PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

jeudi 20 mai 2010

ÉGLISE QUE FAIS-TU DE TES PROPHÈTES?

De tous les problèmes qui assaillent actuellement le monde (guerres, famines, crises économiques, chômages, environnement, corruption, désinformation, immigration etc.), ceux qui mobilisent le plus et de façon concertée les autorités hiérarchiques de l’Église catholique sont l’homosexualité et l’avortement.

Lors de son passage tout récent au Portugal, le 13 mai dernier à l’occasion des célébrations des apparitions de la Vierge à Fatima, Benoît XVI a dénoncé avec vigueur l’homosexualité et l’avortement qu’il considère comme faisant partie « des défis les plus insidieux et les plus dangereux » que le monde ait à relever.

« Les initiatives qui ont pour but de sauvegarder les valeurs essentielles et premières de la vie, dès sa conception, et de la famille, fondée sur le mariage indissoluble entre un homme et une femme, aident à répondre à certains des défis les plus insidieux et les plus dangereux qui, aujourd’hui, s’opposent au bien commun. »

Au même moment, au Canada, le cardinal Ouellet s’est joint au mouvement « pro-vie » qui se définit essentiellement contre l’avortement. Il s’est permis quelques déclarations chocs qui n’ont pas manqué de soulever la colère de nombreux intervenants et intervenantes qui ne partagent vraiment pas son approche. La Conférence des Évêques du Québec a senti le besoin de prendre quelque peu ses distances par rapport aux déclarations du cardinal et a invité la population à poursuivre ce débat avec plus de calme.

MAIS POURQUOI CE DÉBAT À CE MOMENT-CI?

Est-ce vraiment ce que le monde attend de ceux qui ont la responsabilité d’actualiser pour les temps que nous vivons le message évangélique? Si certains courants de pensée, fondamentalement intégristes et internes à l’Institution ecclésiale, y trouvent leur profit, d’autres, par contre, encore plus nombreux croient que l’Église institutionnelle doit d’abord se repenser dans son organisation, dans son culte, dans sa mission. Selon ces derniers, l’Église vit dans le cadre d’une organisation qui est restée accrochée à des modèles anciens et dépassés. Elle doit se repenser dans le cadre d’une plus grande participation démocratique des croyants et croyantes, assumant ainsi les valeurs de la modernité qui ouvrent à plus de vérité et de solidarité. Elle doit se refondre dans le monde des humbles et témoigner de l’espérance évangélique par des engagements qui ouvrent la voie à plus de justice, à plus de vérité, à plus de compassion.

Un survol rapide des sites religieux et humanistes qu’internet met à la disposition de toute personne de bonne volonté permet de réaliser que de nombreux théologiens, croyants et croyantes de toute provenance, soulèvent plusieurs questions et demandent des réformes en profondeur de l’Institution ecclésiale (organisation, ministères, culte et mission) pour témoigner de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui. En Europe, le théologien Hans Kung, suivi de nombreux autres théologiens, réclame un nouveau concile. Le site « Culture et Foi » dont les principaux artisans sont du Québec diffuse de nombreuses réflexions qui vont dans le sens d’une réforme en profondeur de l’Église institutionnelle. En Amérique latine, des prêtres, des croyants et croyantes réclament que l’Institution ecclésiale se fasse plus solidaire des pauvres et que ses engagements en soient le reflet. Des voix prophétiques se font entendre mais, malheureusement, n’ont pas toujours l’écoute des principaux concernés. Bien souvent elles sont mises au silence par des mesures disciplinaires ou, encore, en s’assure que leur voix ne résonne au sein du temple ou qu’elle ne soit relayée par les médias officiels. Pourtant l’apôtre Paul n’a-t-il pas dit que l’Église s’édifiait sur deux colonnes : celle des prophètes et celle des apôtres?

« Vous êtes intégrés dans la construction dont les fondations sont les apôtres et les prophètes, et la pierre d'angle Jésus-Christ lui-même. 21 C'est lui qui assure la solidité de toute la construction et la fait s'élever pour former un temple saint consacré au Seigneur. » (Ép. 2,20-21)

Quelle place l’Institution ecclésiale réserve-t-elle à ses prophètes qui l’interpellent de la même manière que le faisaient les prophètes de l’Ancien testament et Jésus lui-même à l’endroit des grands-prêtres? N’a-t-elle pas tendance à s’approprier, ex cathedra, tous les dons de l’Esprit, y compris celui de prophétie, et d’en être, selon sa volonté, l’unique dispensatrice à travers ses rites et ses cultes? Ce n’est pourtant pas ce que nous en dit l’apôtre Paul dans sa première lettre aux Corinthiens lorsqu’il nous parle de l’action de l’Esprit dans l’Église, Corps du Christ.

«A l'un, c'est un discours de sagesse qui est donné par l'Esprit ; à tel autre un discours de science, selon le même Esprit ; A chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun; à un autre la foi, dans le même Esprit ; à tel autre les dons de guérisons, dans l'unique Esprit; à tel autre la puissance d'opérer des miracles ; à tel autre la prophétie ; à tel autre le discernement des esprits ; à un autre les diversités de langues, à tel autre le don de les interpréter. Mais tout cela, c'est l'unique et même Esprit qui l'opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l'entend. » (1Cor.12, 7-11)

Nous sommes loin de la pensée unique et du messager unique. Cette Église, qu’est ce Corps vivant dont le Christ ressuscité est la TÊTE et son ESPRIT l’âme, déborde de beaucoup l’Institution ecclésiale à l’intérieure de laquelle les autorités hiérarchiques actuelles essaient de la contenir. Il est intéressant de noter, dans ce passage de la lettre de Paul, que la foi est un don parmi beaucoup d’autres et qu’il n’est pas, à lui seul, la source de tous les autres dons. De nombreux non croyants et non-croyantes font entendre au profit de l’humanité un discours de sagesse, d’autres un discours de science. Croire en l’Église c’est reconnaître ces multiples manifestations de l’Esprit et en être solidaires. L’Église est beaucoup plus que l’Institution ecclésiale et le Vatican est loin d’en être la seule représentation visible. L’Église, celle dont nous parle Paul, est cette communauté de vie de toutes ces personnes de bonne volonté qui, unies par le même Esprit, œuvrent pour le bien commun de tous et de toutes.

Peut-on croire, que l’Église institutionnelle, pour éviter d’aborder de front ses propres problèmes, choisisse de s’attaquer plutôt à des questions comme celles de l’homosexualité et de l’avortement? Si tel était le cas, il est fort à parier que cette approche se retournera vite contre elle, non pas pour les valeurs véhiculées, comme celles de la vie, de l’amour, de la vérité, mais en raison de son double langage. Pendant qu’elle se dit pour la vie en condamnant l’avortement et les femmes qui en sont les responsables, elle bénit des armées qui partent en guerre pour sacrifier et tuer des personnes dont la nature humaine ne fait aucun doute. Pendant qu’elle se dit solidaire des pauvres, elle se fait complice des oligarchies qui les exploitent ou, encore, elle se fait l’ennemie de ceux qui se dédient à leur affranchissement. La situation des hiérarchies catholiques, en Amérique Latine, illustre à merveille cet état de fait. On se souviendra que le 28 juin dernier, le cardinal Oscar Maradiaga du Honduras, a appuyé l’intervention des militaires, soutenue et encouragée par les intérêts oligarchiques, pour sortir du pays, par la force des armes, le Président constitutionnel, trop sensible aux intérêts du peuple. Ce cas est un exemple parmi de nombreux autres. Il en va un peu de même avec les prophètes qui élèvent la voix dans le désert de la complaisance et de la suffisance pour que l’Institution ecclésiale se convertisse à l’Esprit de son fondateur et aux humbles de la terre.

En somme, l’hypocrisie, consciente ou pas, couvrant les dessous pervers de complicités et d’alliances avec des intérêts plus idéologiques qu’évangéliques, n’arrive plus à dissimuler les contradictions qu’elle porte et les manipulations qu’elle s’évertue de réaliser pour redorer son image. Elle n’a plus d’autres choix que de s’ouvrir à la voix des prophètes et au témoignage de ceux et celles qui se donnent entièrement au service des grandes valeurs évangéliques.

Il faut croire que l’Esprit demeure toujours très actif dans le monde et que les « murs » institutionnels n’entravent pas son action. De nombreux croyants et croyantes, dans l’anonymat d’une vie dépouillée et toute de service, se dévouent auprès des malades, apportent leur soutien aux plus démunis, s’élèvent contre l’hypocrisie, la cupidité, les ambitions de pouvoir de ceux et celles qui croient pouvoir mener le monde comme ils l’entendent. Certains s’engagent au prix de leur vie à dénoncer et à combattre des systèmes qui transforment la personne humaine en marchandise, la vérité en mensonge, le mensonge en vérité, le bien en mal et le mal en bien. Ils se font solidaires de ceux et celles qui souffrent. Ils accompagnent, dans le respect, ceux et celles qui cherchent.

Oscar Fortin, théologien

20 mai, 2010

jeudi 6 mai 2010

AUTORITÉ MORALE DE L'ÉGLISE: UN DOUBLE LANGAGE

Il y a toujours quelque part une goutte qui fait déborder le verre. Cette goutte sera pour plusieurs cette série de scandales à caractère sexuel commis tout autant par des prêtres et des religieux que par ceux qui les ont couverts de leur autorité. Il s’agit évidemment de quelque chose de très sérieux qui ne peut, sous aucun prétexte, faire l’objet d’un traitement de faveur. Cette goutte n’est toutefois pas la seule et n’est peut-être pas la plus importante. Je veux parler de celle du double langage qui génère par sa nature même la suspicion et la méfiance. Je vais illustrer mon propos par quelques exemples.

Le premier exemple est celui de deux prêtres, Yorio et Jalics, œuvrant en Argentine dans les années 1970. Lorsque les militaires, en 1976, s’emparent, par la force des armes, du Gouvernement, ils ont été vite repérés rapidement et identifiés comme des personnes nuisibles. Leur supérieur d’alors, le père Bergoglio, jésuite, aurait invité ces deux prêtres à « faire très attention » en raison de leur réputation de subvertir l’ordre social. Une manière, selon toute vraisemblance, de les protéger contre les militaires. Les deux prêtres en question passèrent outre à cet avertissement et retournèrent là où les appelait l’Évangile, c’est à dire dans les bidonvilles. Ils furent vite arrêtés et mis en prison. Ils y restèrent plusieurs mois.

Yorio, après sa libération, se rendit à Rome où le jésuite colombien Candido Gavina, très bien informé, lui apprit, de source autorisée (l’ambassadeur argentin près le Saint-Siège) que les forces armées avaient arrêté ces deux religieux suite à la plainte de leurs supérieurs religieux qui les présentaient comme des guérilleros. L’Ambassadeur argentin confirma même cette information par écrit.

Quant à Jalics, il se réfugia par la suite aux Etats Unis. Bergoglio, son supérieur, s’opposa à son retour en Argentine ! Ce dernier le fit savoir aux évêques argentins susceptibles d’accueillir le religieux dans leur diocèse. Qui plus est, il alla même jusqu’à conseiller à Anselmo Orcoyen, le directeur national du culte catholique, de refuser la demande de passeport avancée par Jalics ! Un document existe à cet égard.

Ce père Bergoglio est devenu par la suite évêque puis cardinal. Lors du dernier conclave on parlait de lui comme d’un futur pape. Il se défend, toutefois, en disant que ces méchantes affirmations visent à le discréditer comme papabile. En fait, quelle que soit l’intention ce sont les faits qui parlent. Et très clairement. Dans une biographie très documenté du cardinal, avec des preuves à l’appui, Horacio Verbitsky en a établi la véracité.

Nous savons que les militaires qui dirigèrent l’Argentine durant toutes ces années sont actuellement en prison dont certains font toujours l’objet d’accusations graves. Par contre de nombreux collaborateurs sont toujours libres comme l’air.

« L'ancien dictateur, qui instaura en 1976 un régime tenu pour responsable de la mort ou la disparition de 30.000 personnes par les organisations des droits de l'Homme, doit aussi être jugé à partir du 20 septembre à Buenos Aires pour 33 vols présumés de bébés d'opposants. Actuellement en détention, il est aussi poursuivi pour sa participation au Plan Condor, opération mise sur pied par les dictatures d'Argentine, du Chili, du Paraguay, du Brésil, de Bolivie et d'Uruguay pour éliminer leurs opposants dans les années 1970. »

Ce visage d’une Église, alliée discrète, mais efficace, des régimes répressifs et  oligarchiques de l’Amérique latine des 70 dernières années a trouvé, avec l’élection de Jean-Paul II, en 1978, un allié de premier ordre. Ce dernier n’a pas tardé à condamner la théologie de libération et à mettre au pas les prêtres et les chrétiens qui s’en inspiraient. Reagan n’a pas eu à lui tordre les bras pour s’en faire un allié indéfectible dans sa lutte contre le Gouvernement sandiniste auquel participaient trois prêtres. D’ailleurs le financement des Contras, cette force de mercenaires au service de l’administration Reagan, demeure toujours un mystère à moitié déchiffré. Plusieurs se souviendront également de sa visite au Chili où il eut l’occasion d’exprimer certains égards à l’endroit du dictateur Augusto Pinochet et de se garder de condamner la répression sanglante ayant causé la mort, la torture et l’emprisonnement de milliers de personnes. Lors de sa visite au Salvador, il est allé se recueillir sur la tombe de Mgr Romero, cette évêque assassiné au moment où il célébrait l’eucharistie. Il n’a pas été ému outre mesure et ses commentaires ont été plein de retenu. Il ne fallait surtout pas le donner en exemple. Si cet assassinat eut été réalisé en Pologne, il aurait vite été dénoncé et l’évêque martyr aurait été consacré par les honneurs de la canonisation. Même, après 30 ans, ces honneurs ne semblent pas être pour bientôt. Son exemple n’est toujours pas de nature à aider la « cause ».

Le cas tout récent, au Honduras, du cardinal Rodriguz Maradiaga qui s’est allié aux putschistes pour déloger, le 28 juin dernier, le président légitimement élu, Manuel Zelaya, et l’expédier, manu militari, hors du pays ne fait que prolonger cette longue tradition d’une autorité ecclésiale qui parle des pauvres sans en être et qui s’allie aux oligarchies avec lesquelles elle s’accommode bien. Ce cardinal, un autre que les observateurs considéraient comme successeur potentiel de J.P.II, s’est bien gardé de dénoncer la tricherie d’une fausse lettre de démission, fabriquée de toute pièce par les instigateurs de ce coup d'État militaire, de condamner avec vigueur la violence, la répression et les assassinats à l'endroit des opposants à ce coup d’État militaire. Dites-moi : quelle crédibilité peut avoir cet homme pour parler de démocratie, de liberté, de justice, de vérité et de respect de la personne humaine ? Comment peut-il parler de Jésus de Nazareth et des Évangiles sans trahir l’un et l’autre ? Ce n’est certainement pas son titre qui fait la différence.

Je termine en me référant au cardinal Marc Ouellet, de Québec, que je viens d’écouter à l’émission de « Mongrain en parle » sur LCN. Il était interrogé en relation au contenu d’une conférence donnée récemment à des médecins catholiques. Il avait été question, entre autres, d’avortement et d’euthanasie. Il a évidemment rappelé que la doctrine de l’Église est une doctrine de vie et qu’elle est sacrée, personne n’ayant le droit d’y porter atteinte. Il a donc été question de femmes enceintes qui décident de se faire avorter et de personnes mourantes voulant écourter leurs souffrances. Dans ses commentaires et réflexions, deux points ont particulièrement retenus mon attention : d’abord un langage « de bonne conscience » qui ne vise pas directement la mort, mais qui en accepte le fait, et en second lieu un silence complet sur les guerres et les famines qui tuent par millions des personnes humaines sans qu’il y ait des campagnes, lancées par l’Église, pour en dénoncer les calamités ainsi que ceux qui les rendent possibles. Il est vrai que l’animateur ne l’a pas interpellé sur ces réalités. À ce que je sache, l’Église canadienne, dont il est le primat, soutient la guerre en Afghanistan et consent par le fait même à ce qu’il y ait des vies humaines qui soient supprimées par les armes de nos soldats. Ces vies sont toutes aussi sacrées que celles de l’embryon dans le sein de la mère ou du mourant qui veut accélérer sa fin.

Dans le cas de l’euthanasie, il a soutenu le fait que s’il n’est pas possible moralement de donner la mort à un patient, il est toutefois possible d’en soulager la souffrance, même si la médication aura pour effet d’en écourter la vie. Ce genre de langage peut devenir une passerelle permettant de couvrir à peu près n’importe quoi. Il y a là comme une hypocrisie. C’est comme jouer avec les mots pour donner bonne conscience.

Je pense que le discours de l’Eglise doit porter sur le développement des meilleures conditions favorisant l’épanouissement de la vie pour tous et toutes. En ce sens elle ne peut, d’une main, bénir les armées dont la mission est de tuer et, de l’autre, condamner les femmes qui se font avorter. Elle ne peut se complaire avec les puissances qui dépouillent les deux tiers de l’humanité par des politiques et des systèmes économiques injustes et en même temps prêcher la solidarité avec ces déshérités de la terre. Dans les deux cas, elle doit avoir un discours qui se tienne et un engagement cohérent avec ce dernier.

Oscar Fortin

Québec, le 6 mai 2010