PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

mercredi 28 mars 2012

LE PROPHÈTE ET LE GRAND-PRÊTRE




Serait-il possible que le Prophète et le Grand Prêtre se soient mutuellement reconnus dans la vérité d’une mission qui les dépasse, mais qui pour se réaliser doit passer par eux?

Le prophète, de par sa nature, ne réponde qu’à un maitre et dispose de toute la liberté pour dire et écrire ce que la voix de sa conscience lui dicte. Le Grand Prêtre, pour sa part, doit composer avec son environnement idéologique et ses solidarités institutionnelles. S’il prend la parole, elle aura été préalablement écrite et comme il n’écrit pas tous ses textes, d’autres le font. Ils s’assurent que l’orthodoxie est bien respectée et que les messages à passer aux interlocuteurs soient conformes aux attentes des solidarités institutionnelles.

Par le passé, le prophète n’était pas un personnage recherché  par les puissances religieuses et civiles. Il leur rabattait leur hypocrisie, leur manipulation, leur corruption de quoi les inciter à s’en débarrasser au plus vite. Nombreux sont ceux qui ont été persécutés et tués. Même Jésus, peu de temps avant qu’il connaisse un sort semblable s’en était pris en des termes non équivoques aux docteurs de la loi et aux grand-prêtres qui mettent sur les épaules des autres des fardeaux qu’ils ne peuvent porter eux-mêmes, qu’ils font penser à des sépulcres blanchis dont l’intérieur est rempli de pourriture… (Mt. 23)

Aujourd’hui le prophète n’a pas tellement changé, mais le grand-prêtre a comme raffiné l’usage des mots et les techniques du silence pour ne pas décevoir son environnement de solidarité et en même temps laisser entrevoir au prophète que son message est entendu.

À sa descente d’avion, à son arrivée à Mexico, un bout de phrase est glissé dans son texte sans trop que l’on sache ce qu’il vient y faire et qui l’a mis. S’il a parlé de marxisme c’est à Cuba qu’il fallait le faire. Au Mexique, il était plus approprié de parler de  capitalisme. Or ce petit bout de phrase, qui ne revient plus de tout le voyage, a servi à alimenter les nouvelles de nos médias occidentaux pendant quelques jours.

Parlant de ses silences, il faut mentionner qu’à aucune occasion il n’a été mentionné le capitalisme  qu’il décrit pourtant dans le tome 1 de son livre sur Jésus de Nazareth, publié en 2007, de la façon suivante :

« Face aux abus du pouvoir économique, face aux actes de cruauté d’un capitalisme qui ravale les hommes au rang de marchandise, nos yeux se sont ouverts sur les dangers que recèle la richesse, et nous comprenons de manière renouvelée ce que Jésus voulait dire quand il mettait en garde contre la richesse, contre le dieu Mammon qui détruit l’homme et qui étrangle, entre ses horribles serres de rapace, une grande partie du monde. » (p.120)

Il n’est pas possible qu’il n’ait pas eu à l’esprit ce passage de son livre, surtout que le monde est entré, depuis, dans la pire crise économique de son histoire. Le système capitalisme mondial est en chute libre et il entraine le monde avec lui. N’a-t-il pas devant lui des héros qui ont lutté pour que les choses changent et qui sont en mesure de comprendre sa grande désillusion ? Non, pas un mot.

Avec Benoît XVI,  les phrases et les mots utilisés peuvent toujours être pris dans deux ou trois sens, laissant ainsi aux journalistes de propagande et de désinformation de les utiliser comme bon leur semble.

Dans le même ouvrage, cité plus haut, Benoît XVI parle aussi de l’aliénation et de la description qu’en a donnée K, Marx. Même si plusieurs ont déjà lu ces textes, je pense important de les répéter, parce que ce ne sont pas nos analystes politiques et religieux qui vont le faire. Et si Benoît XVI a pu les glisser dans son livre couvrant 416 pages, il avait de bonne chance qu’ils ne soient relevés. Il l’a tout de même fait.

« N’est-il pas vrai que l’homme, cette créature appelée homme, tout au long de son histoire, est aliéné, brutalisé, exploité? L’humanité dans sa grande masse a presque toujours vécu sous l’oppression. Et inversement, les oppresseurs sont-ils la vraie image de l’homme, ou n’en donnent-ils pas plutôt une image dénaturée, avilissante? Karl Marx a décrit de façon drastique « l’aliénation » de l’homme. […] Il a livré une image très concrète de l’homme qui tombe aux mains de bandits » (p.224)

C’est évident que ces convictions profondes de Benoît XVI sont connues de Cuba. Elles font parties de celles qu’il ne saurait dire publiquement. Sans doute, par délicatesse, les autorités cubaines se sont abstenues d’y faire référence pour éviter de le mettre dans l’embarras.

Cette visite du pape à Cuba ne semble pas avoir plu beaucoup au grand voisin du nord. D’abord, la couverture des médias qui sont à sa dispositions, dont Radio-Canada, ont été plutôt sobre dans leur couverture, retenant ici et là des phrases, des mots pouvant s’interpréter dans différents sens. Telesur.tv  a connu de nombreux problèmes avec son serveur, surtout  aux moments des discours et des échanges civilisés et chaleureux entre les principaux dignitaires. Heureusement qu’ont pouvait les rattraper par les enregistrements du studio.

Je pense qu’un « courant » est  passé du « Prophète » au « Grand-Prêtre » et que le monde découvrira toujours mieux et toujours plus ce peuple courageux, digne et ouvert au monde. Reste à voir s’il aura le courage de certaines décisions importantes par rapport à l’orientation de l’Église en Amérique latine. Il s’est même permis quelques propos positifs sur la théologie de libération qu’il avait ravalé au rang de pure idéologie lors de son voyage au Brésil en 2007. Il aurait pu nous donner un signe de cette étincelle en terminant son séjour à Cuba en invitant le monde à s’y ouvrir davantage et non l'inverse.

Raoul Castro s’est révélé être un chef d’État à la hauteur des qualités de son peuple. Il m’a vraiment impressionné.

Oscar Fortin
Québec, le 28 mars, 2012-03-28

vendredi 23 mars 2012

BENOÎT XVI AU MEXIQUE ET À CUBA


BENOÎT XVI AU MEXIQUE ET À CUBA



L’Amérique latine, dans son ensemble, est une région fortement attachée aux valeurs religieuses et, de façon spéciale, aux pratiques cultuelles de la foi chrétienne. Si le catholicisme a perdu plusieurs de ses adeptes au profit d’autres confessions chrétiennes, il n’en demeure pas moins toujours important, à travers ses institutions et la sublimation de la papauté. Cette importance trouve également écho chez les décideurs politiques et les oligarchies économiques du Continent. Il y a un dicton qui affirme « qu’aucun coup d’État militaire ne serait possible en Amérique latine sans la bénédiction des hautes autorités de l’église catholique ». Les cas récents du Honduras, en 2009, et du Venezuela, en 2002, en sont une illustration plus que probante. Il n’est donc pas surprenant que ces pouvoirs tentent d’influencer les orientations de ces visites papales au mieux de leurs intérêts.

Benoît XVI, ce pape qui dirige l’Église catholique depuis 2005, ne manque certes pas d’esprit et d’intelligence. Sans avoir le charisme de son prédécesseur, Jean-Paul II, il demeure celui qui a l’intelligence de la doctrine de la foi, fondée davantage sur les enseignements des Pères de l’Église et la tradition de l’Église que sur les Évangiles et la vie des premières communautés chrétiennes. En ce sens, il est plus institutionnel qu’évangélique, plus doctrinal que pasteur. Cette classification ne fait que marquer un accent sans exclusion des autres aspects.

Dans son livre sur Jésus de Nazareth que j’ai eu l’opportunité de commenter, j’y ai trouvé, entre autres, deux passages, plutôt surprenant de la part de cet homme très critique à l’endroit des théologiens promoteurs de la théologie de la libération. L’Amérique latine étant le berceau de cette théologie, les citations relevées n’en prennent que plus de sens.

Au sujet du capitalisme si fortement remis en question par les pays émergents de l’Amérique latine et la théologie de libération, il a ces propos:

Face aux abus du pouvoir économique, face aux actes de cruauté d’un capitalisme qui ravale les hommes au rang de marchandise, nos yeux se sont ouverts sur les dangers que recèle la richesse, et nous comprenons de manière renouvelée ce que Jésus voulait dire quand il mettait en garde contre la richesse, contre le dieu Mammon qui détruit l’homme et qui étrangle, entre ses horribles serres de rapace, une grande partie du monde Jésus de Nazareth (p.120).
Au sujet de l’aliénation et de Marx, si souvent décrié par les uns et admiré par les autres, il a ce commentaire plus que surprenant :

N’est-il pas vrai que l’homme, cette créature appelée homme, tout au long de son histoire, est aliéné, brutalisé, exploité? L’humanité dans sa grande masse a presque toujours vécu sous l’oppression. Et inversement, les oppresseurs sont-ils la vraie image de l’homme, ou n’en donnent-ils pas plutôt une image dénaturée, avilissante? Karl Marx a décrit de façon drastique « l’aliénation » de l’homme. […] Il a livré une image très concrète de l’homme qui tombe aux mains de bandits (p.224).
Imaginons un seul instant que le message, livré au Mexique et à Cuba, soit inspiré par ces prises de conscience qu’il a su si bien exprimer dans son livre sur Jésus de Nazareth. Ce serait une véritable révolution pour l’Église et pour l’ensemble des pays de l’Amérique latine. Ce serait également une levée de boucliers de toutes les oligarchies latino-américaines et, plus que tout, de Washington. Il se ferait rappeler qu’il n’est pas de sa mission de s’introduire dans les affaires des États et dans les réalités politiques. Qu’il se contente de parler de Dieu, des Évangiles, de la dévotion à la Vierge, de la célébration des sacrements et de la vie de l’Église. Le reste, ça ne le concerne tout simplement pas.
Il faudrait pratiquement un miracle pour qu’il en appelle à ces prises de conscience dans ses interventions au Mexique et à Cuba. Il demeure foncièrement un allié de Washington et des pouvoirs oligarchiques. Qu’on se souvienne, en 2008, de cet anniversaire, célébré en grande pompe à la Maison Blanche. De quoi alimenter un certain sentiment de reconnaissance et de solidarité.
À QUOI PEUT-ON S’ATTENDRE?

Au Mexique, du 23 au 25 mars, son séjour aura un « air de déjà vu ». Les foules viendront acclamer en lui le représentant du Christ sur terre, se prosterneront pour recevoir sa bénédiction et lui diront, sans doute, leur douleur de cette violence qui ne cesse de les poursuivre. Quelques uns trouveront, peut-être, le moyen de dénoncer les injustices structurelles et institutionnelles dont ils sont victimes. Ils lui rappelleront que la pauvreté n’est pas un destin naturel réservé à une majorité d’humains, qu’elle est froidement générée et entretenue par un système entièrement au service d’oligarchies avec lesquelles l’Église est trop souvent complice.

Pour sa part, Benoît XVI se fera sensible aux victimes de la violence et à toutes ces souffrances générées par un monde sans Dieu, nourrit par la cupidité et l’égoïsme. Il se gardera d’en préciser la nature et les principaux acteurs. Il invitera toutes les personnes de bonne volonté à se confier à la Madone de Guadalupe et de vivre profondément leur foi en union avec leurs pasteurs. Il les mettra en garde contre ces rêves aux horizons matériels et terrestres et les invitera à s’en remettre au Christ, sauveur du monde.

À Cuba, du 26 au 28 mars, les choses risquent de se présenter différemment. Cuba n’est plus ce qu’elle était il y a 20 ou 30 ans. Il en va de même pour l’Église cubaine. La visite, en 1998, du pape Jean-Paul II, s’était déroulée dans un climat de grande harmonie et de respect. Jean-Paul II avait lui-même reconnu que cette visite l’avait profondément impressionné et marqué.

Cette fois-ci, la collaboration entre le Gouvernement et l’Église cubaine est encore plus intense. Les préparatifs à cette venue du pape ont été réalisés sans qu’il y ait accrochage de part et d’autre. Cela ne plait pas beaucoup aux anti-cubains de Miami et, à en croire certaines informations qui circulent, Washington ne voit pas cette visite d’un bon oeil.

Le Gouvernement cubain a mis à jour une opération visant à perturber par tous les moyens cette visite de Benoît XVI. Des sommes d’argent importantes, venant des Etats-Unis, sont mises à la disposition  de collaborateurs et collaboratrices, appelés (es) les dissidents et dissidentes dont font partie les femmes en blanc, pour s’adjoindre d’autres cubains et cubaines en vue de créer du désordre au moment des célébrations et retenir ainsi l’attention des médias. Plusieurs, venant de Miami, se présenteront comme pèlerins pour coordonner ces actions. En échange de ces gestes de désordre, des visas pour émigrer aux Etats-Unis seront offerts aux plus méritants. Une manière de retenir l’attention des médias pour mieux discréditer le régime cubain.

Quoi qu’il en soit, le peuple cubain et les autorités n’ont rien négligé pour recevoir ce chef d’État et ce pasteur avec tous les honneurs et le respect dû à son rang. Une immense estrade a été érigée au pied du monument de la Place de la Révolution où des centaines de milliers de personnes pourront s’unir pour la célébration eucharistique.

Depuis, maintenant plusieurs années, les communautés chrétiennes se développent et la liberté religieuse, davantage affranchie de certaines influences étrangères, retrouve sa pleine expression. Si, pendant plusieurs années, l’église catholique de Cuba a été un maillon important de l’intervention des États-Unis dans l’ile, il semblerait que ce  ne soit plus exactement le cas. Toujours est-il que le thème de la liberté religieuse n’a plus sa raison d’être.

Fidel Castro, toujours vivant et actif, comme écrivain et personne ressource, ne cesse de poser des questions fondamentales sur l’avenir de l’Humanité. Il traite de l’environnement, des guerres de conquêtes, des armements toujours plus sophistiqués, de nouveaux paradigmes dans la gouvernance du monde. Il attire à lui des intellectuels de partout à travers le monde, des croyants influents, des chefs d’État, des écrivains  et de nombreuses autorités religieuses. Chavez, Morales, Correa, Roussef, Fernandes et bien d’autres, tous et toutes chefs d’État de pays de l’Amérique du Sud et de foi chrétienne, trouvent en Fidel sagesse, profondeur et une grande humanité.

Déjà nous connaissons les réalisations de Cuba dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Tout cela se réalise, en dépit d’un blocus économique qui défie le droit international, tout en étant foncièrement criminel à l’endroit de tout un peuple. Ce sont des centaines de millions de dollars qui sont votés chaque année par le Congrès des Etats-Unis pour déstabiliser le pays et faire en sorte que le régime échoue sur toute la ligne.

À ce jour cette stratégie, dénoncée par la Communauté internationale, se poursuit comme si rien n’était. On vote contre le blocus, mais personne n’ose agir. À ceci s’ajoute, évidemment, le cas de ces cinq antiterroristes cubains, condamnés injustement et  emprisonnés, depuis 13 ans dans des prisons à sécurité maximale.

Il faut croire que ces deux questions seront soulevées par les autorités cubaines pour que le Vatican dénonce ce Blocus et intervienne auprès de Washington pour réclamer qu'il y mette fin et qu'il libère les cinq antiterroristes cubains, injustement condamnés.

Je souhaite, personnellement, que tout se déroule normalement et qu’aucun évènement fâcheux ne vienne ternir cette seconde visite d’un Pape à Cuba. Il est possible qu’une rencontre ait lieu entre Benoît XVI et Fidel Castro, tous les deux âgés de 85 ans. Leur parcours de vie, au service de l’humanité, sera une référence pour alimenter ces moments d’échange.


Oscar Fortin
Québec, le 21 mars, 2012-03-20




samedi 17 mars 2012

UN TEMPS DE RÉFLEXION: DU MOI AU NOUS



  
Pour les chrétiens, le « carême » marque un temps inspiré par des épisodes symboliques de l’histoire dont celui de la marche libératrice d’un peuple qui, pour passer de l’esclavitude d’un empire à une Terre promise de liberté, dut traverser, sur une période de quarante ans, un immense et aride désert.

Ce fut le dur apprentissage de la vie collective et l’inévitable  regroupement d’un peuple, non plus sur la base de croyances en des veaux d’or, mais sur celle d’une « loi constituante », écrite  de la main de celui qui s’est identifié comme « je suis celui qui suis » (Ex.3,14). C’est dans cette loi que le peuple s’est reconnu et c’est à travers elle qu’il a forgé son destin. Ce fut, alors, la loi de Moïse, les « dix commandements », que nous pourrions considérer comme la première grande « loi fondamentale » d’un peuple. Elle est l’expression d’une alliance sacrée du peuple avec son destin, placé sous la protection de la main invisible de celui dont le nom est: « Je suis celui qui suis ». Cette loi, placée dans l’arche, dite de l’alliance, accompagne le peuple dans sa marche vers cette terre promise. Elle en est l’âme et l’inspiration.

 Un second épisode symbolique de l’histoire, plus personnalisé et englobant, est celui des quarante jours que Jésus de Nazareth passa dans le désert pour y affronter le grand ennemi, celui qui domine et règne sur le monde. Ce dernier porte plusieurs noms : Satan, le Père du mensonge, Mammon, le Tentateur, le Calomniateur. L’enjeu est celui de la gouvernance du monde. Jésus, ce personnage investi de l’esprit de « je suis celui qui suis » vient annoncer et inaugurer l’avènement d’une nouvelle  Gouvernance mondiale, appelée dans les Évangiles, le Règne de Dieu (« je suis celui qui suis »). Ce Règne nouveau ne cadre pas du tout  avec les paradigmes de la gouvernance du père du mensonge, laquelle repose, pour l’essentiel, sur les valeurs de l’ « avoir », du « pouvoir » et du « paraitre ». Le récit des trois tentations fera appel à ces trois  valeurs comme autant d’ « appâts » pour piéger celui dont la mission est de le renverser.  Une seule concession de sa part le transformerait en un nouveau disciple, ayant perdu sa crédibilité pour mener à terme sa mission d’une nouvelle Gouvernance du monde.

Dans cette symbolique, le personnage Jésus est porteur d’un esprit qui en fait un être, à la fois, totalement incorruptible et porteur d’un pouvoir qui transcende les puissances qui s’imposent au monde. Sa mission est tout autant celle d’affranchir l’humanité de cette gouvernance, dominée par la convoitise, les ambitions impériales et les apparats que celle de rendre possible l’émergence d’un monde nouveau, fondé sur une conscience de partage, de solidarité, de justice, de vérité, de compassion.

Point n’est besoin d’être croyant pour reconnaître dans la symbolique de ces deux épisodes un enseignement qui rappelle des vérités incontournables pour tous ceux et celles qui ambitionnent l’avènement d’une humanité porteuse de justice, de liberté, de vérité et de respect. La nature qu’est la nôtre, celle dont les véritables racines plongent dans les profondeurs de la conscience qui s’éveille et grandit en chacun de nous, n’appelle-t-elle pas  à l’avènement d’un monde nouveau, d’une gouvernance nouvelle, permettant à chaque être humain de vivre pleinement en solidarité avec tous les autres humains?

Pour celui qui croit et dont je suis, ces symboliques trouvent un sens particulier dans la vie et le témoignage de ce Jésus de Nazareth dont le sort rend compte jusqu’où l’esprit qui l’animait était profondément enraciné dans sa personne et dans l’humanité qu’il portait. Pour moi c’est évidemment ce même esprit qui continue d’être présent dans le monde et qui s’exprime à travers des millions de personnes qui oeuvrent et donnent leur vie quotidiennement pour qu’un autre monde soit possible. Par sa victoire sur les forces de la mort, il demeure celui qui confirme qu’un nouveau monde est non seulement possible, mais qu’il est déjà là en gestation de naitre.

De plus en plus, les peuples s’éveillent sous la poussée d’une conscience toujours plus solidaire, plus critique, moins prétentieuse et plus ouverte à ce qui se passe dans notre monde.  Les divers déserts par lesquels ils ont dû passer les ont aguerris et conduits à décoder ce dont ils ont été et sont toujours victimes : la tricherie, la manipulation, l’exploitation, la domination. La conscience se cimente toujours plus sur la base d’un esprit commun d’ouverture, de solidarité, de vérité, de justice, de respect. Les « veaux d’or » de la consommation, de l’individualisme, des apparats etc.,  n’ont pas plus leur raison d’être aujourd’hui qu’en avaient ceux de ces temps hébraïques de la traversée du désert. L’esprit de vérité, de justice, de solidarité, de respect de compassion regroupe toutes les personnes de bonne volonté, croyantes ou pas. N’est-ce pas à travers ses engagements que chacun dit le mieux les convictions qu’il a, la foi qu’il  professe, l’esprit qui fait de lui une pierre vivante de cette humanité à laquelle nous participons tous et toutes?

Il y a des signes des temps qui  rappelle que l’heure approche pour cette grande confrontation qui fera basculer inévitablement l’humanité dans une ère nouvelle. Cette dernière sera caractérisée, à n’en pas douter, par de nouveaux paradigmes dominés par une conscience qui englobera l’humanité entière. Ce sera une conscience en qui la présence collective prendra le pas sur celle qui aura dominé à ce jour, à savoir la conscience individuelle. 

Dans cette perspective, je me permets de terminer en citant deux grands scientifiques du siècle dernier : Albert Einstein et Pierre Teilhard de Chardin.

Albert Einstein, un des hommes les plus brillants du siècle dernier, dans un article, écrit en 1949, pour Monthly Review, fait ressortir les deux pôles fondamentaux qui font de l’homme un être à la fois solitaire et social.

« Comme être solitaire il s’efforce de protéger sa propre existence et celle des êtres qui lui sont le plus proches, de satisfaire ses désirs personnels et de développer ses facultés innées. Comme être social il cherche à gagner l’approbation et l’affection de ses semblables, de partager leurs plaisirs, de les consoler dans leur tristesse et d’améliorer leurs conditions de vie. C’est seulement l’existence de ces tendances variées, souvent contradictoires, qui explique le caractère particulier d’un homme, et leur combinaison spécifique détermine dans quelle mesure un individu peut établir son équilibre intérieur et contribuer au bien-être de la société. »

Poursuivant sa réflexion en la précisant davantage, Albert Einstein, explique ce qui constitue pour lui la crise de notre temps.

« Il s’agit du rapport entre l’individu et la société. L’individu est devenu plus conscient que jamais de sa dépendance de la société. Mais il n’éprouve pas cette dépendance comme un bien positif, comme une attache organique, comme une force protectrice, mais plutôt comme une menace pour ses droits naturels, ou même pour son existence économique. En outre, sa position sociale est telle que les tendances égoïstes de son être sont constamment mises en avant, tandis que ses tendances sociales qui, par nature, sont plus faibles, se dégradent progressivement. Tous les êtres humains, quelle que soit leur position sociale, souffrent de ce processus de dégradation. Prisonniers sans le savoir de leur propre égoïsme, ils se sentent en état d’insécurité, isolés et privés de la naïve, simple et pure joie de vivre. L’homme ne peut trouver de sens à la vie, qui est brève et périlleuse, qu’en se dévouant à la société.

Pierre Teilhard de Chardin, Anthropologue et théologien a développé, pour sa  part, dans son livre, le Phénomène humain, une théorie sur  l’évolution de l’Univers dont la conscience humaine en serait un aboutissement  et une continuité.
p.139 - 140 « L'essence du Réel.... pourrait bien être représentée par ce que l'Univers contient, à un moment donné, d'«intériorité »; et l'Évolution dans ce cas ne serait pas autre chose au fond que l'accroissement de cette Énergie «psychique » ou « radiale » au cours de la Durée.


p 175 « quelque chose ....s'accumule irréversiblement de toute évidence et se transmet, au moins collectivement, par éducation, au fil des âges....  ...Un courant héréditaire et collectif de réflexion s'établit et se propage : l'avènement de l'Humanité à travers les Hommes. »


p 179 « Par l'hominisation, en dépit des insignifiances de la saute anatomique, c'est un Âge nouveau qui commence. La Terre fait "peau neuve". Mieux encore, elle trouve son âme. »


p 180 « Ce qu'il peut y avoir de plus révélateur pour notre Science moderne c'est d'apercevoir que tout le précieux, tout l'actif, tout le progressif contenu originellement dans le lambeau cosmique d'où notre monde est sorti, se trouvent maintenant concentrés dans la "couronne" d'une Noosphère. »

p. 244 « Positivement, je ne vois pas d'autre façon cohérente, et partant scientifique, de grouper cette immense succession de faits (le processus cosmique d'organisation), que d'interpréter dans le sens d'une gigantesque opération psycho-biologique,- comme une sorte de méga-synthèse, - le super-arrangement auquel tous les éléments pensants de la Terre se trouvent aujourd'hui individuellement et collectivement soumis. Toujours plus de complexité : et donc encore plus de conscience."

Voilà un partage sans prétention d’une méditation sur les temps que nous vivons à la lumière de certains textes anciens relatant des évènements qui sont de nature à nous rejoindre, davantage par leur caractère symbolique qu’historique. Les commentaires de nos deux scientifiques apportent un éclairage contemporain dans quelle direction  l’évolution conduit l’humanité. Ainsi, les déserts que nous traversons ne doivent pas nous faire oublier la terre promise à laquelle nous aspirons, pas plus d’ailleurs, la gouvernance conduisant à une plus grande intégration de la conscience solidaire et responsable.

Oscar Fortin
Québec, le 17 mars 2012
http:/humanisme.blogspot.com




mardi 13 mars 2012

L'ÉTAT-LE BIEN COMMUN-LE PRIVÉ- LES ÉLUS (ES)


L’ÉTAT-LE BIEN COMMUN-LE PRIVÉ-LES ÉLUS (ES)



Les appels répétés de certains milieux visant à privatiser des pans entiers des pouvoirs de l’État, voir même à réduire ce dernier à sa plus simple expression, ne sont pas sans soulever de nombreuses questions. Mon propos est de remettre en perspective ce débat qui porte, à toute fin pratique, sur l’organisation sociale, les politiques des gouvernements, les priorités économiques. Cette relation de l’État et du Privé doit se comprendre dans le cadre des grands objectifs du BIEN COMMUN de l’ensemble de la société.

LE « PRIVÉ »

Si de par sa nature même « le Privé » poursuit des objectifs qui sont prioritairement inspirés par des intérêts personnels et corporatifs, ses actions et interventions ne sont pas sans incidences, parfois positives, parfois négatives sur les grands objectifs du « bien commun » de la société. Bien qu’il ne lui revienne pas de répondre en priorité à ce« bien commun », il est de son devoir d’y inscrire ses interventions en harmonie avec ce dernier. Il demeure et demeurera toujours un acteur important dans le développement de toute société. Toutefois, il ne saurait en être l’acteur principal. C’est à l’État que revient cet honneur et c’est à l’État d’en circonscrire les paramètres.

L’ÉTAT

Les peuples se dotent d’un État d’abord et avant tout pour structurer et organiser les pouvoirs et les activités qui assureront le « bien commun » de la société. Dans les démocraties modernes, la configuration de l’État trouve son fondement et sa personnalité propre dans une CONSTITUTION, discutée et votée par le peuple. Elle est la « loi fondamentale » qui définit l’État, ses pouvoirs ainsi que le « bien commun » auquel il doit répondre prioritairement et en tout temps. L’État est ainsi l’autorité suprême, disposant de tous les pouvoirs dans le cadre de sa mission au service du « bien commun » de la société. Aucune entreprise privée ne saurait disposer d’une telle autorité et répondre à pareil mandat. Seul l’État y est habilité par sa nature même. Il est le pouvoir et la voie du peuple.

Force est de constater que  la « démocratie moderne » n’est pas arrivée dans tous les pays, dits démocratiques. Nombreux sont ceux qui vivent sous le pouvoir de constitutions à propos desquelles les peuples n’ont eu rien à dire, bien qu’ils auraient eu beaucoup à redire. C’est notamment le cas du Canada, du Québec et de bien d’autres pays dominés par des pouvoirs puissants qui n’ont pas vu la nécessité d’y impliquer leur peuple. Ces pratiques sont toutefois en voie de disparition. En effet, dans les pays émergents de l’Amérique latine, comme l’Équateur, la Bolivie, le Venezuela et certains autres,  le premier geste posé par les nouveaux élus, fut celui de doter l’État d’une constitution, discutée et votée par le peuple. Une démarche, donnant ainsi à la démocratie ses lettres de noblesse. C’est la voie ouverte à ce qu’ils appellent la démocratie participative.

LE BIEN COMMUN

Qu’en est-il donc de ce « bien commun », raison d’être de tout  État?

Il y a évidemment des variables d’un État à un autre, mais certains éléments plus essentiels que d’autres se retrouvent en tous. C’est le cas pour ce qui se rattache à la vie : accès aux biens essentiels à la subsistance, à la santé, à l’habitat, à la sécurité et au respect. C’est également le cas pour tout ce qui a trait aux connaissances et au savoir faire comme l’éducation, la culture, les arts, les métiers. C’est également le cas pour tout ce qui assure l’harmonie et le respect des libertés individuelles et collectives. Le « bien commun » c’est également toutes les richesses naturelles qui se retrouvent sur le territoire. Il y a les richesses minières, les richesses forestières, celles liées à l’eau et aux produits de la mer. Toutes ces richesses, appartiennent à la collectivité et doivent être protégées et exploitées de manière à ce que leurs principales retombées servent prioritairement à réaliser les grandes missions relatives au  « bien commun » de la collectivité.

LES ÉLUS (ES)

Dans un monde parfait, les élus (es) sont ceux et celles qui prennent sur leurs épaules la responsabilité des grands missions de l’État, prioritairement au service du « bien commun » de la société. Ils et elles sont les apôtres, mandatés (es) par le peuple, pour que toutes les ressources et les énergies de la nation servent au mieux et en toute priorité les intérêts liés au « bien commun » de tous et toutes, sans aucune discrimination. En somme, l’État est pour ainsi dire l’ « entreprise » du peuple dont les principaux gestionnaires sont les élus (es).

COMMENT COMPRENDRE ALORS LA PRIVATISATION DES MISSIONS DE L’ÉTAT?

Si les intérêts de l’État et du privé peuvent être parfois complémentaires, ils peuvent être également et très souvent en opposition. En ce sens, chaque fois que le « privé » peut s’approprier, directement ou indirectement, des pouvoirs de l’État, il s’en trouve renforci et le peuple, à travers l’État, y perd au change. Ce n’est pas pour rien que les pouvoirs du « privé » se font présents auprès des élus (es) et parviennent souvent à s’en faire des alliés (es).

Ainsi, nous en arrivons à élire des gouvernements qui deviennent des mandataires, non plus des intérêts du peuple, mais de ces pouvoirs « privés » aux intérêts, souvent en opposition à ceux du « bien commun ».  Lorsque ce « privé » incite les élus (es) à couper dans les dépenses de l’État, particulièrement dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de la sécurité sociale tout en s’assurant, dans ses relations avec l’État, d'avoir toujours les meilleures conditions dans ses transactions et ses avantages fiscaux, il devient un irritant contre le « bien commun » de la société. Quant aux élus (es) qui se prêtent à ces pressions et incitations, ils  et elles trahissent la confiance que le peuple a mise en eux et en elles.

Plus que jamais il importe de redonner à l’État toute sa place et pour ce faire un grand ménage s’impose à tous les niveaux de l’administration publique, des Sociétés d’État et des pouvoirs eux-mêmes. Une nouvelle conscience sociale doit permettre l’émergence d’un État au service du « bien commun ». Ce défi ne saurait se concrétiser sans l’élaboration d’une nouvelle constitution en qui le peuple saura se reconnaître. Tous les acteurs, intervenants et intervenantes, y trouveront leur place, mais le maitre du jeu demeurera toujours le peuple par l’intermédiaire de l’État, tel qu'il aura été défini dans une constitution démocratique.

Oscar Fortin
Québec, 10 mars 2012
http://humanisme. Blogspot.com 

lundi 12 mars 2012

LES COMPLOTEURS DES TEMPS MODERNES


LES COMPLOTEURS DES TEMPS MODERNES



C’est évidemment risqué que de prétendre lever le voile sur les principaux instigateurs de ces complots qui se trament en catimini et loin des yeux des citoyens et citoyennes que nous sommes. Complots à l’origine de bien des drames et conflits et dont nos médias et nos gouvernements se gardent bien d’en identifier les véritables auteurs. Plus souvent que moins, ils pointent plutôt du doigt ceux et celles qui en sont les premières victimes.

Cette chasse aux grands comploteurs qui agissent sur l’avenir de nos sociétés est facilitée, d’une part, par l’accès toujours plus grand aux dossiers confidentiels que rendent possible les lois d’accès à l’information et, d’autre part, par cette magie de l’informatique qui permet de s’infiltrer partout. Toutefois, force est de reconnaître que tout cela ne conduirait nul part si, à la base, il n’y avait de ces personnes ayant fait le choix de la vérité quel qu’en puisse être le prix à payer. L’éveil des consciences ainsi que  le courage et la liberté qui l’accompagnent rendent de plus en plus possible cette mise à nue de ceux et celles qui complotent dans le dos et à l’insu des peuples.

Je me souviens, qu’en 1973, lorsque je militais, ici au Québec, pour faire connaître les dessous du coup d’État militaire au Chili, substituant le président Salvador Allende, l’élu du peuple, par le général Augusto Pinochet, l’élu de Washington, je passais pour un « complotiste » dans le sens de celui qui voit des complots partout. Aujourd’hui, 43 ans plus tard, nous savons que ce fut un complot monté de toute pièce par la CIA, Washington et les oligarchies nationales. Ce fait est amplement documenté.

Pour ceux et celles qui veulent en savoir plus sur ces divers complots qui ont marqué, au cours des 60 dernières années, l’histoire tragique de nombreux peuples, je vous réfère à un  livre, mais surtout à un article, tiré de ce livre, qui raconte les activités d’une équipe spéciale de la CIA qui a pu agir en toute impunité et hors de toute considération du droit international dans diverses régions du monde. Le titre parle par lui-même : « Plus de cinquante ans de coups tordus ».

Plus récemment, un autre ouvrage « Circus Politicus : le putsch démocratique… », lève le voile  sur des sphères encore beaucoup plus sophistiquées et où se trament rien de moins que l’avenir de l’humanité. Je recommande fortement ce Grand reportage (48 minutes sans publicité) que « dailymotion met à notre disposition ». De quoi nous ouvrir les yeux et nous faire mieux comprendre ce qui se passe dans notre monde.

Nous n’en sommes plus à inventer des histoires, lorsque nous parlons de ces groupes. Les faits et les témoignages en assurent l’authenticité.   Ils viennent s’ajouter à tous les autres qui ont déjà été portés à la connaissance du grand public. Ce qui se trame actuellement au Moyen Orient obéit à des agendas cachés qui n’ont rien à voir avec cette compassion à faire verser les larmes devant ces femmes et ces enfants victimes d’une violence froidement calculée et provoquée par ceux-là mêmes qui souhaitent en reporter toute la responsabilité sur leurs ennemis. Le cas de la Libye est amplement documenté à ce sujet tout comme celui, actuellement en cours, en Syrie.

Il ne faut pas trop compter sur nos médias officiels et nos journalistes affairistes pour mettre à jour tous ces jeux de coulisse ainsi que l’hypocrisie qui les couvre.

Oscar Fortin,
Québec, le 12 mars, 2012

http://humanisme.blogspot.com