PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

mercredi 24 avril 2013

DÉCLARATIONS INQUIÉTANTES DU PAPE FRANÇOIS


« ON NE PEUT CROIRE EN JÉSUS SANS L’ÉGLISE » ?


Cette déclaration du pape François, « on ne peut croire en Jésus sans l’Église »,  a de quoi faire réfléchir sur la pensée théologique qui l’inspire. Elle n’est pas sans faire référence à cette autre expression, longtemps enseignée, « hors de l’Église, point de salut ».  Dans sa même intervention, il a également ces affirmations « il est absurde de prétendre vivre avec Jésus sans l’Église » ou encore « rencontrer Jésus hors de l’Église n’est pas possible ».



De toute évidence, le mot Église doit être libéré de bien des assertions pour que ces paroles du pape François trouvent une certaine consistance. Elles doivent pouvoir s’harmoniser avec ces autres paroles, entre autres, du jugement dernier qui ne font aucune référence à quelque foi que ce soit ou encore à ces propos de l’apôtre Jacques qui met en dialogue celui qui se réclame de la foi avec celui qui se réclame des œuvres.

Dans le cas du jugement dernier, Jésus déclare sauvés ceux qui ont donné à manger à ceux qui avaient faim, qui ont visité les malades, accueilli les étrangers, vêtu ceux qui étaient nus, etc. Il ne leur demande même pas s’ils le faisaient parce qu’ils croyaient en lui. Il ne parle ni d’Église, ni de sacrements ni de foi. « Mt, 23, 34-45)

À ceux placés à sa droite, il dira «Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais un étranger et vous m'avez accueilli, nu, et vous m'avez vêtu, malade, et vous m'avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir. Alors les justes lui répondront : «Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé, et de te désaltérer, étranger, et de t'accueillir, nu, et de te vêtir, malade ou prisonnier et de venir te voir?» Et le Roi leur fera cette réponse : «En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.

À ceux placés à sa gauche, il dira : «Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges () Alors ceux-ci lui demanderont à leur tour : «Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, ou nu, malade ou prisonnier, et de ne te point secourir?» Alors il leur répondra : «En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait.

Dans le cas du dialogue de la foi et des oeuvres, dont nous parle l’apôtre Jacques, nous retrouvons ceci : (Jacques, 2, 14-20)

À quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu'un dise : J'ai la foi, s'il n'a pas les œuvres? La foi peut-elle le sauver? Si un frère ou une sœur sont nus, s'ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l'un d'entre vous leur dise : Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous, sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il? Ainsi en est-il de la foi : si elle n'a pas les œuvres, elle est tout à fait morte. Au contraire, on dira : Toi, tu as la foi, et moi, j'ai les œuvres? Montre-moi ta foi sans les œuvres; moi, c'est par les œuvres que je te montrerai ma foi. Toi, tu crois qu'il y a un seul Dieu? Tu fais bien. Les démons le croient aussi, et ils tremblent. Veux-tu savoir, homme insensé, que la foi sans les œuvres est stérile?

À la lumière de ces deux dialogues, celui du Ressuscité avec tous les humains de la terre et celui du croyant et du non croyant, il saute aux yeux que tous les discours sur la foi, l’Église et le salut doivent sharmoniser et sajuster au contenu de ces deux dialogues. Autrement nous risquerions de nous laisser emporter par des considérations doctrinales qui iraient à lencontre de ces données fondamentales de la révélation.

Bref commentaire :

Il est curieux dentendre le pape François reprendre ce genre de discours sur l’Église, lui qui, il ny a pas encore si longtemps, déclarait aux cardinaux lors des consistoires préparatoires au conclave ce quil pensait de l’état actuel de l’Église et les gestes à poser pour quelle retrouve sa véritable mission.

Le premier de ces points, porte sur l’évangélisation et exprime la nécessité pour l’Église de sortir d’elle-même et d’aller aux périphéries, non seulement géographiques, mais aussi existentielles, manifestées, entre autres, dans le mystère du péché, de la douleur, de l’injustice et de l’ignorance,

Le point deux signale une critique à une Église “autoréférentielle”, qui se regarde elle-même dans une sorte de “narcissisme théologique”, la séparant du monde tout en prétendant détenir Jésus Christ à l’intérieur d’elle-même, sans toutefois l’en laisser sortir.

Il résulte de cela deux images de l’Église : la première est “l’église évangélisatrice qui sort de soi” et la seconde est “l’Église mondaine qui vit en soi, de soi et pour soi. C’est cette prise de conscience de ces deux églises qui doit éclairer les possibles changements et les réformes à faire dans l’Église.

Celui qui aura à prendre le siège de Pierre devra être un homme qui, à partir de la contemplation de Jésus-Christ, aide l’Église à sortir d’elle-même pour aller vers les périphéries existentielles. »


Souhaitons qu’il résiste aux multiples influences conservatrices qui l’entourent et qu’il maintienne le cap sur une vision du monde au cœur duquel nous attend tous et toutes le ressuscité.

Oscar Fortin
Québec, le 24 avril 2013














dimanche 21 avril 2013

LE PAPE FRANÇOIS VA-T-IL DÉCROCHER DE L’EMPIRE ?





Les vraies choses commencent à se manifester. Pour le moment, on ne saurait dire si c’est l’actuel secrétaire d’État, Tarcisio Bertone, qui a le contrôle des déclarations papales relatives à l’actualité internationale, ou si c’est le pape François qui dicte vraiment les propos que la presse internationale lui attribue.

Nous savons tous que le poste de Secrétaire d’État occupe une place centrale dans l’administration et les orientations politiques du Vatican. Les trois derniers cardinaux à occuper ce poste stratégique en sont une bonne illustration : le cardinal Agostino Casaroli, un antimarxiste convaincu (1979-1990), le cardinal Angelo Sodano, un ami proche des administrations étasuniennes (1990-2006), le cardinal Tarcisio Bertone, plus subtil, mais tout aussi fidèle au soutien des politiques de Washington et de la droite oligarchique en général (2006-20..).  La présence dans son entourage de Mgr Dominique Mamberti en est une bonne illustration.


Le remplacement de l’actuel secrétaire d’État donnera donc au monde un premier signal du pape François sur ses véritables intentions dans ses rapports avec l’ensemble des États et des peuples du monde.

La personne choisie répondra-t-elle aux pressions énormes qui lui viendront de Washington, de la droite latino-américaine et d’ailleurs? Sera-t-elle une personne complètement étrangère aux jeux des pouvoirs visant la domination du monde? Sera-t-elle suffisamment indépendante et éclairée pour se démarquer des politiques et orientations qu’on lui soufflera à l’oreille et qui culmineront à l'encontre du bien commun des peuples?

Il n’y a pas de doute que si la personne choisie appartient déjà à cette droite et à ce conservatisme, le pape François devra faire son deuil de l’enthousiasme suscité par son premier mois à la tête de l’Église. Si on se fit aux déclarations récentes, il n'y a vraiment rien d'encourageant pour ceux et celles qui espèrent une Église, enfin libérée des puissances dominantes de notre monde.

La déclaration officielle du pape qui a été transmise par le secrétaire d’État à l’occasion du décès de Mme Thatcher, saluant les valeurs chrétiennes de cette dernière, n’est pas de nature à  valoriser l’engagement chrétien.

La déclaration, toute officielle du Vatican et du pape, pour dénoncer les attentats de Boston, tout en taisant les attentats commis, le même jour, en Irak, en Syrie et au Venezuela n’est pas de nature à faire ressortir le caractère de la catholicité de l’Église.

Les salutations très chaleureuses du pape, transmises au nouveau Président, Giorgio Napolitano, réélu à la tête d’Italie dans un contexte de manigances politiques ne prêtant à aucune équivoque, contraste avec son silence et celui de l’épiscopat vénézuélien sur l’élection à la présidence du Venezuela de Nicolas Maduro, élection transparente et incontestée par tous les observateurs internationaux.

Ce n’est que ce dimanche, le 21 avril, qu’il dit quelque chose en relation avec le Venezuela, mais encore là, davantage influencé par la presse « meanstream » de l’empire que par une presse plus indépendante. La Maison-Blanche et l’épiscopat vénézuélien n’auraient pu écrire un meilleur texte.

« Je suis avec attention ce qui se passe actuellement au Venezuela. Je les accompagne avec une vive préoccupation, avec une prière intense et avec l’espérance que tous cherchent et trouvent les chemins justes et pacifiques pour surmonter le moment de graves difficultés que traverse le pays. J’invite le cher peuple vénézuélien, de façon toute particulière les responsables institutionnels et politiques à rejeter avec vigueur tout type de violence et à établir un dialogue basé sur la vérité, dans une reconnaissance mutuelle, dans la recherche du bien commun et dans l’amour pur la Nation.  Je demande aux croyants de prier et de travailler à la réconciliation et à la paix.  Unissons-nous dans une prière pleine d’espérance pour le Venezuela, la mettant entre les mains de Notre Dame du Coromot. » (Traduction de l’auteur)

Si le pape François, comme il le dit,  suit de près ce qui se passe au Venezuela, il ne peut ignorer un certain nombre de faits.

D’abord, que l’élection au Venezuela s’est déroulée dans un climat de grande tranquillité et de grande transparence ! Des observateurs, venus de partout à travers le monde, n’ont eu que des éloges de civisme et de participation démocratique du peuple vénézuélien. Près de 80 % se sont rendus aux urnes en toute tranquillité. 

En second lieu, le système électoral, considéré comme un des plus fiables au monde, a fonctionné comme prévu et les résultats, une fois arrivés à un point d’irréversibilité, ont été communiqués par les autorités compétentes du Conseil électoral national.

Troisièmement, le candidat défait, au lieu de prendre la voie prévue à la Constitution pour contester ces résultats, a plutôt incité ses partisans à manifester leur colère en sortant dans les rues. Ce fut la nuit des débordements de violence dont le bilan fut de 7  morts et de plus de 70 blessés sans compter les dommages causés aux centres de santé et aux divers services gouvernementaux.

Finalement, il ne pouvait ignorer la rencontre d’urgence, du 18 avril au soir, d’UNASUR, regroupant tous les pays de l’Amérique du Sud, pour faire le point sur ce qui se passait au Venezuela. Ils ont reconnu la pleine légitimité du président élu, Nicolas Maduro et ont condamné la violence suscitée par l’opposition. Ils ont fait appel au respect des institutions démocratiques.

Quelques interrogations

Comment se fait-il qu'il ne relève aucun de ces faits ? Comment ne pas relever et condamner fortement ce comportement du candidat perdant et la violence qu'il a suscitée et encouragée ? Il s’adresse plutôt aux autorités gouvernementales comme si elles étaient à l’origine de cette violence.

Comment se fait-il qu’il n’ait pas envoyé aux Vénézuéliens, comme ce fut le cas pour Boston, un message de réconfort pour les victimes de cette violence et de condamnation pour les auteurs de pareils crimes ?

Comment se fait-il qu'il n'ait pas relevé la présence de ces groupes de mercenaires, payés par des gouvernements étrangers et infiltrés au Venezuela à partir du Salvador et de la Colombie, pour y faire des attentats en vue de déstabiliser le gouvernement et mettre hors service les institutions démocratiques ?

Pourquoi autant de silences de la part de celui qui se porte à la défense des pauvres ?

Si ces premières déclarations relatives aux questions internationales reflètent sa véritable pensée, alors mieux vaut tourner la page sur une église au service des pauvres et pour les pauvres. Le pape François, pas plus que les autres, ne peut et ne pourra servir deux maîtres à la fois : l’empire et les pauvres, la cupidité et la solidarité, les oligarchies et la justice. Dans le cas présent, il sert les intérêts des oligarchies et ceux de Washington au détriment de son message pour les pauvres. Par de telles déclarations et prises de position, il perd toute crédibilité pour son message d'une Église pauvre avec et pour les pauvres. 

À sa défense, je dirai que s'il a été trompé par ses informateurs et ses fonctionnaires, il est urgent qu'il fasse un grand ménage et qu'il démontre ses véritables couleurs. Il est temps qu'il fasse appel à un véritable témoin des pauvres, qu'il le fasse cardinal et qu'il lui confie la haute fonction de Secrétaire d'État. Il ne faudrait surtout pas y voir un Marc Ouellet et quelqu'un d'autre du même formatage. 

L'avenir de sa crédibilité comme pasteur universel et de son pontificat au service des pauvres et pour les pauvres en dépend. Il en va de la vérité, de la justice et de la solidarité. Il en va du message évangélique lui-même.



Oscar Fortin
Québec, le 21 2013