PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

vendredi 20 mars 2009

BENOÎT XVI: PASTEUR DE QUI ET POUR QUI ?

Si je n’étais croyant catholique, je ne m’arrêterais pas à ce personnage, adulé par certains, fort critiqué par d’autres et ignoré par un nombre toujours plus grandissant. C’est toutefois en tant que membre de ce Corps qu’est l’Église que je me sens concerné par les gestes et engagements de celui qui en est le « pasteur » désigné par ses « pairs cardinaux ». La foi que je porte ne me vient ni de lui ou de quelqu’un d’autre de la hiérarchie catholique. Elle me vient du Christ lui-même, comme un don personnel qui m’est fait quotidiennement. C’est au nom de cette foi en Jésus de Nazareth et de ses Évangiles que je me permets de commenter l’actuel voyage de Benoît XVI en Afrique et particulièrement son passage au Cameroun.

Au début des années 1990, j’ai fait un séjour de quelques jours à Douala, ville portuaire importante du Cameroun. C’était mon premier contact avec le Continent africain. Invité par les autorités gouvernementales et patronales à participer à un colloque sur la main d’œuvre et l’emploi, mon séjour s’est déroulé en présence des dignitaires de ces deux instances. Alors que le Président du Patronat nous recevait à son bureau où trois Mercédès de grand luxe étaient à sa disposition, les rues de Douala nous renvoyaient l’image d’une grande pauvreté et d’une importante désorganisation sociale. De quoi donner la déprime à quelqu’un pourtant déjà habitué aux bidonvilles de l’Amérique latine. De la bouche de ces hauts responsables je sus que pour célébrer l’indépendance du pays, au début des années 1960, on avait fait venir deux avions cargos de France remplis de caisses de champagne. Je sus également qu’il était normal que des ministres se rendent régulièrement en Suisse pour y procéder à des dépôts d’argent leur assurant un avenir doré. Tous les édifices visités lors de ce bref séjour étaient, pour ainsi dire, tapissés de la photo du Président de la République que l’on retrouvait dans chaque pièce, un peu comme un icône de Dieu le père.

Répression violente de la dissidence au Cameroun
29 janvier 2009

D'après un nouveau rapport d'Amnesty International, les homicides et la torture sont des armes que le gouvernement camerounais utilise régulièrement afin d'étouffer la dissidence politique. Pendant une période d'une dizaine d'années marquée par des violations flagrantes des droits humains, les forces de sécurité camerounaises ont fréquemment eu recours à une force excessive et injustifiée ; les auteurs de ces agissements bénéficient presque toujours de l'impunité.

« L'opposition politique n'est pas tolérée au Cameroun, a expliqué Tawanda Hondora, directeur adjoint du programme Afrique d'Amnesty International. Toute dissidence est étouffée soit par la violence, soit par le détournement de la justice pour réduire les personnes qui émettent des critiques au silence. »

À la fin du mois de février 2008, les forces de sécurité ont tué pas moins de 100 civils au cours de manifestations contre l'augmentation du coût de la vie. Amnesty International a vu des photographies et reçu des témoignages suggérant que certaines des victimes ont été tuées à bout portant, alors qu'aucun effort n'avait été fait pour privilégier une arrestation.

« Les procès iniques, les manœuvres d'intimidation et de harcèlement, allant notamment jusqu'aux menaces de mort, sont systématiquement utilisés par les autorités pour réprimer les critiques formulées par la classe politique, les défenseurs des droits humains et les journalistes, a ajouté Tawanda Hondora. La loi du silence imposée aux médias est particulièrement préoccupante. Si un journaliste est considéré comme trop critique à l'égard du gouvernement, il est réduit au silence – et les stations de radio et chaînes de télévision se voient contraintes de cesser leurs activités. »

Le journaliste Michel Mombio a été arrêté en septembre 2008 et a passé dix jours en garde à vue. Il a ensuite été transféré à la prison centrale de la capitale, Yaoundé, et inculpé d'escroquerie et de chantage. Il était toujours détenu en janvier 2009, sans avoir été jugé.Des journalistes couvrant les manifestations de rue de février 2008 ont été agressés par des membres des forces de sécurité. Parmi les victimes figuraient un caméraman de la chaîne de télévision Canal 2 International ; il a été roué de coups puis arrêté, et sa caméra a été détruite. Il n'a été remis en liberté qu'après que des soldats l'eurent obligé à les payer.

Le rapport, intitulé Cameroun. L'impunité favorise les atteintes constantes aux droits humains, dénonce également les conditions carcérales épouvantables qui prévalent dans le pays. Les prisons sont caractérisées par l'insuffisance tant de la nourriture que des soins médicaux, ainsi que par la surpopulation.

Les mineurs sont souvent incarcérés au côté des adultes, et la séparation entre détenus hommes et femmes est inadaptée, ce qui donne lieu à des actes de violence et d'exploitation, sexuelles notamment. Les prisons seraient infestées de rats et de cafards, et certains détenus se sont mis à dormir dans les toilettes, faute d'autre lieu où se reposer. »

LE MESSAGE DE BENOÎT XVI AU PRÉSIDENT DU CAMEROUN

Qu’avait à dire le Pape au Président et aux camerounais et camerounaises ? Quel message d’espérance avait-il à leur annoncer ? À son arrivée à l’aéroport de Yaoundé, le 17 mars 2009, dans ses échanges avec le Président, présent pour l’accueillir, il eût ces mots dont je cite un extrait qu’on ne peut passer sous silence:

« Le Cameroun est bien une terre d'espérance pour beaucoup d'hommes et de femmes de cette région centrale de l'Afrique. Des milliers de réfugiés, fuyant des pays dévastés par la guerre, ont été accueillis ici. C'est une terre de la vie où le gouvernement parle clairement pour la défense des droits des enfants à naître. C'est une terre de paix: à travers le dialogue qu'ils ont mené, le Cameroun et le Nigeria ont résolu leur différend concernant la péninsule de Bakassi et montré au monde ce qu'une diplomatie patiente peut produire de bon. C'est un pays jeune, un pays béni parce que la population y est jeune, pleine de vitalité et décidée à construire un monde plus juste et plus paisible. A juste titre, le Cameroun est décrit comme une« Afrique en miniature» qui abrite en son sein plus de deux cents groupes ethniques différents capables de vivre en harmonie les uns avec les autres. Voilà bien des motifs pour rendre grâce et louer Dieu! »

Le tout a été suivi d’une visite de courtoisie dont les images nous rappellent la célébration de son anniversaire à la maison Blanche en compagnie de la famille Bush et de nombreux autres invités.

Qui, en toute conscience, peut imaginer Jésus de Nazareth se complaire en compagnie de personnages dont le pouvoir se nourrit au prix de la pauvreté et de la misère de millions de personnes? Il faut croire que les "us et coutumes protocolaires" de Benoît XVI cadrent davantage avec les puissances de ce monde qu’avec les déshérités de la terre. Le scandale n’est pas tant dans le condom dont l’usage diplomatique permet d’éviter des débats sur des sujets autrement plus importants comme ceux liés aux problèmes sociaux, aux abus de pouvoir, à la manipulation des institutions religieuses, à la corruption sous toutes ses formes. Il ne suffit pas de laisser quelques textes sur ces sujets, mais de créer l’évènement qui saura faire la différence dans les véritables solidarités. Pierre, le premier Pape de l’Histoire de l’Église, a ce conseil pour les anciens et ceux qui allaient lui succéder:

« Les anciens qui sont parmi nous, je les exhorte, moi, ancien comme eux, témoin des souffrances du Christ, et qui dois participer à la gloire qui va être révélée. Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui, non par contrainte, mais de bon gré, selon Dieu ; non pour un gain sordide, mais avec l'élan du cœur ; non pas en faisant les seigneurs à l'égard de ceux qui vous sont échus en partage, mais en devenant les modèles du troupeau. » (1 P. 5, 1-5)



Oscar Fortin, théologien et politologue
Québec, le 20 mars 2009
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jeudi 12 mars 2009

LE CONSERVATISME CATHOLIQUE ET LA VIE


La décision d’excommunier la mère qui accepta que son enfant de 9 ans, enceinte de 4 mois de jumeaux, suite au viol dont elle a été victime de la part de son beau-père, se fasse avorter, a bouleversé le Brésil et le monde. Les médecins, ayant constaté qu’elle avait été violée et que sa grossesse mettait en danger sa vie, décidèrent, conformément aux lois brésiliennes, de l’avorter. Cette décision leur valut également l’excommunication. La raison invoquée par la hiérarchie catholique est que la vie doit être protégée à toutes les étapes de son existence. Quant au violeur, son péché étant beaucoup moins grave que celui de l’avortement, il n’en fut rien. Il pourra bénéficier de la miséricorde de l’Église.

Que sont-ils donc ces messieurs les évêques et cardinaux qui se font ainsi les apôtres de la vie? Ce sont ceux-là mêmes qui se ferment les yeux sur les systèmes politiques, économiques et sociaux qui laissent mourir de malnutrition, d’absence de soins de santé des milliers de personnes, victimes d’oligarchies, jalouses de leur pouvoir et de leurs privilèges. Qui ne se souvient de ces dictateurs qui s’imposèrent par la force dans plusieurs pays de l’Amérique latine, emprisonnant, torturant et tuant par dizaines de milliers, hommes, femmes et enfants? Nous n’avons qu’à penser, entre autres, à Batista à Cuba, à Somoza au Nicaragua, aux Duvalier en Haïti, à Stroessner au Paraguay, à Videla en Argentine et à Pinochet au Chili. Aucun d’eux n’a été excommunié pour les assassinats qu’ils ont tous commis. Ils ont plutôt bénéficié des bénédictions des plus hautes autorités de l’Église. Quant à ceux qui ont voulu les dénoncer, ils ont vite été écartés, pour ne pas dire éliminés, comme ce fut le cas de Mgr Oscar Romero au Salvador et de nombreux prêtres et chrétiens dans l’ensemble de l’Amérique latine. Qu’en est-il donc de cette vie qui doit être protégée du début à la fin? Est-elle vraiment plus importante que tout ? Si oui, que fait-on des guerres qui tuent hommes, femmes et enfants?

Il y a un double langage qui sent l’hypocrisie à plein nez. Pourquoi ces messieurs ne se font-ils pas les apôtres absolus de la non-violence, les adversaires sans compromis des guerres menées en Irak, en Afghanistan, en Palestine? Pourquoi ne sont-ils pas les alliés inconditionnels de ceux et celles qui se donnent corps et âme pour qu’il y ait une justice porteuse de vie pour tous les humains de la terre? Pourquoi ne montent-ils pas aux barricades pour dénoncer et excommunier ceux et celles qui décident et participent à ces tueries? Dans bien des cas, ils s’en font plutôt des alliés. Ce fut le cas avec les « Contras » au Nicaragua et c’est actuellement le cas avec tous les mouvements subversifs visant le renversement des gouvernements en Bolivie, au Venezuela et en Équateur.
Je préfère laisser le dernier mot à Jésus lui-même :

« " Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, après avoir négligé les points les plus graves de la Loi, la justice, la miséricorde et la bonne foi ; c'est ceci qu'il fallait pratiquer, sans négliger cela. » Mt.23, 23

Oscar Fortin, théologien
12 mars, 2009

dimanche 8 mars 2009

UN DIEU QUI INTERPELLE


Ce n’est pas d’aujourd’hui que le dieu qui « existe » tout comme celui qui « n’existe probablement pas » interpellent hommes et femmes de toute provenance et de tous les milieux. Paul de Tarse, au tout début de l’ère chrétienne, parcourant les rues d’Athènes, vit de nombreux monuments sacrés dont l’un dédié au « dieu inconnu ».

« Athéniens, je vous considère à tous égards comme des hommes presque trop religieux. Quand je parcours vos rues mon regard se porte en effet souvent sur vos monuments sacrés et j’ai découvert entre autres un autel qui portait cette inscription : « Au dieu inconnu ». (Act. 17,22-23)

Aujourd’hui, ce sont les églises et les messages laissés par chacune d’elles dans le sillage de leur foi, qui témoignent de cette religiosité. Certaines ont leurs émissions de télévision et de radio, d’autres leurs missionnaires aux coins des rues distribuant leurs dépliants. Chacune présente son dieu et ses prophètes qui en témoignent. À les entendre, leurs recettes de vie doivent apporter à toutes et tous, « bonheur » et « paix ».

À Montréal, une nouvelle religion vient de naître. Elle s’annonce actuellement sur les autobus sillonnant les rues de la Métropole. Elle informe le « monde » que « dieu n’existe probablement pas, alors cessez de vous inquiéter et profitez de la vie ». Ses prophètes ne nous disent toutefois pas d’où leur vient cette « révélation » que dieu « n’existe probablement pas » et que le chemin du bonheur et de la paix est de profiter de la vie en ne se préoccupant de rien d’autre.

Je ne sais l’effet qu’aura ce nouveau message sur les clochards, les handicapés, les malades, les personnes âgées, les chômeurs, les amours brisés, les travailleurs et travailleuses dans les hôpitaux, dans les services publics et sur tous les autres qui arrivent à peine à boucler leur budget. Si tous ces gens arrivaient, par miracle, à se libérer de leurs inquiétudes, les psychologues, les psychiatres, les psychanalystes trouveraient alors le temps long. Par contre, quant à profiter pleinement de la vie, je vois mal l’handicapé se mettre à danser dans la rue et le clochard à monter à bord d’un 747 pour aller dans les îles exotiques des Antilles. D’ailleurs ceux et celles qui on les moyens de le faire n’y trouvent pas toujours le bonheur escompté. Serait-ce que le bonheur promis ne peut être accessible qu’aux gens riches, en santé, et sans problème?

Pour que le message soit vraiment sans équivoque et rationnellement cohérent, je recommande à ses auteurs de le formuler ainsi : « Dieu n’existe probablement pas. Alors cessez probablement de vous inquiéter et profitez probablement de la vie ».

Le message de Paul de Tarse, quant à lui, serait sans doute le même aujourd’hui que celui transmis aux athéniens : « Jésus de Nazareth, ressuscité d’entre les morts, est l’homme choisi par Dieu pour juger le monde avec justice ». C’est ce même Jésus qui disait à ceux qui ne croyaient pas en lui, « croyez à tout le moins dans les œuvres que je fais » (Jn.14, 11). Que les dieux se mettent donc à l’épreuve dans les œuvres de justice, de vérité, de vie et de paix.

Oscar Fortin

Québec, le 8 mars 2009
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vendredi 6 mars 2009

LA RÉCONCILIATION (méditation de carême)


Je ne suis pas le premier à m’interroger sur cette réalité qu’est la « réconciliation ». La seule évocation du mot fait aussitôt surgir tous ces différents qui rendent les relations humaines non seulement difficiles, mais souvent vides et sans vie. Inutile de chercher le coupable puisque déjà la « raison », cette fidèle alliée qui sait toujours trouver la bonne explication, a procédé au jugement sans appel : l’autre, cet autre qui ne pense qu’à lui, qui trouve les astuces les plus diaboliques pour tricher ou tromper, qui n’a de cesse de noircir la réputation de sa victime, voilà le vrai coupable. Il est égoïste, fin manipulateur et habile joueur. Tout en lui n’est que calcul.

Je pense que nous avons tous assez de vécu pour avoir expérimenté ce type de cheminement, mais aussi assez de maturité pour en avoir fait une certaine autocritique. Parfois, pour un rien, des relations sont coupées entre des personnes que le destin avait pourtant voulues très proches. Parfois aussi, les choses sont beaucoup plus sérieuses, les blessures beaucoup plus profondes, les responsabilités beaucoup plus démarquées. Dans ce dernier cas, il n’est pas facile de faire renaître des relations porteuses de vérité, de vie et de grande amitié. La « raison », cette avocate que nous portons tous en chacun de nous, ne manquera pas d’arguments pour que les positions se durcissent et les exigences unilatérales de « mea culpa » deviennent une condition à tout pardon. Même dans ce dernier cas, il n’est pas évident que le pardon conduise nécessairement aux grandes retrouvailles escomptées.


À ce vécu que nous portons tous et toutes à des degrés divers s’ajoutent les connaissances que nous apporte la science de la psychologie, de la psychanalyse et de la psychiatrie. Ainsi, nous découvrons que la volonté des personnes doit parfois composer avec les interférences chimiques qui affectent directement le cerveau, rendant ainsi le niveau de responsabilité sur certains comportements beaucoup plus complexes. Que dire maintenant de tous ces conditionnements héréditaires qui échappent à la conscience tout en conditionnant les attitudes et comportements des personnes qui peuvent à leur tour blesser. Enfin, qui n’a pas expérimenté l’emprise qu’ont les préjugés, les « qu’en dira-t-on », les ressentiments, les suppositions qui déforment les perceptions et la juste appréciation des autres ? À tout cela, il faut évidemment ajouter l’image que nous nous faisons de notre « moi », ce moi dont les qualités le placent quelque peu au dessus des autres. En bout de ligne, une fois l’inventaire fait de tous ces conditionnements, la bonne volonté des personnes est rarement mise en cause dans tous ces différents qui rendent bien des relations humaines impossibles à vivre.

À y regarder de près, personne n’échappe à cette situation du conflit. Chacun et chacune seront tantôt les grand coupables, à l’origine de tous les malheurs des autres, un autre tantôt, ils seront les victimes de l’acharnement des autres. Nous sommes tous et toutes enfermés dans une bulle où nous devons partager d’être à la fois des coupables et des victimes. Je ne sais pas si c’est ce à quoi pensait l’apôtre Paul lorsqu’il écrivait aux romains: « Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde » Rm 11,32. Nous pourrions tout aussi bien remplacer le mot « désobéissance », dont parle l’apôtre Paul, par celui d’ « incompréhension » qui rend si difficile les relations humaines. Les anciens diraient, sans doute, que c’est une sorte de péché originel que personne n’a vraiment commis, mais que tous assument et doivent vivre d’une façon ou d’une autre.

Comment alors s’en sortir? Déjà nous savons que confier pareil mandat à notre petite « avocate » qu’est la raison ne ferait qu’accentuer les divisions et les incompréhensions. Par contre, le confier au cœur seul, porté par des sentiments momentanés de générosité et de compassion, risquerait de n’être qu’un feu de paille, laissant bien en place tous les ressentiments, mis en veilleuse le temps d’une rencontre chaleureuse.

Je pense que la véritable porte de sortie de cette bulle d’incompréhension se trouve d’abord et avant tout du côté d’une véritable réconciliation avec soi-même, non pas avec l’image qu’on se fait de soi-même, mais avec le « moi » qui émerge de la conscience et ne craint plus le regard de l’autre du simple fait qu’il accepte dorénavant de se voir lui-même comme il est. Si nous parvenions à nous pardonner à nous-mêmes toutes les blessures que nous avons causées à d’autres, nous retrouverions le chemin qui permet de pardonner également à tous les autres les blessures qu’ils nous ont faites. Dans notre propre pardon surgit le pardon pour les autres. N’est-ce pas là l’expression par excellence de ce commandement « aime les autres comme tu t’aimes toi-même ». Il s’agit d’une réconciliation inconditionnelle et libératrice qui naît de l’intérieur. Une réconciliation qui change notre attitude dans les relations avec les autres. Une manière nouvelle d’être.

Vue sous cet angle, la réconciliation n’est plus conditionnelle à l’attitude de l’autre, mais à sa propre attitude à son endroit et à l’endroit de l’autre. Les croyants chrétiens diront que c’est ainsi que le Christ s’est réconciliée l’humanité, en se réconciliant lui-même avec cette humanité blessée qu’il a entièrement assumée. N’a-t-il pas pris sur lui toutes nos misères pour en faire des semences de vie? « Car Dieu n’a pas envoyé son fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » Jean, 3,17.

Pensée du jour : « La vérité nous sera d’autant plus attachante que le guide nous y conduisant sera l’humilité. »


Oscar Fortin

Québec, 6 mars 2009
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dimanche 1 mars 2009

OBAMA: VOULOIR ET/OU POUVOIR

C’est d’un lit d’hôpital que j’ai suivi avec émotion l’assermentation de Barak Obama, 44ième président des États-Unis, et que j’ai écouté avec grande attention le discours qu’il a alors prononcé. Je fus particulièrement ému lorsqu’il a affirmé que le chemin le plus sûr vers le bien commun était celui des idéaux qui placent l’État de droit et les droits de l’homme au dessus de toutes les autres considérations.



« Ces idéaux éclairent toujours le monde et nous ne les abandonnerons pas par opportunisme. Donc, à tous les autres peuples et les gouvernements qui nous regardent, aujourd’hui, du plus petit village où mon père est né, sachez que l’Amérique (les États-Unis) est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme, enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité, et que nous sommes prêts à diriger, une fois de plus. »


Par ces mots, le nouveau Président indique sa volonté de tourner cette page sombre de l’histoire des États-Unis où la « politique de la sécurité nationale » a servi, trop souvent, à justifier un interventionnisme opportuniste et, plus que tout, à défier, dans nombre de cas, les droits les plus fondamentaux des peuples et des personnes. Il s’agit là d’un changement radical dans l’approche des relations des États-Unis avec le monde : ce ne sera plus par les armes, le chantage, la manipulation et le mensonge que les États-Unis s’imposera au monde, mais par la flamme vivante des idéaux, inscrits dans sa Constitution et le droit international, qu’il en deviendra un leader et un guide.

«… notre sécurité émane de la justesse de notre cause, notre force de notre exemple, des qualités tempérantes de l’humilité et de la retenue. »

Comment ne pas trouver une fraîcheur et une grande espérance dans ces propos qui rejoignent le cœur et l’esprit des personnes et des peuples de partout à travers le monde? Je pensais particulièrement à ces nombreux pays de l’Amérique latine (Bolivie, Paraguay, Brésil, Argentine, Équateur, Venezuela, Cuba entre autres) dont les peuples et les dirigeants œuvrent au service de ce « bien commun » qui vise à redonner respect et dignité à toutes les personnes sans oublier les pauvres, les marginalisés, les malades, les analphabètes… . «Toujours nous défendrons les intérêts du peuple, spécialement des plus pauvres, des étudiants, des indigènes, de la jeunesse, des agriculteurs et petits producteurs. » (Hugo Chavez, 28 février 2009)

Quel soulagement pour ces derniers de savoir qu’ils pourront compter dorénavant sur cette nouvelle Administration qui promet d’agir, non plus de manière « opportuniste » et « impériale », mais avec humilité et dans le plus grand respect du droit des peuples et des personnes!

«(…) cette crise nous rappelle que sans un œil attentif, le marché peut devenir incontrôlable et qu’une nation ne peut prospérer longtemps, si elle ne favorise que les nantis. » (OBAMA)

«(…) des considérations de justice et d'équité dicteront parfois aux responsables de l'État une sollicitude particulière pour les membres les plus faibles du corps social, moins armés pour la défense de leurs droits et de leurs intérêts légitimes. » (Jean XXIII, PAIX SUR TERRE, 41)

VOULOIR ET/OU POUVOIR

Certains, sans mettre en doute la sincérité et la volonté réelle du nouveau Président, doutent que l’environnement des multiples intérêts, menacés par ce changement de cap, ne lui laisse guère le choix. À vous d’en juger.

Noam Chomsky, linguiste, philosophe et militant politique de renom, défend l’idée qu’il n’y aura pas de changement avec Obama. Une entrevue avec Press TV.

Adolfo Perez Esquivel, Prix Nobel de la paix 1980. Lettre adressée au Président Obama.

Oscar Fortin
Québec, 1ier mars 2009
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