PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

jeudi 30 mai 2013

LA FOI DU MAIRE TREMBLAY





Un peu comme tout le monde, j’ai suivi la saga du maire Tremblay dans sa lutte pour maintenir son droit à la prière aux assemblées municipales ainsi que la présence du crucifix comme symbole religieux dans la salle municipale. Déjà, dans une lettre publique que je lui adressais en 2011, je lui exprimais,  en tant que croyant, mon point de vue sur le sujet.

Depuis lors, sa cause a été entendue par la Cour d’appel du Québec et le jugement a été rendu public le 28 mai dernier.

Je laisse à d’autres intervenants le soin d’analyser le jugement rendu. Je retiens toutefois les propos tenus par le maire Tremblay lors de sa conférence de presse, suite au jugement. En plus d’exprimer sa satisfaction pour sa victoire, il a relevé l’importance de la tradition religieuse au Québec et de l’héritage qu’elle a laissé dans la conscience du peuple. À l’écouter, la foi est un produit culturel qui fait partie de nos vies.

Mon opposition aux revendications du maire Tremblay n’a rien à voir avec le combat portant sur la laïcité. Elle repose d’abord et avant tout sur la compréhension qu’il se fait de la foi.

En tant que croyant, je considère que la foi, celle qui transforme les cœurs et conduit à la radicalité de l’engagement au service de la justice, de la vérité, de la compassion, de la solidarité et de la bonté, ne peut être assimilée à quelques expressions culturelles que ce soit. La foi chrétienne n’est ni un folklore, ni un culte, mais un engagement qui prend à son compte les engagements mêmes de Jésus de Nazareth.

Le même jour où le jugement de la Cour d’appel a été émis, le pape François rappelait  à un groupe de fidèles que la foi n’est pas un phénomène culturel rattaché à des cultes, à des traditions, mais à un engagement. Je me permets de paraphraser, de l’espagnole au français, une partie de son intervention.

« On peut suivre Jésus de diverses manières et pour divers motifs.

“Certains suivent Jésus, comme quelque chose de culturel. Ils se disent chrétiens parce qu’ils sont nés et ont grandi dans cette culture. Ils ont une foi culturelle, mais sans l’exigence du véritable engagement qui transforme les vies.

‘Certains autres suivent Jésus comme une proposition culturelle, comme une manière de monter plus haut dans l’échelle sociale et ecclésiale, une manière d’obtenir plus de pouvoir.

L’histoire de l’Église est pleine de ces gens, en commençant par certains empereurs, suivis de beaucoup de gouvernants et de nombreuses autres personnes. Il en va de même pour un certain nombre de prêtres et d’évêques. Plusieurs pensent que suivre Jésus c’est une question de carrière.’

Le combat que mène le maire Tremblay porte sur une foi culturelle, soutenue par des cultes, des liturgies, des prières, des symboles. Cette foi ne rejoint pas toujours celle qui s’enracine dans ce Jésus de l’histoire qui a apporté de nouveaux paradigmes pour la gouvernance du monde. Loin d’éclairer cette dernière, elle en est souvent le voile qui en dissimule la réalité.

‘Que les plus grands se mettent au service des plus petits et que les plus petits soient considérés comme les plus grands. Que les artisans de paix et les persécutés pour la justice soient glorifiés et non condamnés. Que les hypocrites et les manipulateurs soient dénoncés, etc. »

Le véritable combat du croyant et du non-croyant c’est celui qui doit rendre notre humanité plus juste, plus vraie, plus compatissante, plus solidaire, plus libre. Ce fut le combat de Jésus de Nazareth et c’est également le combat de toutes les personnes de bonne volonté. Que chacun et chacune puisent là où les y conduit leur conscience l’inspiration et l’énergie pour mener dans la paix du cœur et de l’esprit ce combat de tous les jours. En cela, nous témoignerons vraiment de nos véritables intentions.

L’ennemi à abattre n’est pas le croyant ou l’incroyant, mais le mensonge, la manipulation, la domination, le sectarisme, le fanatisme sous toutes ses formes, l’individualisme, l’injustice, etc..

Voilà, en quelques mots, ce que je pense de cette saga du maire Tremblay et de son lien avec la foi authentique qui est d’abord et avant tout un engagement de vie.

Oscar Fortin
Québec, le 30 mai 2013


jeudi 16 mai 2013

LA PENSÉE DU PAPE FRANÇOIS SUR LA CRISE MONDIALE





Dans un de mes derniers articles, je relevais des affirmations inquiétantes du pape François sur la foi et l’Église.

Cette fois-ci, je tiens à partager son intervention courageuse sur la crise sociale, politique, économique et financière que vivent les hommes et les femmes de notre temps.

S’adressant à un groupe d’ambassadeurs auprès du Vatican, en ce jeudi 16 mai 2013, il leur tient un discours qui nous révèle les grandes orientations de sa pensée sur les causes et les effets des crises économiques, politiques et sociales que nous vivons.

Je vous transmets intégralement ce discours, espérant qu’il donne lieu à des échanges entre nous. Il comporte certains points qui se prêtent à diverses interprétations. Les commentaires nous permettront d’en débattre.

« Messieurs les Ambassadeurs,

Je suis heureux de vous accueillir à l’occasion de la présentation des Lettres vous accréditant comme Ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires de vos pays respectifs près le SaintSiège : le Kirghizstan, Antigua et Barbuda, le Grand-duché de Luxembourg et le Botswana. Les paroles aimables que vous m’avez adressées, et dont je vous remercie vivement, témoignent que les Chefs d’État de vos pays ont le souci de développer des relations d’estime et de collaboration avec le Saint-Siège. Je vous saurais gré de bien vouloir leur transmettre mes sentiments de gratitude et de respect, et l’assurance de mes prières pour leur personne et pour leurs compatriotes.

 Messieurs les Ambassadeurs, notre humanité vit en ce moment comme un tournant de son
histoire, eu égard aux progrès enregistrés en divers domaines. Il faut faire l’éloge des acquis positifs qui contribuent au bien-être authentique de l’humanité dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la communication par exemple.

Toutefois, il y a lieu de reconnaître aussi que la plupart des hommes et des femmes de notre temps continuent de vivre dans une précarité quotidienne aux conséquences funestes. Certaines pathologies augmentent, avec leurs conséquences psychiques ; la peur et la désespérance saisissent les cœurs de nombreuses personnes même dans les pays dits riches ; la joie de vivre s’amenuise ; l’indécence et la violence prennent de l’ampleur ; et la pauvreté devient plus criante. Il faut lutter pour vivre, et pour vivre souvent indignement. L’une des causes de cette situation, à mon avis, se trouve dans le rapport que nous entretenons avec l’argent, et dans notre acceptation de son empire sur nos êtres et nos sociétés.

Ainsi la crise financière que nous traversons, nous fait oublier son origine première située dans une profonde crise anthropologique. Dans la négation du primat de l’homme ! On s’est créé des idoles nouvelles. L’adoration de l’antique veau d’or (cf. Ex 32, 15-34) a trouvé un visage nouveau et impitoyable dans le fétichisme de l’argent, et dans la dictature de l’économie sans visage, ni but vraiment humain.

La crise mondiale qui touche les finances et l’économie semble mettre en lumière leurs
difformités, et surtout la grave déficience de leur orientation anthropologique qui réduit l’homme à une seule de ses nécessités : la consommation. Et pire encore, l’être humain est considéré aujourd’hui comme étant lui-même un bien de consommation qu’on peut utiliser, puis jeter.

Cette dérive se situe au niveau individuel et sociétal. Et elle est promue ! Dans un tel contexte, la solidarité qui est le trésor du pauvre, est souvent considérée comme contre-productive, contraire à la rationalité financière et économique. Alors que le revenu d’une minorité s’accroît de manière exponentielle, celui de la majorité s’affaiblit. Ce déséquilibre provient d’idéologies promotrices de l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, niant ainsi le droit de contrôle aux États chargés pourtant de pourvoir au bien-commun. S’installe une nouvelle tyrannie invisible, parfois virtuelle, qui impose unilatéralement, et sans recours possible, ses lois et ses règles. En outre, l’endettement et le crédit éloignent les pays de leur économie réelle, et les citoyens de leur pouvoir d’achat réel. A cela s’ajoute, si besoin en est, une corruption tentaculaire et une évasion fiscale égoïste qui ont pris des dimensions mondiales. La volonté de puissance et de possession est devenue sans limite.

Derrière cette attitude se cache le refus de l’éthique, le refus de Dieu. Tout comme la solidarité, l’éthique dérange ! Elle est considérée comme contre-productive ; comme trop humaine, car elle relativise l’argent et le pouvoir ; comme une menace, car elle refuse la
manipulation et l’assujettissement de la personne.

Car l’éthique conduit vers Dieu qui, lui, se situe en-dehors des catégories du marché. Dieu est considéré par ces financiers, économistes et politiques, comme étant incontrôlable, dangereux même puisqu’il appelle l’homme à sa réalisation plénière et à l’indépendance des esclavages de tout genre. L’éthique - une éthique non idéologique naturellement - permet, à mon avis, de créer un équilibre et un ordre social plus humains.

En ce sens, j’encourage les maîtres financiers et les gouvernants de vos pays, à considérer les paroles de saint Jean Chrysostome : « Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs » (Homélie sur Lazare, 1, 6 : PG 48, 992D).

Chers Ambassadeurs, il serait souhaitable de réaliser une réforme financière qui soit éthique et qui entraînerait à son tour une réforme économique salutaire pour tous. Celle-ci demanderait toutefois un changement courageux d’attitude des dirigeants politiques. Je les exhorte à faire face à ce défi, avec détermination et clairvoyance, en tenant certes compte de la particularité de leurs contextes. L’argent doit servir et non pas gouverner ! Le Pape aime tout le monde : les riches comme les pauvres. Mais le Pape a le devoir au nom du Christ, de rappeler au riche qu’il doit aider le pauvre, le respecter, le promouvoir. Le Pape appelle à la solidarité désintéressée, et à un retour de l’éthique pour l’humain dans la réalité financière et économique.

L’Église, pour sa part, travaille toujours pour le développement intégral de toute personne. En ce sens, elle rappelle que le bien commun ne devrait pas être un simple ajout, un simple schéma conceptuel de qualité inférieure inséré dans les programmes politiques. Elle encourage les gouvernants à être vraiment au service du bien commun de leurs populations. Elle exhorte les dirigeants des entités financières à prendre en compte l’éthique et la solidarité. Et pourquoi ne se tourneraient-ils pas vers Dieu pour s’inspirer de ses desseins ? Il se créera alors une nouvelle mentalité politique et économique qui contribuera à transformer l’absolue dichotomie entre les sphères économique et sociale en une saine cohabitation.

Pour terminer, je salue chaleureusement, par votre entremise, les pasteurs et les fidèles des communautés catholiques présentes dans vos pays. Je les invite à continuer leur témoignage courageux et joyeux de la foi et de l’amour fraternel enseignés par le Christ.

Qu’ils n’aient pas peur d’apporter leur contribution au développement de leurs pays, en ayant des initiatives et des attitudes inspirées par les Saintes Écritures !

Et au moment où vous inaugurez votre mission, je vous offre, Messieurs les Ambassadeurs, mes vœux les meilleurs, vous garantissant le soutien des services de la Curie romaine pour l’accomplissement de votre fonction. À cette fin, j’invoque bien volontiers sur vous et sur vos familles, ainsi que sur vos collaborateurs l’abondance des Bénédictions divines. »


Transmis par

Oscar Fortin
Québec, le 19 mai 2013

http://humanisme.blogspot.com

mardi 14 mai 2013

UN DERNIER TÉMOIGNAGE AVANT DE MOURIR




Il y a de ces moments de la vie, ceux précédant la mort, qui ne se prêtent ni au mensonge ni à la tromperie. Ils sont l’occasion de dire les choses les plus importantes de nature à faire réfléchir ceux et celles qui leur survivront. C’est le cas de Tomas Young, vétéran de la guerre en Irak.

Dans une lettre adressée à G.W. Bush et Dick Cheney, il livre un témoignage qui ne peut que nous interpeller tous et toutes. J’ai pensé que ce témoignage devait être écouté par le plus grand nombre possible de personnes ayant le cœur à la bonne place.

Je laisse cet espace à Tomas Young qui nous lit sa lettre adressée aux deux personnages plus haut cités.



Je vous invite à faire circuler ce témoignage qui vaut bien des écrits sur les mensonges et la manipulation avec lesquels nos dirigeants servent les intérêts des grands de ce monde en sacrifiant ceux de leurs propres peuples.

Bonne réflexion

Oscar Fortin
Québec, le 14 mai 2013


dimanche 5 mai 2013

SHIMON PEREZ AU VATICAN




DE QUI, LE PAPE FRANÇOIS, SERA-T-IL LE SERVITEUR?



Le 30 avril 2013, le pape François a reçu dans sa bibliothèque privée du Vatican le président de l’État d’Israël, Shimon Perez. Le contenu de leurs échanges n’a pas franchi les portes de cette bibliothèque, si ce n’est un communiqué faisant état de certains sujets traités sans passer sous silence l’invitation faite au pape de visiter Israël.

Ils abordèrent la situation du Proche-Orient où perdurent encore de nombreux conflits. Dans ce contexte, ils ont dit espérer que reprennent les négociations entre Israéliens et Palestiniens. Que puisse ainsi, avec des décisions courageuses et des compromis de part et d’autre, et avec l’appui de la communauté internationale, obtenir un accord respectueux des légitimes aspirations des deux peuples. Il fut également question du statut de Jérusalem ainsi que du conflit en Syrie où il est souhaité qu’une solution politique à travers le dialogue et la réconciliation des parties concernées soit trouvée et apporte la paix dans ce pays.

Le pape François accepta « avec disponibilité et joie » l’invitation de se rendre en Israël. Enfin, Shimon Perez, pour marquer, sans doute, sa proximité de pensée avec le pape François, l’informa qu’il se rendrait à Assise, au  cœur de l’Italie, pour y recevoir, dans la basilique de saint François, la « Médaille de la paix », décernée par l’Ordre des Franciscains. Une manière de dire à son interlocuteur qu’ils avaient tous les deux une même inspiration et qu’ils faisaient leurs, les objectifs de François d’Assise.

Habituellement, lorsque deux chefs d’État se rencontrent, il y a un communiqué commun qui est émis et les journalistes sont invités à poser des questions. L’État du Vatican ne se prête pas à cette procédure. Le communiqué de presse est celui du responsable des communications et non celui des deux principaux intervenants. Il est rarement suivi de questions de la part des journalistes.

Cette rencontre du pape François avec le président Shimon Perez prend toutefois un relief particulier du fait que dans les jours précédents cette rencontre, le pape François a reçu une lettre des chrétiens de la Palestine, l’interpellant pour qu’il intervienne en faveur du peuple palestinien, dénonçant, entre autres, les crimes commis par Israël.

« ‪Nous sommes menacés de voir la plupart de nos terrains confisqués par l’occupant militaire israélien qui a déjà commencé à construire le fameux mur “annexant la terre palestinienne chrétienne” », écrivent les représentants de la ville chrétienne de Beit Jala, près de Bethléem, dans une lettre au pape obtenue par l’AFP.

Les signataires accusent les autorités israéliennes de vouloir « séparer Bethléem et les régions avoisinantes de Jérusalem et de nos lieux saints ».

« Votre sainteté, votre élection nous a apporté l’espérance que les choses changeraient. Nous avons encore espoir », poursuit la missive envoyée au moment où le Pape s’apprête à recevoir cette semaine le président israélien Shimon Peres, « un des principaux auteurs de la politique israélienne de colonisation en Palestine occupée », selon le texte.

La justice israélienne s’est prononcée la semaine dernière en faveur de la construction du mur de séparation dans la vallée palestinienne de Crémisan, près de Bethléem. Une commission spéciale d’appel, statuant sur les confiscations de terre, a rejeté les recours présentés par les propriétaires fonciers de Crémisan et par la Société Saint Yves de Jérusalem, une association catholique de défense des droits de l’Homme qui représentait les religieuses d’un couvent salésien également affectées par le tracé du mur. »

Les conflits au Moyen-Orient et tout particulièrement celui entre Palestiniens et Israéliens seront une mise à l’épreuve de l’indépendance du pape François des pouvoirs, dominants la région et de sa détermination de soutenir les revendications du peuple palestinien, fondées sur le droit international.

De qui le pape François sera-t-il le serviteur? Sera-t-il solidaire de l’État d’Israël et des politiques de Washington au Moyen-Orient ou prendra-t-il la défense des droits du peuple palestinien et de ceux qui souffrent de leurs ingérences dominatrices?

Une histoire à suivre.

Oscar Fortin
Québec, le 5 mai 2013