PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

mercredi 19 juin 2013

LE VENEZUELA AU VATICAN




Dans un article récent "Le Venezuela en état d'alerte" que plusieurs sites internet ont publié, je promettais de revenir sur ces rencontres du gouvernement et de l'opposition avec les autorités du Vatican. C'est en réponse à cette promesse que je partage avec vous cet article.  Pour ceux qui n'auraient pas lu le premier article je les refaire aux sites suivant ainsi qu'aux commentaires auxquels il a donné lieu:







LE VENEZUELA AU VATICAN




Hier, le 17 juin, le pape François recevait dans sa bibliothèque personnelle le Président du Venezuela, accompagné pour la circonstance de plusieurs dignitaires, dont sa conjointe, Cilia Flores.

Dans un tête-à-tête d’une durée de 20 minutes, le Pape et le Président ont échangé sur divers sujets, dont la situation politique, économique et sociale au Venezuela. Il a été question des principaux défis qu’il affronte présentement, particulièrement ceux reliés à la diminution des indices de pauvreté ainsi que ceux liés à la lutte contre les ravages de la criminalité et de la contrebande des drogues.

Le pape a manifesté sa joie pour les efforts du Venezuela en faveur de la paix en Colombie. À ce sujet, le président Maduro a réaffirmé l’engagement du Venezuela pour que le peuple colombien trouve une solution au conflit armé

Il a profité de l’occasion pour indiquer au Pape que la reconnaissance de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) est consécutive à l’effort déployé par le Venezuela, au cours des dix dernières années, pour atteindre les grands objectifs du Millénaire dans la lutte contre la faim et la pauvreté.

« Au cours d'une cérémonie de haut niveau à laquelle ont assisté plusieurs chefs d'État, 18 pays se sont vus décerner un diplôme reconnaissant qu'ils ont atteint, de manière anticipée, tant le premier objectif du Millénaire pour le développement (OMD 1), à savoir la réduction de moitié des personnes souffrant de la faim d'ici 2015 , que du second objectif, plus ambitieux, consistant à abaisser de moitié le nombre absolu de personnes sous-alimentées d'ici 2015. »

Le président Maduro a proposé au pape François de faire une grande alliance sociale entre le Saint-Siège et le Venezuela, pour développer et soutenir à travers le monde des politiques qui ont été des succès en Amérique latine, en matière d’alimentation, de santé et de bien-être social.  L’objectif étant de rejoindre les plus humbles pour leur apporter santé et éducation.

Ce fut une rencontre cordiale qui a ému profondément le président Maduro qui ne cache pas la foi qui l’anime. D’ailleurs, en se retirant, il a demandé au pape de le bénir, ce qu’il fit en signant de sa main une croix sur le front du croyant Maduro. 

Pour compléter ce bref résumé, je vous renvoie aux photos qui en disent beaucoup plus long sur cette rencontre.



Le 18 juin, ce fut le tour des représentants de l’opposition à être reçus, non pas par le Pape, mais par le secrétaire d’État, responsable des relations extérieures. Ces derniers, en dépit du fait qu’ils aient beaucoup insisté pour que le Pape les rencontre, ont dû s’en tenir à ce qui avait été préalablement prévu.  

Le site espagnol, Religion Digital, celui-là même qui avait, la veille, commis la bavure d’une photo truquée pour coiffer la rencontre du président Maduro avec le pape François, ne fit aucune allusion à cette rencontre. Il en fut de même ce matin, mercredi, lors de l’audience générale du Pape sur la Place St-Pierre. Ces derniers devaient y participer, mais rien n’a été relevé de leur présence dans les médias consultés. C’est comme si, à Rome, la machine à propagande n’avait pas fonctionné.

Je ne puis m’empêcher de faire allusion au sermon que le pape François a l’habitude de faire à sa messe quotidienne dans la chapelle Santa Marta où il réside. Le sujet de ce jour était de prier pour ses ennemis, de ne pas chercher à se venger, mais à apprendre à les aimer en priant pour eux, pour que leur cœur s’ouvre à la vie.

Ce message m’a rappelé celui des années 1960 et 1970, que l’Église latino-américaine utilisait à profusion pour contenir les mouvements révolutionnaires qui voulaient des changements structurels devant favoriser la justice et la solidarité. À l’époque, les oligarchies civiles s’en accommodaient bien, puisque l’Église, par son message, incitait ses fidèles à chercher la transformation des cœurs plutôt que celle des structures.

Aujourd’hui, le même discours se retourne contre ces oligarchies qui commencent à perdre de leurs pouvoirs.  Ce sont elles, maintenant, qui élaborent des plans de déstabilisation et de renversement de gouvernements par la force, par la corruption, par l’assassinat. Elles ne le font pas pour qu’il y ait plus de justice et de solidarité, mais pour reprendre le contrôle du pouvoir et des richesses. Une opposition qui sait utiliser le mensonge aussi souvent qu’elle le peut et la haine chaque fois que c’est possible.

J’ignore si le pape François a pensé à ces temps pas trop lointains. Toujours est-il, qu’il a développé cette réflexion au lendemain de sa rencontre avec le président Maduro et le jour même où l’opposition oligarchique et agressive du Venezuela rencontrait au Vatican le responsable des relations extérieures. 

Le pape François, qui a subi, à n’en pas douter, de fortes pressions pour les rencontrer, n’a pas donné suite à leur requête. C’est comme s’il disait à cette opposition  dont le caractère violent a été porté à son attention: « Aimer ses ennemis c’est difficile, mais c’est ce que nous demande Jésus. »

CONCLUSION

Je crois que cette rencontre du président Maduro et du pape François marque un tournant important dans les relations de l’Église avec le Gouvernement bolivarien.

Déjà des rencontres entre des représentants de l’épiscopat vénézuélien se réalisent dans le but de mettre en commun les efforts visant la résolution des problèmes de pauvreté, de violence, d’exclusion sociale.

L’opposition n’aura pas eu au Vatican la même attention que lui a accordée Santos, en Colombie et l’Administration étasunienne à Washington.

Le pape François a relevé ce premier grand défi politique avec les honneurs et la  cohérence de son message évangélique.




Oscar Fortin
Québec, le 19 juin 2013-06-19
http://humanisme.blogspot.com

lundi 17 juin 2013

LE PRÉSIDENT MADURO AVEC LE PAPE FRANÇOIS





C’est la première photo officielle, à 8h30 de notre heure, de la rencontre du Président du Venezuela avec le pape François. Je fus évidemment heureux de voir cette photo surtout que sur un autre site figurait une autre photo, de toute évidence résultat d’un montage n’ayant rien à voir avec ladite rencontre, coiffant l’article faisant état des échanges entre le pape François et le président Nicolas Maduro. Je suppose que les plaintes ont fait réagir l’éditeur du site, car à peine deux heures plus tard, elle fut remplacée par à une photo officielle. Sans m'en accorder le mérite, j'avais toutefois écrit dès les premiers instants à l'éditeur du site pour lui mentionner la bévue. Au même moment j'ai transmis l'information à http://www.telesurtv.net/ qui m'ont aussitôt répondu. Toujours est-il que les changements ont été faits comme il se devait.









Une photo qui montre un Maduro  plutôt « mauvais garçon et de mauvaise humeur », en chemise, qui ne se jette pas dans les bras du pape François qui lui entrouvre sa porte. les mains tendues comme un père à la rescousse d’un enfant perdu.

La photo qui coiffe le présent article est une photo de vérité qui montre le président, vêtu de son complet foncé, échangeant avec le pape. La seconde en est une de mensonge. Une photo qui vise à tromper le lecteur et la lectrice sur la personnalité du président Maduro et sur la manière dont s’est déroulée cette rencontre. Une photo construite plus pour dénigrer que pour valoriser, plus pour tromper que pour refléter la réalité.

Je me permets de vous transmettre les véritables photos de cette rencontre historique.









On remarque une certaine retenue du pape François, lui habituellement si chaleureux avec ses visiteurs. Qu’on se souvienne de sa rencontre avec le président Correa de l’Équateur ou de celle avec le président d’Uruguay, Jose Mujica. Dans le cas présent, il se comporte comme quelqu’un qui ne doit pas exprimer trop d’enthousiasme à l’endroit de son visiteur. De toute évidence, il a été préparé par l’épiscopat vénézuélien et le nonce apostolique qui ne cachent pas leur sympathie pour l’opposition, en taisant les crimes de cette dernière et en ramenant à la « UNE » des médias qu’au Venezuela il faut qu’il y ait réconciliation et que celle-ci doit se faire à l’initiative du gouvernement, véritable responsable des divisions qui règnent dans le pays.

Un album complet de photos donne à penser que le pape François a passé un bon moment avec la délégation gouvernementale vénézuélienne.

http://www.sibci.gob.ve/2013/06/encuentro-del-presidente-maduro-con-el-papa-francisco-foto/

Demain, mardi et mercredi, ce sera une délégation de l’opposition officielle qui prendra d’assaut le Vatican. Il y aura, mardi, une rencontre avec le responsable des relations extérieures du Vatican et, mercredi, ils participeront, comme d'authentiques apôtres de l'Évangile, à l'audience générale du pape. Voici quelques références de lecture de la presse officielle qui couvre bien les intérêts de cette opposition.






Les vrais défis commencent pour le pape François. Il sait qu’il ne peut servir deux maîtres.

Oscar Fortin
Québec, le 17 juin 2013

WASHINGTON ET LE VATICAN



 
C’est un secret pour personne que Washington, centre du pouvoir de l’empire, s’intéresse particulièrement à l’État du Vatican, centre du pouvoir religieux et politique des catholiques dans le monde.

Sous les deux derniers papes, l’alliance entre ces deux pouvoirs a été particulièrement intense et indéfectible. On n’a qu’à penser à la remise par le président G.W. Bush de la médaille de liberté au pape Jean-Paul II ou encore à cet anniversaire de Benoît XVI, célébrée dans les jardins de la  Maison-Blanche. Pour ceux et celles qui voudraient en voir toutes les ramifications et subtilités, je vous invite à lire cet autre article que vous trouverez ici.

L’arrivée du pape François  n’est pas sans susciter quelques inquiétudes à Washington. Son amour des pauvres devient de plus en plus dérangeant, d’autant plus qu’il commence à en identifier les causes structurelles, dont le capitalisme sauvage, l’individualisme, la cupidité et les ambitions de pouvoir. Les inégalités sociales sont de plus en plus criantes et la paix par les armes ne peut qu’engendrer plus de guerres.

Washington ne saurait demeurer les bras croisés comme si rien ne se passait. Il lui faut, comme il le fait dans la majorité des gouvernements du monde, placer de ses hommes sur qui il pourra compter à des postes stratégiques du pouvoir. Au Vatican, ce sont les postes près du pape. Le plus important de ceux-ci, après celui du pape, est celui de Secrétaire d’État du Vatican. Un poste central, comme l’est celui d’un premier ministre. Voici ce qu’en dit la Constitution Pastor Bonus :

« Relèvent de sa compétence les relations diplomatiques du Saint-Siège avec les États, y compris l'établissement de Concordats ou d'accords similaires, la représentation du Saint-Siège auprès des conférences et des organismes internationaux; dans des circonstances particulières, sur mandat du Souverain Pontife et après consultation des Dicastères compétents de la Curie, la préparation des nominations dans les Églises particulières, ainsi que la constitution de ces dernières ou leur modification; les nominations des évêques dans les pays qui ont conclu avec le Saint-Siège des traités ou des accords de droit international, en collaboration avec la Congrégation pour les Évêques. » 

Qui sera l’élu du pape François pour occuper ce poste stratégique dans la gestion et les orientations de l’État du Vatican?

Une des figures de plus en plus mises de l’avant est celle du cardinal du Honduras, Oscar Andres Rodriguez Maradiaga. Son nom est apparu une première fois lors de la nomination des six (6) cardinaux choisis par le pape François  pour lui suggérer les réformes à apporter à la Curie romaine.

QU’EST-IL DONC CE CARDINAL DU HONDURAS ?

Pour certains, dont je suis, il est le cardinal qui a soutenu le coup d’État militaire au Honduras, en juin 2009. Un coup d’État qui a chassé de la Présidence du pays Manuel Zelaya, démocratiquement élu en 2005. Un coup d’État téléguidé de Washington. Ce fut donc un moment clef où s’est fissurée l’image qu’il projetait d’être avec les pauvres et sympathisant  de la théologie de libération. Il s’est plutôt affirmé comme fidèle aux politiques de Washington et à celles des oligarchies nationales.

IL a été impliqué dans des rencontres préparatoires à ce coup d’État. Aucun coup d’État ne serait possible en Amérique latine sans la complicité de la cupule hiérarchique de l’Église catholique. Le Honduras n’y échappe pas.

Le cardinal, que l’on dit intelligent et bien informé, ne pouvait ignorer que le motif invoqué pour le renversement du président légitime, à savoir une consultation non contraignante sur la pertinence de faire voter la formation d’une constituante lors du prochain scrutin présidentiel, ne comportait aucune intention de la part de ce dernier de demander un second mandat. Dans les circonstances, c’était même impossible. Il n’était aucunement candidat à cette élection. Ceci ne modifia en rien son appui à ce coup d’État militaire, jugé tout à fait légale par lui et la conférence des Évêques.

Il ne pouvait ignorer que la signature au bas de la soi-disant lettre de démission du Président, était une falsification de la signature de ce dernier et une manœuvre déloyale pour faire avaler cette couleuvre (coup d’État) à l’opinion mondiale. Loin d’en dénoncer le caractère criminel, il fit comme si rien n’en était.

Il savait que les États-Unis, à travers sa base militaire au Honduras et son ambassadeur, étaient directement impliqués dans ce coup d’État. Il n’en dira rien.

Pendant toute la période de répression qui a suivi, il s’est fait bien silencieux sur les crimes commis. Des journalistes ont été assassinés et des dirigeants syndicaux éliminés. On ne l’a pas vu s’élever contre des militaires et ces élites qui menaient l’État comme bon leur semblait. Pour un sympathisant de la théologie de libération, comme certains aimaient à le dire, c’était une volte-face à la démocratie et aux laissés pour compte.

En janvier 2010, suite à l’élection du nouveau président Porfirio Lobo, au profil oligarchique acceptable, le cardinal Maradiaga a ces mots d’encouragement lors de la messe d’assermentation :

« Réjouissez-vous, chers frères et chères sœurs, vous qui êtes appelés à diriger ce pays. Dieu vous a choisis, car Dieu bénit le Honduras ».

« Nous voulons que règnent parmi nous la communion, la fraternité, la réconciliation et la paix ».
« Nous nous réjouissons dans le Seigneur quand un Hondurien respecte un autre qui pense différemment, quand nous ne nous traitons pas comme des ennemis, mais comme des frères, quand nous nous regardons dans les yeux et nous reconnaissons le fils de Dieu, du même père, du Honduras et de Notre-Dame de Suyapa ».
« Nous sommes pleins d'espérance, car nous savons que l'humanisme chrétien guidera cette nouvelle étape du Honduras, et souhaitons pouvoir tous collaborer à ce projet pour le bien de la nation ».

Voilà bien un discours qui mériterait à lui seul une analyse approfondie. Toutefois, on peut se poser dès maintenant une question de fond. Pourquoi n’avoir pas tenu ce discours aux oligarchies et aux putschistes avant qu’ils commettent leurs crimes en juin 2009? Loin de là, il suggère même que les élus de Dieu, que sont les nouveaux dirigeants oligarchiques, sont les authentiques porteurs de l’humanisme chrétien et que les autres, ceux qui les ont précédés, n’étaient ni les élus de Dieu, ni les porteurs de l’humanisme chrétien. De quoi faire réfléchir sur l’idéologie qui le guide.

Je vous réfère à un article, écrit sur le sujet en juillet 2009. Il y a aussi ce débat qu’a suscité cette invitation de l’Institut catholique de Paris au cardinal Maradiaga pour en faire un Docteur honoris causa. Sur cette question, je vous réfère également à cet article de Golias. Cette cérémonie, suite aux nombreuses protestations, a été annulée.

Nous sommes évidemment loin de la présentation que nous en fait Wikipédia.

QUE CONCLURE ?

Comme croyant, je crois à la conversion, celle qui transforme radicalement une personne. Je crois également qu’il est relativement facile de se couvrir de l’homme nouveau sans en être vraiment. Sur le pape François, je n’ai aucun doute de l’authenticité de son engagement et de son désir profond de servir d’abord et avant tout les humbles de la terre en vivant le message évangélique. Sur le cardinal Oscar Àndres Rodriguez Maradiaga, c’est autre chose.

Si Washington est à la recherche d’un candidat pour bien le représenter au sein de l’État du Vatican, il n’a qu’à continuer subtilement à en aire la promotion. Ce dernier a le profil de la fonction pour ménager les intérêts de Washington et des oligarchies.

Pour le pape François, la nomination d’un nouveau secrétaire d’État est une décision cruciale qu’il devra prendre dans les semaines ou les mois qui viennent. S’il veut poursuivre sur la voie qu’il a prise, il lui faut, comme secrétaire d’État, un converti aux évangiles et un témoin qui en assume pleinement les réalités dans son quotidien.
L’Église n’en est plus à des changements cosmétiques, mais à des changements radicaux.  Elle doit se reconvertir aux impératifs évangéliques de la vérité, de la justice, du service, de la solidarité et de la compassion. Il n’y a pas de place pour un entre deux. L’heure est comme arrivée oz on ne peut plus servir deux maitres à la fois.

Oscar Fortin

Québec, le 16 juin 2013