PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

samedi 13 mars 2010

LA DÉMOCRATIE: CELLE QUI PLAÎT À WASHINGTON

 Pour faire bénéficier les peuples de la liberté que permet la démocratie, les États-Unis et leurs alliés investissent annuellement des centaines de milliards de dollars, sacrifient la vie de milliers de leurs soldats, absorbent des dizaines de milliers de blessés sans compter les centaines de milliers de civils, femmes, enfants et hommes qui deviennent des victimes innocentes de ces guerres. Il n’est donc pas superflu de regarder de plus près cette « démocratie » pour laquelle autant de sang y est versé et autant d’argent y est investi

Dans notre Occident nous avons développé une démocratie qui trouve tout son sens dans le vote des citoyens et citoyennes qui élisent, tous les 4, 5 ou 6 ans, leurs représentants et représentantes pour diriger les destinées de l’État. À première vue nous pourrions penser que là où il y a vote, il y a démocratie et que là où il n’y a pas de vote, il n’y a pas de démocratie.

Les choses ne sont pas aussi simples. Notre Occident démocratique, pendant qu’il s’accommode parfois de gouvernements dictatoriaux comme ce fut le cas avec les nombreuses dictatures latino-américaines, il lui arrive de plus en plus souvent de s’opposer avec acharnement à certaines « démocraties » où les citoyens et citoyennes votent, pourtant, pour élire leurs dirigeants et dirigeantes. Le commun des mortels peut penser qu’il y a là une contradiction, mais qu’il s’en garde bien.

Augusto Pinochet, ce dictateur qui a renversé par la force des armes le gouvernement démocratique de Salvador Allende et s’est imposé comme Président du Chili, définissait son gouvernement comme une « démocratie autoritaire ». Tout récemment, au Honduras, le gouvernement légitimement élu a été renversé par un coup d’État militaire sous prétexte de sauver la « démocratie ». Un simulacre d’élection a consacré le nouveau président en la personne de Porfirio Lobo que félicite, sur la présente photo, la Secrétaire d’État des États-Unis, Hilary Clinton. En 2002, au Venezuela, il y a eu un coup d’État militaire qui n’aura duré que quelques heures, mais dont l’objectif était, là encore, de « sauver la démocratie ». Dans ce dernier cas ce fut le peuple qui a décidé de « sauver sa démocratie ».

Ces exemples nous obligent à repenser un peu plus notre définition de la démocratie et surtout à mieux comprendre la démocratie pour laquelle nos soldats combattent. Le vote des citoyens et citoyennes ne semblent plus être l’élément le plus important. Si c’était le cas, la majorité des conflits que nous retrouvons en Amérique Latine et ailleurs dans le monde n’existerait tout simplement pas. Alors qu’a-t-elle de particulière cette démocratie, celle à laquelle l’Occident tient tellement?

Une bonne question et pas simple à répondre. Toutefois, pour aller à l’essentiel, certaines constantes permettent d’en circonscrire les principales caractéristiques. Ces constantes se ramènent principalement à quatre.

La première est que les intérêts et la sécurité nationale des États-Unis ont primauté sur toutes les autres valeurs : la vie, les droits de la personne, le droit des peuples, la Charte des Nations Unies, le droit international, les libertés fondamentales. Ces intérêts et cette sécurité nationale sont définis par l’élite dirigeante qui se garde bien d’en faire connaître les avenants et aboutissants. Il suffit de dire, pour justifier toute intervention, qu’il s’agit de l’intérêt et de la sécurité nationale des États-Unis.

La seconde est que le bloc des pays développés, y compris le Vatican, se retrouvent en partie dans ces intérêts et cette sécurité. En ce sens, les États-Unis peuvent compter sur leurs solidarités et leurs engagements dans les conflits qu’ils provoquent là où ils le décident. Ils sont comme tricotés serrés à l’intérieur d’un même système.

La troisième est l’effort déployé, dans chaque cas, pour mettre à contribution le Conseil de sécurité des Nations Unies. Cette couverture revêt une grande importance devant la communauté internationale. Toutes les initiatives, pouvant la favoriser, seront prises, mais si elles n’aboutissent pas, ils iront tout de même de l’avant, comme ce fut le cas en Irak et dans d’autres parties du monde.

La quatrième est que ces interventions doivent se réaliser, autant faire se peut, sous des vocables qui rejoignent la grande majorité des citoyens et citoyennes qui sont autant d’électeurs et d’électrices. Pour se faire, ils comptent d’une part sur un réseau exceptionnel qui met à contribution tous les moyens de communication et d’autre part sur les meilleurs spécialistes capables de transformer le vrai en faux, le noir en blanc, et de faire ressortir qu’à travers tous ces conflits c’est la lutte pour la « démocratie », la « liberté », le « respect des droits humains ». Les adversaires deviendront des « monstres » aux ambitions illimitées et leurs actions seront autant de crimes contre l’humanité.

Ces constantes permettent de dégager certaines caractéristiques de la démocratie compatible avec les intérêts des États-Unis et avec ceux de ses alliés. Je me permets d’en relever cinq :

1. Elle doit assurer en tout temps la primauté de leur pouvoir sur celui du peuple. Advenant un conflit entre ces deux pouvoirs, celui des États-Unis et de ses alliés devra prédominer.

2. Elle doit donner à ce pouvoir toutes les apparences de la démocratie élective de sorte que le peuple puisse s’y reconnaître comme s’il s’agissait du sien et de ses propres intérêts.

3. Elle doit s’assurer que le néo-libéralisme et le capitalisme règnent en maître sur les destinées du pays.

4. Elle ne doit pas hésiter à réprimer les contestataires en les transformant en terroristes et en criminels de droit commun.

5. Elle doit s’abstenir de liens privilégiés avec ceux et celles qui remettent en question ce système de tutelle et de dépendance.

Il ne s’agit évidemment que d’un survol rapide qui permet toutefois de mieux comprendre ce pourquoi des centaines de milliards $ sont dépensés chaque année et que des centaines de milliers de personnes sont tuées.

Oscar Fortin

Québec, le 13 mars, 2010

http://humanisme.blogspot.com

vendredi 5 mars 2010

LAICICITÉ-RELIGION-ATHÉISME

Le débat sur la laïcité donne à penser qu’il s’agit d’une lutte à finir entre croyants et athées. Les thèmes les plus souvent abordés sont ceux des symboles qui affirment dans l’espace sociétaire les diverses appartenances religieuses. Ces symboles viennent heurter ceux et celles qui n’en ont rien à faire, se disant eux-mêmes non croyants. Serait-ce donc que la laïcité soit devenu le cheval de bataille des non-croyants contre ceux et celles qui se réclament d’une foi? Est-ce une lutte contre les religions ou est-ce une lutte contre la foi?

Je pense que la distinction entre religion et foi n’est pas uniquement de circonstance mais revêt, dans l’actuel débat, une importance capitale. Ici au Québec, notre histoire a été particulièrement marquée par la forme religieuse à l’intérieur de laquelle la foi de nos ancêtres s’est exprimée. Cette Église, avec son petit catéchisme, ses sacrements, sa morale et les humeurs de ses évêques et curés fait partie de l’histoire du Québec et sa présence, quoi qu’on en dise et quoi qu’on en pense, demeure incrustée dans nos valeurs culturelles. Il s’agit évidemment de l’Église catholique d’une époque remise en question tant par Vatican II que par la Révolution tranquille. Une Église qui ne saurait perdurer dans le temps comme si rien ne s’était passé. C’est dans ce contexte qu’il faut lever une confusion qui, à ne pas être clarifiée, risquerait d’entraîner le rejet du bébé avec l’eau du bain. La séparation de l’Église et de l’État dont nous débattons dans le cadre de la laïcité réfère surtout à cette Église institutionnelle dont les hiérarchies s’étaient liées aux pouvoirs politiques, judiciaires et économiques. Ils se rendaient tous de mutuels services, peu scrupuleux des alliances qui les éloignaient tous des véritables objectifs de leurs missions propres. Il n’est donc pas étonnant que l’on souhaite qu’il y ait à ce niveau séparation de cette Église et de l’État. Moi, comme croyant, je suis tout à fait d’accord avec les non croyants et les athées pour qu’il y ait cette séparation entre cette Église et l’État. Mais voilà que, dans mon esprit, la foi est quelque chose qui déborde de beaucoup l’Église institutionnelle et les cultes qui l’identifient comme religion. À ce sujet je pense que ceux et celles qui se disent chrétiens devraient se poser des questions sur la foi qu’ils professent et la religion qu’ils pratiquent.

Dans une réflexion sur cette relation de la foi et de la religion je posais ces questions aux croyants qui se disent « pratiquants ».

« Comment ne pas vous soumettre à un sérieux examen de conscience sur les véritables motifs qui alimentent la foi que vous confessez, la religion que vous défendez et les engagements que vous prenez? Êtes-vous les marionnettes d’une culture religieuse marquée par la moralité d’une époque ou plutôt les prophètes qui font tomber les masques de l’hypocrisie, de la manipulation et du mensonge pour mettre en évidence l’avènement de l’homme nouveau? Êtes-vous plus préoccupés par les attitudes humaines à prendre face à l’isolement et au rejet des laissés pour compte de la société humaine que par la moralité de certains comportements liés le plus souvent à des valeurs culturelles d’une époque ou d’une civilisation? Êtes-vous les apôtres de la foi qui sauve ou de la religion qui asphyxie? »

Par ces questions apparaît clairement que la foi ne peut être d’aucune façon détachée de la société dans laquelle vit le croyant ou la croyante. Au contraire, elle en est une inspiration qui rejoint inévitablement tous ceux et toutes celles, croyants ou pas, qui œuvrent dans le même sens. Lorsque je me retrouve sur des sites où l’information alternative permet de dissiper les écrans de fumée qui cachent la réalité, de lever les masques de ceux et celles qui s’évertuent à tromper, de questionner les religions et leurs fonctions dans la société, qui forcent la reconnaissance et la mise en valeur des personnes et des peuples, je ne me sens pas étranger, tout croyant que je suis, et loin de là.

Je crois que ce qui doit assurer la qualité des relations entre croyants et non croyants est cette option fondamentale de vie au service de ces valeurs en quête desquelles chemine toujours notre humanité. Un jour, dans un effort de faire ressortir le sens sacré de certaines de ces valeurs, dites profanes, j’ai voulu en faire des « sacrements de la vie ».

« Il y a le sacrement de la JUSTICE qui reconnaît que les richesses de la terre doivent être utilisées au bénéfice de l’ensemble de l’humanité, assurant les conditions de vie décente, l’éducation, les soins de santé, la paix pour tous et qui agit à travers hommes et femmes pour qu’il en soit ainsi. Il y a le sacrement de la VÉRITÉ qui soutient et encourage ceux et celles qui lèvent les voiles sur les hypocrisies, les mensonges, les manipulations pour laisser apparaître la transparence. Il y a le sacrement de l’HUMILITÉ qui rend possible des relations humaines qui valorisent et font grandir ses semblables tout en donnant la force de reconnaître ses erreurs. Il y a le sacrement de la MISÉRICORDE qui permet de faire revivre des relations blessées en pardonnant et en ouvrant à la réconciliation. Il y a le sacrement de la SOLIDARITÉ qui rapproche les personnes les unes des autres et qui permet d’être avec les plus délaissés. Il y a le sacrement de la FOI qui permet de reconnaître les lois fondamentales de la nature et le devoir de se mettre au service des valeurs humaines et spirituelles de chaque personne et de chaque peuple. Il y a enfin le sacrement de l’AMOUR qui unit les humains dans une relation qui les transforme en une communauté vivante et fraternelle. »

Je pense que croyants et non croyants ont à partager un terrain fertile pour donner suite à leurs rêves tout en travaillant main dans la main pour que ces rêves deviennent réalité. Nous sommes tous quelque part un peu croyants : certains en l’existence d’un Dieu, les autres en son non-existence. Dans les deux cas il faut croire qu’il en est ainsi. Par contre le monde qui nous interpelle attend de nous tous que nous nous engagions. C’est là le terrain qui met à l’épreuve la foi que nous professons.


Oscar Fortin

Québec, le 5 mars 2010

http://humanisme.blogspot.com