une sainte alliance pour protéger des privilèges et sauvegarder un ordre établi leur assurant le pouvoir. Les régimes militaires en Amérique latine ont tous gouverné sous la bannière du Te Deum et procédé à l’élimination systématique de toutes les forces pouvant les menacer. Le plan Condor, de triste mémoire, illustre à merveille cette récupération de Dieu, qu’on ne veut surtout pas voir mourir, lui qui sert si bien la cause de la lutte au communisme, ce communisme qui est sans dieu. Et tout près de nous, que dire de ces apôtres de la foi que sont ces hommes politiques qui portent haut l’étendard de Dieu pour faire des guerres en Irak, en Afghanistan, en Palestine et ailleurs dans le monde ? Benoît XVI et G.W. Bush n’ont-ils pas témoigné de la foi qui les unissait au même Dieu lorsqu’ils ont célébré à la Maison Blanche et, par la suite, qu’ils se sont promenés dans les jardins du Vatican ? Pourtant, dans les deux États dont ils ont la gouverne s’appliquent ces propos de ce même Benoît XVI à l’ouverture du synode : « "la chronique quotidienne" montre "que s'étendent l'arbitraire du pouvoir, les intérêts égoïstes, l'injustice et l'exploitation, la violence dans toutes ses expressions". Ce n’est donc pas parce que la référence à Dieu n’y est pas qu’autant de malheurs existent.

On conviendra assez facilement que ce type de références à Dieu ne saurait par elle-même assurer la paix, la justice, la vérité, le développement et l’harmonie entre les humains. Qu’un tel « dieu » perde de son lustre et meurt ne devrait pas scandaliser ceux et celles qui luttent pour un monde meilleur, pas plus que ça ne devrait affecter le Dieu vivant. Il est curieux que Benoît XVI ne parle pas de Jésus de Nazareth, ce Dieu dont se réclament ces dirigeants du socialisme du XXIème siècle. Chavez au Venezuela, Morales en Bolivie, Lugo au Paraguay, Correa en Équateur sont tous inspirés par ce Jésus de Nazareth et par un monde en quête de justice, de vérité et de liberté. Dieu est là bien présent avec eux et eux avec lui. Pourtant, ils ont tous sur leur route une hiérarchie ecclésiale et une oligarchie nationale qui leur rendent la vie bien difficile. Les malheurs qui existent dans ces pays ne viennent donc pas du fait que Dieu soit absent ou mort, mais que ceux qui s’en réclament le comprennent bien différemment. Lorsque le Prix Nobel de la paix, Adolfo Pérez Esquivel écrit sa lettre au cardinal de Bolivie, Dieu est présent et bien vivant pour lui. C’est également le cas du Cardinal qui se définit comme le représentant de Dieu sur terre. Pourtant deux mondes les séparent. Comment expliquer cela par autre chose que « la mort de Dieu », le « rejet de Dieu », « l’absence de Dieu »?

Je pense que Benoît XVI y gagnerait à nous faire découvrir la présence et l’action du Ressuscité dans le monde. Pour les croyants authentiques, ils en sont la présence vivante, poursuivant son œuvre de libération, de justice, de vérité et de paix. On ne peut pas parler de Dieu comme si Jésus de Nazareth n’en était pas la seule présence véritable dans le monde. Ce dernier nous renvoie au sermon sur la montagne, à ses prises de position contre une certaine compréhension du religieux, à une nouvelle manière d’exercer l’autorité en servant et non en dominant. Le défi de l’Église d’aujourd’hui est moins celui de se porter à la défense et à la survie de ses propres institutions, mais d’être toujours plus au service d’une humanité en quête de respect, de justice et de liberté. Elle doit retrouver la liberté d’une parole libératrice. La complaisance et la langue de bois doivent céder la place à l’Esprit toujours innovateur et à l’œuvre dans le monde. Encore faut-il savoir le reconnaître.

Oscar Fortin

7 octobre 2008

jeudi 2 octobre 2008

LETTRE OUVERTE DE JÉSUS-CHRIST À GEORGES W. BUSH

En février 2005, j’avais publié une lettre qui mettait en scène Jésus-Christ s’adressant à GWB. Reprise, entre autres, par Top Chrétien, elle avait donné lieu à de nombreuses réactions. À la demande de lecteurs et lectrices, je remets en première page cette lettre qui garde toujours son actualité. Elle s’en trouve même renforcée. Il suffit de penser aux nombreuses initiatives prises par l’Administration BUSH, depuis 2005, pour contrer, entre autres, la montée des nouvelles démocraties en Amérique Latine : le soulèvement des préfets en Bolivie en vue de créer une guerre civile et justifier ainsi le renversement du gouvernement légitiment élu; les diverses opérations de sabotage mises en place pour renverser le gouvernement d’Hugo Chavez au Venezuela, allant même jusqu’à l’assassinat de ce dernier; son refus tout récent de lever l’embargo économique sur Cuba, le temps de lui permettre de rebâtir les zones dévastées par les ouragans récents qui ont détruit des centaines de milliers de maisons et des zones complètes de production agricole. Rien à y faire, il a maintenu avec fermeté ces mesures jugées par la communauté internationale comme moralement inacceptables. Dans tous ces cas, GWB n’a pas changé en rien de sa prétention de décider du bien et du mal et d’ajuster ses décisions politiques et militaires à cette classification dont il est le seul à connaître le secret. Les propos de Jésus-Christ à son endroit gardent toute leur actualité en ce moment de l’effondrement du système financier fondé sur le capitalisme sauvage de ceux qui en détiennent les ficelles.

Je vous remets en lien avec cette lettre ainsi que les références des commentaires qui ont suivi. Tous auront compris que son contenu, tout en étant étroitement inspiré des évangiles et de la pensée même de Jésus, est l’œuvre du signataire de ce blog. Bonne lecture et bonne méditation.

lundi 29 septembre 2008

L'ÉGLISE A-T-ELLE ENCORE SON MOT À DIRE?


Dans un article, publié dans l’édition du Devoir du 29 septembre 2008 et coiffé du titre « QUI VEUT FAIRE TAIRE LES ÉVÊQUES DU QUÉBEC? » M. Arnaud Decroix s’en prend aux détracteurs du cardinal Ouellet et du Cardinal Turcotte pour expliquer son interrogation. Il conclut d’ailleurs son intervention en suggérant que pareilles réactions auraient pour effet d’enlever à « l’'Église tout droit et compétence pour intervenir dans le champ du débat d'idées, elle qui avait jusqu'alors la prétention de se définir comme «experte en humanité» (Paul VI, déclaration à l'ONU, 1965). Je ne suis évidemment pas d’accord avec les conclusions que tire l’auteur des réactions suscitées par les approches adoptées par l’un et l’autre de nos deux évêques.

En tout premier lieu, il me semble important de donner aux mots leur véritable sens. Dans le titre de l’article on parle des évêques, mais à la fin on conclue en parlant de l’Église sans toutefois en préciser le sens, laissant entendre, sans le dire, qu’Église et Évêques ne font qu’un. Ceux et celles qui ont encore comme références ecclésiales les documents du Concile Vatican II et les Épitres de St-Paul conviendront que l’Église est un « Corps constitué de tous les croyants ayant à sa Tête le Christ. C’est lui qui a donné certains comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres encore comme évangélistes, d’autres enfin comme pasteurs et chargés de l’enseignement » (Éphésiens 4,11). Cette précision s’impose d’autant plus que la tentation est grande de confondre la pensée de l’Église avec celle d’un de ses membres, tout important qu’il puisse être dans l’organisation ecclésiale. Dans l’Église d’aujourd’hui de nombreux débats ont cours sur les orientations que lui inspirent les évangiles et les défis du monde. Tout aussi nombreux sont les débats sur son organisation des pouvoirs et des services à apporter à ceux et celles qui lui sont rattachés. Dans tous ces débats, personne n’a le monopole de la vérité, pas plus d’ailleurs que du pouvoir. Chacun, selon le don reçu, apporte sa contribution et c’est finalement la foi de la communauté qui « juge » (1 Cor.14, 29). Autant le Cardinal Turcotte fait appel à sa conscience pour justifier sa décision, autant chaque chrétien fait appel à la sienne pour justifier sa propre décision. Joseph Ratzinger n’avait-il pas affirmé bien des années avant de devenir Benoît XVI : « «Au-dessus du pape en tant qu’expression de l’autorité ecclésiale, il y a la conscience à laquelle il faut d’abord obéir, au besoin même à l’encontre des demandes de l’autorité de l’Église. » (1967)

En conclusion sur ce point, force est de constater que pour parler au nom de l’Église, il ne suffit plus d’occuper un poste d’autorité dans l’organisation de celle-ci, mais de se faire l’écho de la voix des prophètes, des docteurs, des enseignants, de tous ceux et toutes celles qui sont portés par l’Esprit du Christ, Tête de l’Église. L’intervention de Jean Vanier, lors du dernier Congrès eucharistique, en dit long sur ce sujet. Sa parole prophétique a rejoint la foi des chrétiens et c’est cette foi qui reconnaît et donne force à cette parole. Dans les cas discutés dans l’article de M. Decroix, il faut se demander si la foi des chrétiens docteurs, prophètes, évangélistes, presbytres, enseignants et autres se reconnaissent dans les approches de nos deux cardinaux. Ce n’est pas évident. Leurs propos ou interventions peuvent être questionnés tout autant de l’intérieur de l’Église qu’ils l’ont été de l’extérieur.

En second lieu, il est question d’un débat d’idées. À ce que je sache, un débat d’idées suppose des approches différentes, des dissensions, des oppositions. Il n’y a donc rien de surprenant que des voix s’expriment contre les points de vue du Cardinal Ouellet et ceux du Cardinal Turcotte. En le faisant, elles ne leur interdisent pas de revenir à la charge, mais dans tous les cas, il faudra qu’ils le fassent à leur risque et dépend. Je sais qu’en écrivant ces commentaires, que je souhaite partager avec les lecteurs et lectrices du Devoir, je prête flanc à des points de vue qui m’obligeront à débattre. Je n’interpréterai pas ces divergences comme une interdiction à m’exprimer. Nous vivons dans un monde de plus en plus multipolaire où les arguments d’autorité ou les approches uniformes n’ont plus leur place.


Je conclus ce bref commentaire en disant que l’Église s’exprime partout où l’action de ses membres, portées par la foi, est un ferment de croissance et de développement des milieux de vie de chacun. S’ils sont porteurs de vérité, de justice, de miséricorde et d’ouverture, rien ne pourra les retenir. Pierre, alors que sa fin approchait, eût ces paroles pour les anciens et ceux qui allaient lui succéder dans l’Église :

« Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui, non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu ; non pour un gain sordide, mais avec l'élan du cœur ; non pas en faisant les seigneurs à l'égard de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau ». (1P. 5,2-3)


Oscar Fortin, théologien et politologue

Libre penseur dans la foi et dans le monde
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jeudi 25 septembre 2008

FIN D'UN EMPIRE ET ÉMERGENCE D'UN NOUVEAU MONDE

SEMAINE DU 21 AU 26 SEPTEMBRE 2008

Deux évènements majeurs retiennent actuellement l’attention du monde : la crise économique mondiale et l’ouverture de la 63ième session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Cette dernière se réalise sur toile de fond de la crise économique elle-même mais aussi et surtout des effets dévastateurs des politiques interventionnistes de ceux qui en détiennent les ficelles. Nos médias ont plutôt été discrets sur ce dernier aspect. Rares sont ceux qui ont relevé les interventions d’Évo Morales, Président de la Bolivie, de Cristina Fernandez, Présidente de l’Argentine, de Luis Ignacio Lula, Président du Brésil, d’Antonio Lugo, Président du Paraguay et ainsi que celles de nombreux autres représentants de l’Amérique latine, de l’Afrique, de l’Asie et du Moyen Orient. Pourtant, à cette Assemblée générale, se fait vraiment entendre la voix de la Communauté internationale.



La grande majorité des intervenants de l’Amérique Latine ont fait ressortir que le modèle d’un capitalisme laissé à lui-même avait été la principale cause du sous développement dont souffre toujours le Continent. L’actuelle crise économique qui en secoue les bases ne fait que confirmer ce que les mouvements sociaux et les leaders des peuples dénoncent depuis des générations : le capitalisme ne peut répondre qu’à des intérêts individuels et corporatifs et c’est hors de sa nature même de répondre aux intérêts du BIEN COMMUN des peuples.

Dans le cas des pays de l’Amérique latine, les maîtres de ce système avaient le contrôle des gouvernements et des principaux leviers des institutions politiques, judiciaires, militaires, médiatiques et, dans bien des cas, religieuses. Les objectifs recherchés étaient toujours les mêmes : soutirer le maximum des ressources matérielles, humaines et organisationnelles pour en obtenir « le plus » en payant « le moins ». Les préoccupations sociales telles la santé, l’éducation, l’alimentation, le logement, n’avaient leur sens que dans la mesure où elles devenaient nécessaires au rendement exigé pour la production. Dès que des mouvements sociaux ou politiques mettaient en péril ce cadre du pouvoir, ils étaient alors soumis à des persécutions ou encore à des régimes militaires dont les plus mémorables sont ceux de Banzer en Bolivie (1971), de Pinochet au Chili (1973), de Videla en Argentine (1976). Le Plan Condor, de triste mémoire, avait été mis en place pour faire disparaître des milliers de personnes jugées périlleuses pour la stabilité de cet empire. Tout cela sous le regard bienveillant d’un Occident se disant chrétien et généreux.

Mais, voilà que depuis une dizaine d’années, la démocratie a ouvert ses portes à la montée de partis politiques qui veulent en découdre avec ce système qui génère pauvreté et misère pour les uns, richesse et pouvoir pour les autres. C’est actuellement le cas du Brésil, de l’Argentine, de l’Équateur, de la Bolivie, du Paraguay, du Venezuela, du Nicaragua alors que d’autres se dirigent lentement vers cette voie d’avenir, comme c’est le cas du Honduras, de Panama et de l’Uruguay. Le Mexique y serait peut-être déjà, si ce n’eût été de certaines fraudes dans le recomptage des votes.

Ce sont ces nouveaux chefs d’État qui ont pris la parole, ces jours-ci, à l’Assemblée générale des Nations Unies. Ce sont eux qui ont parlé de Démocratie sans cesse mise en danger par des groupes terroristes soutenus et financés par ceux-là mêmes qui y perdent actuellement leur pouvoir et leurs privilèges. Évo Morales a raconté toutes les difficultés mises sur son chemin, depuis son arrivée à la tête de l’État bolivien. Malgré un appui massif du peuple (plus de 67%), ceux qui se disaient hier démocrates, sont devenus aujourd’hui des terroristes qui fomentent la déstabilisation, la confrontation et même la violence, tuant femmes, enfants et paysans. Évo Morales a demandé dans son discours : pourquoi les États-Unis n’ont pas encore condamné ces gestes de violence dans son pays? Pourtant nombreux sont les pays qui n’ont pas hésité à condamner de pareilles actions. Cette question était évidemment une manière de répondre au pourquoi de l’expulsion récente de l’Ambassadeur des États-Unis en poste en Bolivie. C’est qu’ils y sont parties prenantes à ces opérations de déstabilisation comme ils l’ont été au Chili en 1973 et ailleurs, comme c’est actuellement le cas au Venezuela.

Plusieurs intervenants n’ont pas manqué l’occasion de faire ressortir que les grands défenseurs du capitalisme, comme système économique idéal, deviennent, dans le cadre de la présente crise, de véritables socialistes en demandant à l’État d’intervenir pour sauver le système de la banqueroute. De mauvaises langues ont parlé d’un socialisme pour les dettes et les déficits et d’un capitalisme pour les profits. Dans le premier cas, c’est le peuple qui s’en charge, dans le second cas, ce sont les maîtres du jeu qui encaissent. C’est ainsi que des centaines de milliards de dollars sortent, comme par magie, des coffres de l’État pour renflouer le système. Par contre, lorsque les « socialistes » parlent de mettre des limites au capitalisme en le soumettant aux exigences d’un BIEN COMMUN comme le partage des terres, le contrôle des richesses naturelles, la santé, l’éducation, l’alimentation, tout cela devient de l’interventionnisme d’État, jugé inacceptable et néfaste pour l’économie. C’est comme s’il fallait s’accommoder que des millions d’êtres humains meurent tous les jours par manque du nécessaire alors que pareil accommodement devient impensable face à un capitalisme à l’article de la mort.

Je pense que le discours des Présidents de ces nouvelles démocraties montantes éclaire les voies de l’avenir pour les personnes et les peuples à la conquête du respect de leurs droits et de leur dignité. Il y a un bond qualitatif dans la conscience sociale et politique de ces peuples en même temps que l’innovation de nouvelles manières de vivre l’économie qui commencent à donner ses fruits dans plusieurs de ces pays. Lorsqu’Hugo Chavez, Président du Venezuela, parle du socialisme du XXIème siècle, il parle de tout cela. Ce n’est pas pour rien qu’il est la bête noire des anciens maîtres qui veulent l’abattre à tout prix. En plus d’être le Président d’un pays où il y a beaucoup de pétrole, il est à l’avant-garde de cette montée des peuples vers un nouvel avenir. Pour ceux et celles qui s’intéressent à la pensée sociale de l’Église, ils trouveront beaucoup de ce socialisme du XXIème siècle dans l’encyclique de Jean XXIII « PAIX SUR TERRE ».


Oscar Fortin

25 septembre 2008

dimanche 21 septembre 2008

A USTEDES LOS FUERTES Y PODEROZOS


Ya llego la hora en que no cuenta más su fuerza, tampoco su poder para escapar a la justicia que reclama los derechos de los pueblos. Lo que pasa actualmente en Bolivia con el prefecto criminal, Leopoldo Fernández, que mandaba en la prefectura de Pando y que hizo matar a campesinos, mujeres y niños, refleja lo que esta pasando en toda América latina y en el mundo: los pobres y marginados que representan los dos terceros de la población mundial y también la mayoría de los pueblos de cada país están tomando el control de la democracia manipulada para hacerla democracia participativa. Los nuevos dirigentes responden a las exigencias de la mayoría de sus pueblos, la cual no aguanta mas los que les mandaban como esclavos y conforme a sus intereses.

Cuando me hago mas cerca a los acontecimientos que suceden en esta América latina me viene a la mente estas palabras a su prima Elizabeth de la Virgen María, en que muchos creen:

50 Dios tiene siempre misericordia
de quienes le honran
51 Actuó con todo su poder: deshizo los planes de los orgullosos,
52 derribó a los reyes de sus tronos
y puso en alto a los humildes.
53 Llenó de bienes a los hambrientos
y despidió a los ricos con las manos vacías


Hombres y mujeres de buena voluntad, estamos viviendo la profecía de esta mujer que llevaba en su seno el libertador que hace posible lo que esta realizando Evo Morales, Hugo Chávez y todos los otros que ya levantan la cabeza para decir: BASTA. Bush y todos los que lo siguen en sus mentiras y manipulaciones conocerán el mismo destino. Lo que es otoño para unos va ser primavera para muchos otros.


Oscar Fortín
El 21 de septiembre 2008

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lundi 15 septembre 2008

BUSH DE MAUVAISE HUMEUR

Je me suis demandé pourquoi l’entrevue donnée par le Président Bush, le 14 septembre au matin, était préenregistrée. J’ai compris que la nuit avait dû être difficile et qu’il n’était pas d’humeur à s’adresser en direct à ses compatriotes et au monde. Il y avait évidemment cet ouragan IKE qui est passé sur le Texas sans aucun égard pour la Présidence qui y a son fief, mais peut-être encore davantage pour l’échec de ce grand coup, préparé de longue date, pour en découdre une fois pour toute avec Évo Morales et Hugo Chavez.

Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il veut en finir avec ce chef d’État qui dirige un pays aux richesses pétrolières énormes et qui, plus est, exerce une influence énorme sur l’ensemble des pays du Continent latino américain. Déjà en 2002, il avait espéré s’en débarrasser en soutenant un coup d’État avec l’oligarchie locale. À son grand désarroi, le peuple s’est spontanément mobilisé pour reprendre en main les institutions démocratiques et obliger les putschistes à libérer leur Président. Ce fut un moment fort de la démocratie participative, cette démocratie dont les racines plongent jusque dans les profondeurs des citoyens et des organisations sociales qu’ils se donnent. Restaient les élections présidentielles de 2005, mais sans succès. Les vénézuéliens accordèrent un vote très majoritaire à Chavez pour un second mandat.

La démocratie n’étant plus l’outil approprié pour reprendre le pouvoir, d’autres initiatives furent prises. Il y a eu l’opération TENAZA visant l’échec du Référendum sur la modification de la Constitution et cette autre, BALBOA, visant à créer des conflits frontaliers entre le Venezuela et la Colombie pour justifier une intervention militaire étasunienne. Ces deux opérations ont été mises à jour par les services intérieures d’intelligence avant d’être exécutées. Voilà, maintenant, qu’au moment même où les actions violentes montent en Bolivie pour renverser le gouvernement d’Évo Morales, une autre opération d’envergure est mise à jour, cette fois par un représentant de l’armée ayant enregistré une rencontre de responsables civils et militaires faisant le point sur les actions à mener dans les jours à venir pour renverser le Gouvernement et se débarrasser une fois pour toute d’Hugo Chavez. Deux avions, peints aux couleurs du Venezuela et pilotés par deux étasuniens, bombarderont le Parlement, à partir de La quatrième flotte étasunienne, toujours en action dans les eaux régionales. Des fusées seront également disponibles pour abattre l’avion Présidentielle au moment d’un départ ou d’un retour du Président Chavez.

Pendant que toutes ces choses se passent au Venezuela, Chavez se rend compte, dans ses échanges avec Évo Morales, qu’un scénario semblable est en préparation en Bolivie. À la différence de Chavez, Évo Morales ne sait trop jusqu’où les généraux de l’armée peuvent lui rester fidèles pour défendre la démocratie. Le général Trigo est un de ceux-là. Il est sans doute tiraillé entre deux mondes, celui de la défense de la constitutionalité bolivienne ou celui d’opter pour des offres fort alléchantes de la part des putschistes. Ses interventions dans les zones à problèmes pour contrer la violence sont plutôt au ralenti et certaines autres, problématiques. Chavez parle de « grève de bras baissés ». C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre sa sortie, déclarant que si le gouvernement de Morales est renversé ou si celui-ci est assassiné, qu’il interviendra au coté du peuple bolivien pour reprendre le pouvoir démocratique que les putschistes lui aura ainsi enlevé. C’est également dans ce contexte qu’il a invité tous les vénézuéliens à être vigilants et les yankees à rentrer chez eux.

Selon un haut officiel de l’intelligence vénézuélienne, le coup d’État était prévu pour jeudi, le 18 septembre. À en croire ce scénario, Bush aurait frappé un grand coup au cœur même de l’Amérique du Sud en prenant le contrôle du Venezuela et de la Bolivie. Inutile de dire qu’il aurait célébré avec joie la disparition d’Hugo Chavez et d’Évo Morales. Il aurait ainsi redoré son blason et aurait été remis à l’avant scène de la campagne électorale des Républicains qui se gardent bien de s’en approcher. Malheureusement, le destin aura voulu que ses velléités et ses astuces soient mises à jour et qu’un fin stratège et grand démocrate, en étroite collaboration avec son collègue bolivien et tous les autres membres d’UNASUR, aient déjoué ses plans et gagné encore plus de prestige pour ceux qui savent reconnaître les grands hommes d’État auxquels appartiennent Hugo Chavez et Évo Morales, quoi qu’en disent nos médias et leurs adversaires.

Allende, du haut de la MONEDA où siège actuellement (15 septembre) UNASUR, doit se reconnaître prophète en s’entendant dire de nouveau ces paroles :

« Travailleurs de ma Patrie, j'ai confiance dans le Chili et en son destin. D'autres hommes dépasseront ce moment gris et amer où la trahison prétend s'imposer. Allez de l'avant en sachant que bientôt s'ouvriront de grandes avenues où passera l'homme libre pour construire une société meilleure. » (11 septembre 1973)


Oscar Fortin

15 septembre 2008

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vendredi 12 septembre 2008

LE CANADA ET L'AMÉRIQUE LATINE

LETTRE OUVERTE AU PREMIER MINISTRE DU CANADA

M. Le Premier Ministre


Je sais que la présente campagne électorale prend tout votre temps et que les thèmes reliés aux relations internationales du Canada avec l’Amérique latine n’occuperont pas beaucoup d’espaces dans les messages publicitaires. En tant que citoyen canadien, j’ai retenu que nos soldats en Afghanistan avaient pour mission d’y créer les conditions d’une véritable démocratie. Déjà, plus de 80 de nos soldats y ont laissé leur vie et autant, sinon plus, y laisseront la leur d’ici 2011. Cette décision, à vous en croire, dit toute l’importance que vous accordez à la démocratie comme système politique permettant aux peuples de prendre en main leur propre destin.

Actuellement, particulièrement en Amérique latine, de plus en plus nombreux sont les peuples, qui se donnent des gouvernements dont les mandats sont à l’effet de développer des politiques sociales et économiques, favorisant leurs intérêts nationaux dont, entre autres, la santé, l’éducation, le logement, l’alimentation et leur participation à l’ensemble de la vie publique. Ces gouvernements ont franchi avec succès toutes les épreuves de la démocratie. Tout récemment encore, le gouvernement de la Bolivie, lors d’un référendum d’orientation et de confiance, s’est vu accordé plus de 69% du support de la population bolivienne pour aller de l’avant avec les réformes amorcées. Que ce soit au Venezuela, au Paraguay, en Argentine, tous ont l’appui majoritaire de leur population. En Équateur se déroule actuellement un Référendum national pour l’adoption d’une nouvelle constitution. Un exemple à suivre par tous les peuples qui se dotent d’une Loi fondamentale régissant la vie de leur nation. En effet, n’est-il pas important que le peuple ait à en décider lui-même? Tout ceci pour vous dire, M. Le Premier Ministre, que vous avez tous les motifs de vous réjouir de ce que la DÉMOCRATIE soit aussi florissante dans ces pays.

Mais voilà que cette démocratie est actuellement mise à l’épreuve. En Bolivie, au Venezuela, au Paraguay, en Équateur, des forces externes et internes cherchent par tous les moyens, incluant la violence et l’assassinat, à briser ces démocraties pour les remplacer par des dictatures dont les noms qu’on pourra leur donner ne sauraient en changer la nature. Plusieurs pays de la région dont le Chili, l’Argentine, le Paraguay, l’Équateur, le Venezuela, entre autres, et l’OEA donnent leur appui au gouvernement légitimement élu d’Évo Morales tout en dénonçant ces forces clandestines qui visent, actuellement, à le saboter par la violence. Il en va de même pour le Venezuela qui vient de mettre à jour un plan pour renverser son gouvernement et tuer son Président.

Que dit le Canada? Est-il assez indépendant dans ses politiques extérieures et assez convaincu dans ses valeurs démocratiques pour dénoncer officiellement ces actions « terroristes » qui visent à déstabiliser ces gouvernements? Aucun soldat n’est requis, aucune intervention à l’interne n’est sollicitée. Tout ce qui est exigé, par les évènements et notre adhésion au Droit international, c’est que le CANADA SE JOIGNE À TOUS LES AUTRES PAYS INDÉPENDANTS POUR DÉNONCER DE PAREILLES MANŒUVRES ET POUR CONFIRMER DE NOUVEAU SA FOI ET CELLE DU PEUPLE CANADIEN DANS LA DÉMOCRATIE ET SON RESPECT. La présente campagne électorale vous en donne l’occasion.

Oscar Fortin, politologue

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Québec, le 12 septembre 2008