PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

jeudi 30 décembre 2010

HAÏTI

COMMENT REPRENDRE LE CONTRÔLE D’UN SCRUTIN


L'hypocrisie qui se transforme en vertu
Les résultats au premier tour du scrutin pour les présidentielles en Haïti n’ont pas été à la satisfaction d’un certain nombre de pays dont les États-Unis. Quant aux candidats perdants et à leur partisans, il était prévisible qu’ils ne soient pas très heureux d’être mis à l’écart du second tour. Personne n’aime perdre. Les manifestations qui ont suivi, sans doute provoquées par l’insatisfaction interne et possiblement encouragées par certains intérêts internationaux, ont bien servi la volonté des États-Unis de reprendre le contrôle de ces élections pour les ajuster à ses attentes. Il ne faut pas oublier qu'il y a toujours un 11 milliards de dollars qui attendent pour venir en aide au peuple Haïtien et que l'action des pays émergents de l'Amérique latine peut faire basculer Haïti dans leur camp.

Le scénario utilisé est de toute beauté. D’abord, il faut prendre en compte que le Brésil et plusieurs pays de l’Amérique du Sud ainsi que l’ONU avaient plutôt favorisé le respect de ces résultats que les observateurs internationaux avaient validés. Les manifestations locales, dans bien des cas amplifiées et mises en évidence dans la presse internationale ont donné prétexte au Canada pour retirer son ambassadeur. Mme Clinton a profité de l’occasion pour se réunir avec ses collègues d’Ottawa et du Mexique pour mettre au point une stratégie d’intervention et faire savoir au peuple et au gouvernement d’Haïti qu’il leur appartenait de prendre leurs responsabilités, que la « communauté internationale » ne pouvant tout faire. Rien en tout cela qui puisse avoir une quelconque parenté avec l’interventionnisme.

La table est donc mise pour qu’entre en action l’Organisation des États américains (OEA), organisme multilatéral régional des plus objectifs et hors de tout soupçon d’influences indues (comme il nous l’a démontré dans le traitement du coup d’état militaire au Honduras en 2009), pour qu’il demande au gouvernement et au Conseil électoral national haïtiens de retarder la publication des résultats du recomptage effectué par ces derniers. Il faut croire que ce recomptage ne changeait pas la « donne » des premiers résultats et était, par le fait même, suspect. Selon toute vraisemblance, le gouvernement Haïtien aurait alors demandé à l’OEA de procéder elle-même à un nouveau recomptage. À cette fin, trois pays ont été choisis pour procéder à ce recomptage. Par pur hasard et n’allez pas y voir quelque influence que ce soit, il s’agit des États-Unis, du Canada et d’un pays non membre de l’OEA, la France. Aucun pays de l’Amérique latine et des Caraïbes n’a été retenu, pourtant largement majoritaire en nombre dans l’OEA. Il faut croire que le destin arrange bien les choses et que de toute manière ces derniers n’auraient fait que d’ajouter aux problèmes déjà existants. Tout le monde conviendra qu'il est plus facile de s'entendre entre gens de la "même école de pensée".

Alors nous voilà donc dans la situation où les bulletins de vote sont remis entre les mains de ceux qui ne trouvaient pas leur compte dans les premiers résultats. Je vous assure que les résultats qui vont suivre seront, cette fois, les bons et surtout, ils seront conformes aux attentes de la « communauté internationale », comme ils ont l’habitude de s’appeler. La presse sur laquelle ils ont bon contrôle aura vite fait de valider leurs conclusions et de mettre en évidence l’apport inestimable de l’OEA à la démocratie en Haïti. Le peuple Haïtien ne pourra que se réjouir, à moins qu'il ne sache où se trouve vraiment son intérêt, que de tels résultats soient le reflet de la volonté de ses voisins du nord.

Oscar Fortin

Québec, le 30 décembre 2010
 
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mercredi 22 décembre 2010

UNE PENSÉE POUR NOËL ET LA VIE

AIMER

Je dédie cette pensée de façon toute particulière à deux femmes extraordinaires dont la vie entière témoigne de cet amour. La première s’appelle Hélène David de Jésus, nom qu’elle a fait inscrire dans les registres civils en remplacement d’Allens, nom orignal de sa famille. Sa vie mystique a les profondeurs du mystère de sa vie terrestre. Depuis 78 ans elle vit dans l’attente de tout sans y perdre son éternel sourire. La seconde, Thérèse, une bénévole auprès des personnes handicapées de la région d’Ottawa et active dans les activités sociales de son milieu, lutte actuellement contre un cancer agressif des poumons qui la place à la frontière de la vie et de la mort. Sa foi est grande et son combat intense. Sur la photo elle célébrait les 77 ans d'Hélène.




Pour aimer, il faut un cœur de pauvre.
Pour recevoir et donner,
Il faut aimer.

Si ton regard est suffisant,
ton comportement hautain,
ton jugement sans appel;

Si tu ne peux reconnaître en l'autre
Ce qu'il y a de bon,
D'aimable;

Si tu ne parviens plus à trouver l'excuse,
À comprendre la misère,
À respecter le mystère;

Si tu es seul à tout savoir,
À tout comprendre,
À tout souffrir;

Alors, c'est que ton cœur
N'a pas encore trouvé la pauvreté
Qui rend capable d'aimer.

Pour aimer, il faut un cœur de pauvre.
Pour recevoir et donner,
Il faut aimer.

Si ta présence élève plus qu'elle n’écrase,
Si ton jugement reconnaît plus qu'il ne nie,
Si l'autre devient plus vie que mort;

Si tu es capable de recevoir la critique
Sans voir le complot,
Sans te sentir diminué;

Si tu es capable de tirer plaisir
De la réussite et du succès de l'autre
Sans te mettre en cause;

Si tu parviens à toucher ta grandeur et ta misère,
À goûter les splendeurs du mystère,
À vivre à cœur ouvert;

Si tu parviens à saisir
Que l'humilité, la Vérité et la solidarité
Ne font qu'un

Alors, c'est que ton cœur peut aimer.



Oscar Fortin

Québec, le 25 décembre 2010

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dimanche 19 décembre 2010

JÉSUS DE NAZARETH

UN RETOUR QUI DÉRANGE

Il n'y a pas encore si longtemps, la foi et la religion catholiques se résumaient aux sacrements de l’Église, aux Commandements de Dieu, aux dogmes formulés tout au long des deux millénaires qui séparent le Jésus de l’histoire de cette Église que nous connaissons aujourd’hui. Le petit catéchisme était la Bible de nos connaissances et de notre foi. Les Évangiles n’étaient accessibles que dans leur version latine de sorte que peu pouvaient y accéder. Nous avions évidemment quelques notions de ce Jésus qui était descendu d’auprès de son Père afin de prendre sur lui les péchés du monde en se laissant crucifier sur une croix pour ensuite ressusciter et monter auprès de son Père jusqu’à son retour en vue de réaliser l’avènement d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle. Entre temps les croyants et croyantes se devaient d’observer les enseignements de l’Église, d’être fidèles à la célébration des sacrements, de reconnaître dans le pape, les évêques et les prêtres les représentants directs de Dieu sur terre. Ainsi, le temps venu, ils auront droit aux bienfaits du Royaume de Dieu.

Aujourd’hui, cette vision de la foi et de l’Église éclate de tout bord et de tout côté. D’abord, le monde ne vit plus dans un isoloir, mais sur la place publique d’un grand village qui regroupe tous les Continents. En second lieu, le développement des connaissances font s’évaporer bien des certitudes qui n’avaient de fondements que des croyances plus près du mythe que de l’histoire. En troisième lieu la relecture des Évangiles, éclairée par les connaissances modernes de l’exégèse, nous révèlent tout à la fois un Jésus profondément engagé dans l’histoire humaine et un monde toujours plus dominé par des forces qui en évacuent tout ce qu’il y en a d’humain. En quatrième lieu, la nature des conflits qui divisent les peuples, les nations et les personnes mettent davantage en évidence les véritables intérêts des belligérants ainsi que les effets dévastateurs de leurs actions sur l’ensemble de l’humanité. Dans ce monde, il y a d’une part des forces impériales qui dominent, par leurs armements, leur richesse et leurs influences, l’ensemble des États de la terre et une grande partie des églises et des religions. D’autre part, il y a également cette réalité, encore plus frappante aujourd’hui que ce ne l’était hier, plus des deux tiers de l’humanité vivent dans la misère et élèvent la voix pour réclamer justice, vérité, respect, solidarité, compassion.

Ce panorama, à l’échelle de la planète, a quelque chose de semblable, cette fois, à l’échelle de l’Empire romain, à celui qui existait au temps de Jésus. Tibère, le grand Empereur romain régnait sur toutes les régions accessibles à l’étendu de son pouvoir. Le monde d’alors vivait sous le règne de l’empereur Tibère. Les problèmes humains et sociaux directement générés par cet empire étaient, pour ainsi dire, à leur échelle, ceux que nous connaissons aujourd’hui. L’Empereur d’alors pouvait compter sur les pouvoirs religieux, comme c’est le cas aujourd’hui, pour garder les peuples dans ses bonnes dispositions tout en se couvrant de leurs richesses. Dans les écrits anciens on personnifiait l’esprit de cet empire comme appartenant au Règne de Mammon, dont le nom renvoie à richesse, argent, bénéfice, cupidité etc. En somme, un monde sous le « règne de la cupidité ».

L’arrivée de Jésus de Nazareth s’inscrit donc dans l’histoire de cet empire dominé par MAMMON. Par ses actions, ses paraboles, son enseignement il présente une alternative à ce type d’empire qui s’impose au monde par la richesse, la force des armes, le mensonge, l’exploitation et la corruption. C’est alors qu’il parle d’un nouvel empire, d’un autre royaume, celui-là, non plus dominé par le règne de Mammon, mais par celui de Dieu. Dans ce contexte Dieu est tout à l’opposé de Mammon. Il représente et signifie tout ce qu’il y a de bon, de vrai, de juste, d’humain. Sans en changer vraiment le sens, nous pourrions parler de la confrontation du règne de la « cupidité » avec celui de la « solidarité ». Jésus de Nazareth se fait le témoin par excellence de la « solidarité » auprès des pauvres, des pécheurs, des persécutés pour la justice et également auprès de toutes les personnes de bonne volonté. Il se dissocie par contre et avec la même vigueur des hypocrites, des menteurs, de tous ceux qui mettent sur le dos des autres des fardeaux qu’ils ne peuvent eux-mêmes portés.

Sa venue, il y a deux mille ans, a secoué les colonnes des temples, bâtis de mains d’hommes, et a donné un souffle d’espérance à cette partie de l’humanité toujours à la recherche de paix, de justice, de vérité, de solidarité et de compassion. Les autorités et les puissances d'alors ne se sentent pas à l’aise avec ses paraboles sur les ouvriers de la dernière heure, sur le bon samaritain, sur le père de l’enfant prodigue, sur Lazare. Ils sont inquiétés par ses attitudes à l’endroit de la samaritaine, par celles à l'endroit de la prostituée et des pécheurs. Ils sont scandalisés par ses propos béatifiant les persécutés pour la justice, par ceux exigeant que les plus grands se fassent les plus petits et que les maîtres se transforment en serviteur, ou encore par son discours fleuve sur l'hypocrisie des pharisiens et des docteurs de la loi. Ils sont finalement complètement déstabilisés par l’annonce du règne de Dieu qui est déjà là et qui croîtra inexorablement, comme une semence mise en terre. À la manière d’un véritable rouleau compresseur ce règne de Dieu se substituera aux empires de la cupidité et du mensonge en instaurant un règne de solidarité, de justice, de compassion et de vérité.

Moins de trois ans de vie publique auront suffi pour que les pouvoirs en place, tant religieux que politiques et économiques, se rendent compte que ce Jésus de Nazareth devait être éliminé au plus vite. Sa présence , ses attitudes et son enseignement devenaient des plus dérangeants, mettant en cause l'ordre établi sur le pouvoir de l'argent et des armes. Il fallait qu'il disparaisse. 
Deux mille ans se sont écoulés depuis ce passage de Jésus dans le temps et pourtant le monde, avec ses conflits et ses contradictions, ne cesse de nous interpeller. Serait-ce par une sorte de miracle de l’histoire que la figure de ce Jésus reprenne une place prédominante dans la conscience de millions de personnes qui œuvrent toujours, souvent au risque de leur vie, pour un monde de solidarité, de justice et de vérité? N'est-il pas de nouveau l'inspiration et le soutien de ces millionz de militants et militantes qui oeuvrent toujours pour un monde nouveau, pour une humanité nouvelle? N’est-ce pas lui qui revient pour dénoncer l’hypocrisie et la cupidité des puissants et rappeler à ceux et celles qui ont pour mission d’annoncer aux pauvres la Bonne nouvelle du règne de Dieu qu'ils n’y arriveront jamais en étant, tout à la fois, complaisants et complices de ces puissances de domination? Personne, nous a-t-il dit,  ne peut servir Mammon et Dieu à la fois. Inévitablement, il aimera l’un et détestera l’autre.

Ces réflecteurs qui se posent acutellement sur ce monde du secret et des intrigues ne sont-ils pas un signe des temps annoncé par Jésus lui-même:

« Rien de secret qui n’apparaîtra au jour, rien de caché qui ne doive être connu et venir au grand jour. » (Mt. 8, 17)

Je ne saurais terminer cette réflexion sans référer le lecteur et la lectrice à cet excellent article du théologien José Antonio Pagola sur l’ « alternative » que représente Jésus de Nazareth pour l'humanité toute entière. Cet article est pour l'instant en espagnol.


Oscar Fortin

Québec, 19 décembre 2010

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samedi 18 décembre 2010

LES INTERVENTIONNISTES

DES EMMERDEURS OU DES COOPÉRANTS ?

Il y a à peine une semaine, la Secrétaire d’État des États-Unis avec ses collègues du Canada et du Mexique invitaient les Haïtiens à se prendre en main et à solutionner eux-mêmes leurs problèmes, prenant pour prétexte que la « communauté internationale » (parlant d’eux-mêmes) ne pouvait pas tout faire. Pas un instant leur est venu à l’esprit que le peuple haïtien se porterait sans doute beaucoup mieux si leurs relations avec ce pays avaient été moins interventionnistes et plus coopératives. Depuis la mise à la porte du Président Aristide par les GI, ils n’ont pas cessé d’en contrôler la gouvernance.

Plus au sud, le Venezuela et la Colombie vivent depuis plusieurs semaines de véritables désastres causés par des pluies comme jamais ils n'en avaient eues. En Colombie comme au Venezuela il y a des morts, de nombreux affaissements de terrains, des dizaines de milliers de familles qui doivent être hébergées dans des zones plus sécuritaires. Dans les deux pays c’est l’état d’urgence et les gouvernements doivent faire vite pour faire face à la situation.

En Colombie, le Président Juan Manuel Santos a décrété l’état d’urgence économique, social, écologique, mesure qui lui permettra de légiférer pour une période de 90 jours, l'autorisant à prendre des crédits internationaux et à utiliser des ressources budgétaires sans l’approbation du Congrès. Tout cela s’est fait sans que personne quelque part dans le monde s’en scandalise et pour cause.

Au Venezuela, le Président Chavez a demandé à l’Assemblée nationale de voter une loi, la Loi habilitante, qui lui donnera les pouvoirs nécessaires pour affronter l’état de crise que vivent des centaines de milliers de personnes. Cette disposition est prévue dans la Constitution et ne peut être décrétée unilatéralement par le Président comme c'est le cas en Colombie.  Elle doit être débattue et votée par l’A.N. Ce fut fait jeudi dernier avecl'appui de 157 voix, amplement suffisant pour être validée au premier tour. Vendredi, le 17 décembre, le Président l’a sanctionnée. Dans les circonstances, il n’y avait vraiment rien pour scandaliser qui que ce soit.

Mais voilà que la Secrétariat d’État à Washington, plus préoccupée d’ « emmerder » que de « coopérer », a eu le temps de donner une conférence de presse pour dénoncer cette « loi habilitante » qui donne au Président Chavez les pouvoirs nécessaires pour accélérer les mesures à prendre pour venir en aide aux populations affectées par ces pluies torrentielles. Voilà que soudain, ce qui avait été interprété comme tout à fait naturel pour la Colombie devient, pour le Venezuela, matière à une campagne internationale de dénigrement contre le Président Chavez.

Cet acharnement contre le Venezuela et le Président Chavez n’a d’autre fondements que ces intérêts oligarchiques et impériaux qui ne peuvent se résigner à ce qu’un peuple s’affirme et assume son propre destin. Chavez est, à ce jour, celui qui représente le mieux la grande majorité des Vénézuéliens et c’est pour cette raison qu’ils votent pour lui et l’appuient dans ses initiatives. Cette démocratie sur laquelle l’empire et les oligarchies n’ont pas de prise est un véritable poison qui tue le simulacre de démocratie dont ils se font hypocritement les apôtres.

Dans les nouvelles de ce matin, on apprend que Chavez se trouve de nouveau confronté à une nouvelle vague de tueurs à gage, plus nombreux que les vagues antérieures, dont l’objectif premier est de le tuer. Il a rassuré les siens en disant que ces menaces n’allaient pas l’enfermer dans une tour d’ivoire, mais qu’il allait plutôt et avec encore plus d’énergie se consacrer au service de son peuple et ,en ces temps particuliers, au service des plus affectés par ces pluies torrentielles.

Je pense que Chavez et son peuple méritent tout notre respect et j’ose espérer que la machine à la désinformation s’évanouira vite dans les ténèbres d’où elle vient.


Oscar Fortin

Québec, le 18 décembre 2010

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vendredi 17 décembre 2010

DES TÉMOINS DE NOTRE TEMPS

Il y a de ces personnes qui sont par leur vie, leurs engagements et leurs réflexions des témoins incontournables pour comprendre un peu mieux la trame de l’histoire qu’est la nôtre. Je voudrais laisser la parole à trois de ces témoins. Tous les trois ont 80 ans passés et demeurent toujours très actifs dans les débats qui interpellent tout autant la foi que les sociétés dans leur ensemble.


José Comblin, 87 ans, est un prêtre dont l’engagement et la pensée théologique se sont développés dans la mouvance des transformations sociales et religieuses de l’Amérique latine. Il a été associé très étroitement au développement de la théologie de libération et par ses écrits et son action il a eu son influence sur les documents des Conférences épiscopales latino-américaine de Medellin (1968) et de Puebla (1979). Je me permets de vous référer à quelques textes majeurs de ce témoin de la foi dans un monde en mouvance.

http://www.nsae.fr/2009/09/04/eglise-et-pouvoir-par-jose-comblin/

http://www.culture-et-foi.com/texteliberateur/joseph_comblin.htm

http://alainet.org/active/19415&lang=eshttp://alainet.org/active/19415&lang=es



François Houtard, 85 ans, prêtre et sociologue de réputation internationale a été de bien des combats. Toujours très actif il se retrouve un peu partout en Amérique Latine et en Europe, participant à des débats, donnant des conférences et partageant la vie des gens simples qu’il côtoie. Je laisse à votre réflexion quelques conférences ou entrevues qu’il a accordées récemment.

http://www.michelcollon.info/Francois-Houtart-Debout-les-jeunes.html

http://www.culture-et-foi.com/dossiers/theologie_liberation/francois_houtart.htm

http://www.youtube.com/watch?v=nKI5U0AAfLs



Noam Chomsky, 82 ans, est sans aucun doute un des intellectuels les plus courtisés et écoutés. Tout en étant d’abord un linguiste et philosophe de grande réputation, il est surtout un homme profondément engagé dans la compréhension des luttes qui divisent le monde. Ses analyses et commentaires constituent pour plusieurs un phare qui permet de voir au-delà des horizons qui confinent nos regards.

http://www.legrandsoir.info/Chomsky-la-sauvagerie-de-l-imperialisme-etats-unien.html

http://www.monde-diplomatique.fr/2007/08/CHOMSKY/14992

http://www.legrandsoir.info/Noam-Chomsky-sur-l-etat-d-esprit-qui-regne-aux-Etats-Unis-je-n-ai-jamais-rien-vu-de-tel.html

Bonne lecture et Joyeux Noël

Oscar Fortin

Québec, 17 décembre 2010

dimanche 12 décembre 2010

NOËL: UNE BONNE ET UNE MAUVAISE NOUVELLE




La naissance de Jésus de Nazareth que les liturgies chrétiennes célèbrent en chantant « Un sauveur nous est né » est tout à la fois une bonne nouvelle pour les bergers et les mages de ce monde mais une bien mauvaise nouvelle pour tous les Hérode de la terre.

L’enveloppe culturelle à l’intérieur de laquelle on a cacheté le « mystère » ne permet plus de dissocier ceux et celles pour qui Noël est vraiment une bonne nouvelle de ceux et celles pour qui il ne peut être qu’une mauvaise nouvelle. D’ailleurs ce sont ces derniers qui, les premiers, tirent les meilleurs profits et retombés de cette fête, à la fois célébrée au pied des sapins, brillant de toutes leurs lumières, et portée par ces mélodies qui élèvent les cœurs jusqu’au plus haut des cieux. Le Noël que nous célébrons dans l’ambiance de nos sociétés de consommation n’est plus tout à fait le même que celui célébré par les bergers et les mages. Il n’est plus porteur du message des prophètes qui annonçaient le libérateur, le Messie, le sauveur des humbles de la terre.

Je termine tout juste de lire le livre d’Yves Carrier sur Mgr Romero, HISTOIRE D'UN PEUPLE, DESTINÉE D'UN HOMME. Il est évident que la conversion de ce dernier à l’Évangile et à une pastorale de libération des pauvres en a fait un symbole d’espérance pour ces derniers et immanquablement un ennemi à abattre pour les pouvoirs en place. Le jour où il a cessé d’être un personnage dans le décor des oligarchies et des pouvoirs en place (Hérode), il est devenu alors le témoin de l’avènement du règne de Dieu, porteur d’espérance et incompatible, du fait même avec les pouvoirs dominants.

La naissance de Jésus de Nazareth marque le début de la fin du règne des puissances de ce monde caractérisées par la domination des peuples et l’asservissement des humbles, par l’hypocrisie et le mensonge, par l’orgueil et la suffisance. N’allons pas croire que les guerres menées ouvertement en Afghanistan, en Palestine, pas plus que celles menées sournoisement dans divers pays de l’Amérique latine, de l’Afrique et de l’Asie, sont là pour libérer les pauvres, pour apporter la paix aux humbles, la liberté aux prisonniers, la vérité et la transparence au monde. Ces guerres visent essentiellement le renforcement des pouvoirs dominants, le contrôle des richesses, l’élimination de ceux et celles qui leur résistent. Il est évident que de tels objectifs ne sont pas dits crument comme ça au monde. Par l’intermédiaire des médias à leur disposition, ils sont enveloppés des causes les plus nobles que sont la démocratie, les droits humains, et surtout la lutte contre ces « monstres » qui appartiennent immanquablement à l’axe du mal. Ainsi ils en arrivent à se transformer en de véritables sauveurs. Leur importent peu les tortures, les assassinats, les coups d’états militaires dont ils sont les artisans. Encore là les moyens de dissimuler leurs ignominies leur permettent de les transformer à leur avantage. Il semble toutefois que l’heure de la vérité a déjà commencé à briser ce mur de la tricherie.

Le message de Noël devrait mettre à nue ces forces qui se résistent toujours à l’avènement du règne de Dieu. Il faut lamenter que le courage du prophète ne soit pas toujours au rendez-vous de ceux qui dominent actuellement l’institution ecclésiale. Ces derniers préfèrent le langage des lieux communs, une terminologie abstraite, sortie du terroir de l’histoire. Les mots « amour »-« justice »-«vérité »-« paix » deviennent, dans leur bouche, sans âme et sans contenu. Ils sont devenus des personnages d’un système qui sait leur faire jouer un rôle qui soit de nature à le renforcer et non à le démolir. Ils n’ont rien à craindre de ces puissants. Ils font partie de la famille et ils peuvent dormir tranquilles.

Noël est cette espérance que Marie a pressentie lors de sa visite à sa cousine Élisabeth :

« Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe
Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles,
Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides » (Lc. 51-53)

Si nous regardons le monde dans lequel nous vivons, celui du Québec, des États-Unis, de l’Europe, de l’Amérique latine, de l’Afrique, de l’Asie et du Moyen Orient et que nous nous demandons où sont les forces qui visent à disperser les hommes au cœur superbe, à renverser les potentats de leurs trônes et à élever les humbles, à combler de biens les affamés et à renvoyer les riches les mains vides, quelle sera notre réponse? C’est sans doute une autre manière de poser la question de savoir « à qui profite les actions qui sont entreprises » par nos gouvernements, nos oligarchies, nos forces armées et celles des puissances. Où vont nos solidarités locales, régionales, nationales et internationales?

La naissance de Jésus de Nazareth est une bonne nouvelle pour toutes les personnes de bonne volonté, pour les humbles de la terre et les artisans de justice, de vérité, seuls fondements d’une véritable paix. En tant que croyants et croyantes en ce Jésus nous assumons cette conviction et nous en témoignons selon les dons de l’Esprit. Plusieurs y ont déjà laissé leur vie, d’autres n’ont cessé de répondre aux appels de l’Histoire. Noël est la convocation de toutes les personnes de bonne volonté à oeuvrer pour un monde de justice, de vérité, de respect et de solidarité.

Joyeux Noël dans l’esprit de la promesse.

Oscar Fortin

Québec, le 12 décembre 2010

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jeudi 2 décembre 2010

JÉSUS DE NAZAREHT N'A PAS DE SUCCESSEUR



En voila une bonne, depuis le temps qu’on nous parle du Pape comme le représentant de Jésus sur la terre, en d’autres mots comme son successeur ou presque. Mais lorsque nous y regardons de près, le Pape est bel et bien le successeur de Pierre, mais cela n’en fait pas pour autant le successeur de Jésus de Nazareth.

Ce dernier est toujours là bien vivant à la tête de son Église, Corps aux multiples membres, y agissant par l’Esprit qui y distribue ses dons comme bon il l’entend. Le témoin de la volonté du Père qu’il a été, il y a plus de 2000 ans, il continue de l’être, pour les temps que sont les nôtres, à travers ceux et celles qu’il s’unit. C’est évidemment un grand mystère qui prolonge dans des sphères nouvelles de notre monde le mystère de l’Incarnation et de la Résurrection. L’Emmanuel est avec nous pour témoigner en nous et par nous de la volonté du Père sur terre. « Que ta volonté soit faite sur terre comme elle l’est dans le ciel. »

Qu’elle est-elle cette volonté? D’abord, un changement de cap fondamental par rapport à un monde fondé sur la cupidité et l’avoir, sur le pouvoir et la domination, sur la vanité et le mensonge. C’est la première leçon que nous livre la symbolique des trois tentations de Jésus au désert. Le règne de Dieu, celui que son Père veut voir rayonner jusqu’aux extrémités de la terre est fait de partage et de solidarité, de service et de justice, d’humilité et de vérité. Ce projet du Règne de Dieu est au cœur de l’Humanité depuis la création du monde, mais trouve dans la personne de Jésus de Nazareth son actualisation dans l’Histoire. Il est l’expression parfaite de la Volonté du Père et le témoin par excellence de cet « homme nouveau », premier né d’une race nouvelle. Sa liberté est totale et ne craint pas de marcher à visage découvert.

Il est l’allié inconditionnel des pauvres, des exploités, des laissés pour compte de la société. Il l’est tout autant de ceux et celles qui font de la justice, de la vérité et de la compassion les fondements incontournables et indispensables de toute société qui se veut « humaine ». Il sait se reconnaître dans ceux et celles qui luttent pour la justice, qui lèvent les voilent couvrant l’hypocrisie, le mensonge, la tromperie. Il est proche de toute personne de « bonne foi », sans distinction de couleurs, de races, de croyances. D’aucune manière il ne saurait s’allier avec ceux et celles qui conspirent pour avoir toujours plus de pouvoir pour mieux dominer et exploiter. Il met en garde contre le « père du mensonge » qui parvient à transformer, à la manière d’un magicien, le vrai en faux et le faux en vrai. Ce dernier peut faire du diable un saint et d’un saint un diable. Le livre de l’Apocalypse a une phrase qui dit bien le sort qui est réservé à tous ces gens pour qui les seuls intérêts qui comptent sont les leurs :

« Mais les lâches, les renégats, les dépravés, les assassins, les impurs, les sorciers, les idolâtres, bref, tous les hommes de mensonge, leur lot se trouve dans l'étang brûlant de feu et de soufre : c'est la seconde mort. " (Ap. 21,8)

Mais où donc est l’Église? Elle se trouve là où se trouve Jésus. Elle est donc avec ceux et celles qui luttent pour briser les chaînes de la dépendance et de l’injustice. Elle est là au cœur de l’information alternative pour décoder la désinformation et en démasquer les auteurs et en révéler la vérité. Elle est là dans les centres mères-enfants, dans toutes ces initiatives qui cherchent à donner plus de dignité et de respect aux handicapés de la vie. Elle est avec toutes ces personnes de bonne volonté qui ne demandent pas mieux que de vivre dans un monde de paix, de solidarité et de compassion. L’Église, celle qui vit de Jésus de Nazareth, est au cœur de ce monde. Eh oui, de ce monde de scandales, de mensonges, de guerres de conquêtes. Elle est là sans craindre les représailles, sans aucun compromis, dénonçant l’hypocrisie, le mensonge, les injustices de ces renégats, les invitant plutôt à se convertir. Elle est cette Bonne nouvelle pour les humbles de la terre que Jésus consacra par cette lecture qu’il fit un jour du prophète Isaïe :

« L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur.» Lc. 4,18-19)

Mais alors que fait-on du Vatican, du Pape, des cardinaux, des Nonces apostoliques, des évêques, des prêtres? Rien. Il leur appartient de rejoindre Jésus là où il est et en le rejoignant ils y découvriront toute une Église vivante, enracinée dans les Évangiles et dans le monde dans lequel nous vivons. Pour y arriver ils devront évidemment faire leur deuil d’une église triomphante et royale, prendre leur distance par rapport aux pouvoirs impériaux et oligarchiques avec lesquels ils ont établi des compromis, reprendre le bâton du pèlerin en laissant derrière eux les pouvoirs de l’État du Vatican pour trouver demeure au milieu des humbles de la terre et de ces témoins engagés. Certains pourront appeler cela une « conversion » et comme toute conversion elle ne peut être que radicale. Déjà nombreux sont ceux et celles qui ont fait cette option et qui témoignent, parfois au prix de leur vie, comme ce fut le cas de Mgr Romero et de bien d’autres. Notre foi et notre confiance ne reposent-elles pas en cette présence de ce Jésus au cœur de nos vies et du monde dans lequel nous témoignons d’une Bonne nouvelle pour toute personne de bonne volonté?

Oscar Fortin,

Québec, le 2 décembre 2010

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