PENSÉE

LA DÉMOCRATIE QUI NE FAIT PAS DU PEUPLE LE RESPONSABLE DE SES DÉCISIONS EST UNE TROMPERIE.

LA RELIGION QUI NE RECONNAÎT PAS LA FOI COMME UN DON PERSONNEL DE DIEU EST UNE MANIPULATION.

LE BIEN COMMUN QUI NE SE FONDE PAS SUR LA JUSTICE ET LA VÉRITÉ EST UNE ESCROQUERIE.

Oscar Fortin

Blog espagnol

lundi 25 novembre 2013

ÉLECTIONS 2013 AU HONDURAS


UNE FRAUDE ANTICIPÉE
Il est 5 h du matin, 24 novembre 2013. Les Honduriens se préparent à aller voter. Les sondages donnent une avance de 8 à 4 points au parti de Xiomara Castro, avec une marge d’erreur de 3 % sur ses plus proches adversaires. La victoire de cette dernière marquerait le retour en force des orientations politiques de l’ex-président, Manuel Zelaya, victime, en juin 2009, d’un coup d’État militaire.
Xiomara Castro, épouse de l’ex-président, a créé un nouveau parti politique, Liberté et Refondation (LIBRE), avec le soutien des principaux acteurs de la résistance au coup d’État militaire de 2009. Plusieurs de ses leaders ont été assassinés tout au long des quatre dernières années. Dans la même période, plus de 30 journalistes ont connu le même sort.
Le programme politique de ce nouveau Parti s’inspire du socialisme du XXIe siècle, une sorte de réaménagement des relations entre le privé et l’État, ce dernier prenant acte et cause en faveur des intérêts prioritaires du peuple. Cette relation peut se résumer dans cet axiome : l’État autant que nécessaire et le Privé autant que possible. Une sorte de renversement de ce qui existe actuellement : l’État le moins possible et le Privé le plus possible.
Advenant son élection à la présidence, Xiomara Castro mettra aussitôt en marche une constituante visant à doter le pays d’une LOI FONDAMENTALE qui reflète bien les intérêts et les droits du peuple hondurien. De quoi modifier fondamentalement le visage politique, social et économique du Honduras. Pas surprenant, qu’en dépit de la désinformation et des divers moyens de pression dont disposent les autorités actuelles et leurs alliés oligarchiques et impériaux sur les citoyens, que ces derniers soient majoritairement en faveur de ce nouveau Parti politique.
Il faut dire que le Honduras est actuellement une chasse gardée des oligarchies nationales et un territoire occupé par les États-Unis qui y disposent de deux bases militaires. L’État et tous les pouvoirs qui s’y retrouvent sont placés sous contrôle de ces oligarchies et de l’Empire. Il en va de même des forces armées qui obéissent aux intérêts de ces derniers.
Alors, voici le cadre entourant la tenue de cette élection présidentielle : 28 000 membres des forces armées et de la police seront déployés à travers tout le pays pour assurer la sécurité et un Conseil électoral national, présidé par un membre du Parti national dont le candidat à la présidence fait la lutte au Parti LIBRE. Ce dernier n'a aucun représentant au sein de ce TNE. Cette présence ne fut tout simplement pas désirée.

Aujourd’hui, 25 novembre, je réalise que tout est déjà cuisiné et que le candidat du Parti national sera le prochain président du Honduras. L’ambassadrice des États unis au Honduras est bien d’accord avec ce résultat. Certaines rumeurs veulent qu’elle ait été présente dans les bureaux du Conseil national électoral tout au long de la soirée.
Évidemment, les opposants à l’actuel régime et ceux qui croient que le vote du peuple n’a pas été respecté, s’unissent pour réclamer le respect de ce vote du peuple.

Ce matin, les représentants du  parti LIBRE ont confirmé qu’il n’y aura aucune négociation qui trahisse le peuple du Honduras, en référence au Tribunal Suprême Électoral (TSE). Toutefois, par la voix de son président, Manuel Zelaya, ils ont précisé qu’ils sont d’accord pour un « dialogue » et des accords politiques toujours et pour autant qu’ils soient transparents et en défense des droits des Honduriens.
Lors de cette conférence de presse, ils ont clairement indiqué qu’il y a eu des irrégularités dans le comptage des votes.  Ils insistent pour que le TSE  fasse la démonstration « urne par urne, acte par acte, village par village » que leurs résultats, différents de ceux présentés par leur parti politique LIBRE, sont les bons résultats, ceux correspondant à la volonté clairement exprimée du peuple hondurien.
Pourquoi, se demandent-ils, hier soir, juste avant l’annonce officielle des premiers résultats, le TSE a écarté 20 % des urnes reçues au central, évitant ainsi de comptabiliser les votes qui s’y trouvaient ? Pourquoi les avoir cachés, ne pas les avoir comptabilisées? Il y  a surement une raison pour avoir fait cela.

Selon les dirigeants de LIBRE, le comptage à la porte des urnes, donne un résultat qui fait de la candidate du parti LIBRE l’élue de la population hondurienne.
Manuel Zelaya, en tant que président du parti LIBRE, demande tout simplement au TSE de comparer de façon transparente les données officielles du TSE avec les leurs. S’ils font la démonstration que leurs données sont les bonnes, ils respecteront la volonté du peuple. Par contre, si c’est l’inverse qui se produit, il appartiendra alors au TSE d’apporter les correctifs qui permettront de respecter la volonté du peuple. Ce sera alors la candidate Xiomara Castro qui sera reconnue comme la nouvelle Présidente du Honduras.


Les représentants de la Conférence des partis politiques progressistes de l’Amérique centrale, présents comme observateurs à cette élection ont émis leurs propres réserves sur la transparence ce scrutin.

Ils ont relevés, entre autres, que 20 % des actes n’ont pas été transmis et qu’un autre 20 % n’a pas été scanné alors que d’autres n’ont même pas été comptabilisés.

Ils invitent donc le Tribunal suprême électoral  à régulariser les actes manquants pour les comptabiliser et les scanner, prenant en compte les observations suivantes : « 20 % des actes ont présentés des irrégularités, ceux des 611 centres de votation qui ne sont jamais arrivés au Tribunal et les 1800 qui n’ont pas été transmis. Un nombre suffisant de votes pouvant modifier substantiellement les présents résultats.

La confirmation de la transparence des résultats sera, selon eux, la meilleure manière pour le TSE de confirmer sa crédibilité devant le pays et la communauté internationale.

Déjà, le candidat du Parti national du Honduras, Juan Hernandez, en avance, selon le TSE, dans le comptage des votes,  se comporte comme le nouveau président du Honduras. Pour le moment, il n’y a que 62% des actes de votation de comptabiliser. Lui également considère que le vote du peuple est sacré. Une raison de plus pour bien s'assurer que le compte est bon.
Il faut remarquer l’empressement de la représentante des États-Unis au Honduras pour reconnaître ce nouveau Président.  Il s’agit de la même administration étasunienne qui n’a pas encore reconnu les résultats de l’élection de Nicolas Maduro, nouveau président au Venezuela depuis avril dernier, pourtant confirmés par toutes les instances institutionnelles du pays et la communauté internationale.
Un autre exemple de la démocratie des grands et des puissants. Tout est cuisiné d’avance. Pas de surprise et malheur aux récalcitrants. Des élections clés en main. Ils en sont des spécialistes.
Oscar Fortin
Québec, le 25 novembre 2013

jeudi 21 novembre 2013

LA DÉMOCRATIE DES GRANDS ET DES PUISSANTS


UNE DÉMOCRATIE SOUS RESPIRATEUR ARTIFICIEL
LE CHILI EN EST UN BEL EXEMPLE
Comment peut-on faire une telle affirmation (voir le titre) alors que la presse locale et internationale ne cesse de nous parler de cette grande démocratie qu’est devenu le Chili après la dictature de Pinochet? Ne venons-nous pas d’assister à une élection générale, pour la présidence du pays avec neuf candidats à la conquête de l’appui du peuple pour occuper cette prestigieuse fonction? 
Dans tous les médias, on proclame la grande victoire démocratique, au premier tour, de la candidate Michèle Bachelet avec 45,5 % des voix. Sa plus proche concurrente, la candidate Evelyn Matthei, la suit avec 24,9 % des voix. La candidate Bachelet, n’ayant pas obtenu le 50,1 % des votes nécessaires pour être élue présidente dès le premier tour, devra faire de nouveau la lutte, le 15 décembre prochain, à sa plus proche adversaire. 
Tout a l’allure de ce qu’il y a de plus démocratique. Pourtant, lorsque nous regardons les choses de plus près, nous réalisons que le peuple, fondement même de toute démocratie, n’y est pas. 
J’ai interrogé Google pour avoir l’ensemble des données relatif à cette élection, surtout celle indiquant le taux de participation de l’électorat chilien ayant droit de vote. Sur ce dernier point, je n’ai eu aucune réponse. Je tire donc mon information d’un article publié en espagnol sur le site Rebelion et reproduit en français sur le site Mondialisation. 
D’abord, disons que la démocratie se définit comme le pouvoir du peuple pour le peuple. Ce pouvoir s’exprime à travers des élus par le peuple qui prennent les commandes des pouvoirs de l’État pour les mettre au service des intérêts du peuple. 
Alors, qu’advient-il de la démocratie lorsque le peuple ne retrouve plus dans les candidats qui lui sont présentés la crédibilité nécessaire pour aller voter pour eux? En d’autres mots, que peut-il faire lorsque le système de mise en candidature, celui de votation et de représentation ne font qu’accentuer l’illusion d’une démocratie, sans que celle-ci y soit vraiment? 
Qu’en est-il de ces dernières élections au Chili, celles du 17 novembre 2013?
En démocratie, on ne peut négliger, lors des élections, le taux de participation du peuple dans le choix de ses représentants.  Dans le cas de la présente élection, le taux de participation fut de 48,7 % sur un électorat de 13 500 000 personnes, soit une participation totale de 6 576 948 électeurs et électrices. C'est dire que la majorité de la population n'est pas allée voter. 
De ces électeurs et électrices qui sont allés aux urnes, la candidate Bachelet a reçu l’appui de 45,5 % d’entre eux, soit 2 992 511 personnes. Ce 45,5 % sorti des urnes devient 22,16 % lorsque mis en relation avec l’ensemble de l’électorat. 
La candidate de l’opposition a reçu, pour sa part, 24,99 % des votes pour un total de 1 637 660 personnes.  Par rapport à l’ensemble de l’électorat, ça représente 12,13 % de ce même électorat. 
Ainsi, le 15 décembre prochain le peuple chilien aura à choisir entre deux candidates dont le total des votes reçus au premier tour ne dépasse pas 34,29 % de l’électorat chilien. C’est dire que les 65 % de l’électorat (la grande majorité du peuple) qui n’ont pas voté pour l’une ou l’autre de ces deux personnes n’auront d’autres choix que de voter pour l’une ou l’autre ou encore de ne pas voter ou d’annuler leur vote.  
Il y a évidemment un malaise démocratique qui n’est malheureusement pas unique au Chili et que l’on passe trop souvent sous silence. Qu’il suffise de mentionner le cas du Canada où le premier ministre Harper occupe ce fauteuil avec moins de 25 % de l’électorat canadien et moins de 40 % des électeurs et électrices qui sont allés voter.  
Il s’agit, en somme, d’un système, type respirateur artificiel, assez bien tricoté pour que les peuples n’arrivent vraiment pas à imposer leur volonté. Il y a, évidemment, le « diviser pour régner », mais aussi la manipulation, la corruption, les médias et surtout une constitution faite à l’image et à la ressemblance de ceux et celles qui font de l’État l'outil indispensable pout assurer et défendre leurs propres intérêts. Le Chili est l’un des dix pays les plus inégalitaires dans le monde. Il ne faudrait surtout pas que les pauvres, souvent majoritaires, en arrivent à pouvoir réellement décider de leur destin.  
Je me permets, à titre de comparaison, de vous présenter le vécu démocratique de trois pays de l’Amérique du Sud. Ces trois pays que sont le Venezuela, l’Équateur et la Bolivie ont ceci de particulier qu’ils ont en commun ce grand projet qu’on appelle la démocratie participative. Lors du Sommet des Amériques, réalisé à Québec, en 2000, Chavez avait proposé que l’on fasse de cette démocratie, celle de tous les pays d’Amérique. Évidemment, sa proposition n’a pas été retenue, et pour causes. 
Il s’agit d’une démocratie qui implique le peuple avant, pendant et après les élections dans les grandes orientations politiques, économiques et sociales. Pas surprenant que dans ces pays la participation de l’ensemble de l’électorat dépasse les 76 %, allant dans certains cas jusqu’à 98 % comme ce fut récemment le cas en Équateur. 
Voyons cela de plus près. 
 
En Équateur les élections présidentielles du 17 février 2013 donnèrent les résultats suivants : sur 11.6 millions d’électeurs et d’électrices, 11 30 725 se sont rendus aux urnes pour voter, soit 98 %. Rafael Correa, le président sortant, a reçu l’appui de 56,7 % de ceux et celles qui sont allés aux urnes, soit 6 452 871 votes, ce qui correspond pour l’ensemble de l’électorat à 55,62 % de l’ensemble de l’électorat équatorien. De quoi faire réfléchir le Chili et bien d'autres démocraties.
Au Venezuela, il y a eu l’élection du 7 octobre 2012 à laquelle se présentait Hugo Chavez. Le taux de participation à ces élections a été de 80 % sur les 18 millions 460 mille 143 électeurs et électrices ayant le droit de vote. Chavez a remporté ces élections avec 55,15 % des suffrages exprimés, soit 8 062 056 votes en sa faveur. Son adversaire, Enrique Capriles, recueillit 6 468 450 votes, soit 44,13 % de ceux et celles qui sont allés voter. 
 
Dans le cas de l’élection présidentielle d’avril 2013, mettant en présence Nicolas Maduro, désigné par Chavez avant de mourir, et Enrique Capriles, le candidat défait, en octobre 2012, le taux de participation a été de 79,17 % des 18 460 143 personnes ayant le droit de vote, soit une participation de 14 901 740 personnes qui sont allées aux urnes. Le candidat Maduro a obtenu 50, 75 % des votes de ces derniers, alors que son adversaire, Capriles ,en a reçu 48,97 %.
 
En Bolivie, les élections présidentielles de décembre 2009 convoitaient aux urnes 5 139 554  personnes ayant le droit de vote. Lors du scrutin, 4 859 440 personnes se présentèrent pour  voter, soit 94,5 % de l’électorat. Evo Morales reçu l’appui de 2 943 209 électeurs et électrices, soit 64, 2 % des votes ou si l’on veut 57,26 % de l’ensemble de l’électorat bolivien.
Dans ces trois pays, les peuples sont mobilisés et participent à la vie politique et sont mis à contribution dans l’exercice des pouvoirs de l’État. Il s’agit de peuples conscientisés et plus impliqués dans les politiques visant le bien commun de la majorité du peuple et non seulement de certains groupes privilégiés qui avaient l’habitude de se servir à même les ressources de l’État. Tous les trois ont été élus sous les anciennes constitutions qu'ils ont aussitôt soumises, une fois élus,  à une constituante pour en faire une constitution du peuple pour le peuple.Tous les trois ont été victimes de tentatives de coups d’État et continuent d’être constamment mis à l’épreuve d’actions criminelles de déstabilisation de leurs gouvernements. La propagande et les médias officiels les présentent comme des gouvernements autoritaires, anti-démocratiques. 
Il n’est donc pas surprenant que leurs adversaires, ayant toujours une main mise forte sur de nombreux gouvernements et États de l’Amérique latine et des Caraïbes, craignent leur influence et l’arrivée en force de ces majorités que sont les peuples. Pour ce faire, tous les moyens sont bons pour garder le contrôle sur les partis politiques et les candidats qui se présentent aux élections. Ils ne favorisent pas l'éducation plus qu'il ne faut de crainte que l'accès au savoir devienne une source importante de conscientisation des peuples et les conduisent à s'impliquer massivement dans toute cette mécanique du système dont ils ont, pour le moment, le plein contrôle.  Au Chili, le vote était, il n’y a pas encore si longtemps, obligatoire. Cette obligation a été supprimée, Ce fait n’explique toutefois pas tout, puisque l’abstention peut également devenir, dans pareille circonstance, une manifestation contre un système qui ne le rejoint plus. 
Lorsqu’un peuple, dans sa majorité, s’abstient de participer à une élection, les apôtres de la démocratie devraient se poser de sérieuses questions. Le plus paradoxal dans tout cela, c’est que ces chantres de la démocratie dénoncent la démocratie participative qui répond aux intérêts des peuples, et font l’éloge de cette démocratie qui n’a rien de démocratique. On comprend mieux pourquoi on ne souhaite pas trop que les jeunes de tous les milieux s’instruisent et prennent conscience de cette grande tromperie. 
La majorité de nos pays, dits démocratiques, sont gouvernés par des partis politiques qui ont fait allégeances aux grands maîtres qui leur ont permis d’être là où ils sont. Ils sont davantage les élus de l’empire et des oligarchies que de leurs peuples. Il n'est pas illusoire de penser que la démocratie puisse servir en priorité les intérêts des peuples. Les pays émergents de l'Amérique latine nous en donnent des exemples tous les jours. 
Oscar Fortin
Québec, le 22 novembre 2013

samedi 9 novembre 2013

PAS DE VÉRITABLES RÉFORMES DE L'ÉGLISE SANS LES PROPHÈTES







Cette affirmation, à l’allure prétentieuse, trouve son inspiration et son fondement dans cet extrait de la lettre de Paul aux Éphésiens :


« Vous êtes intégrés dans la construction dont les fondations sont les apôtres et les prophètes, et la pierre d'angle Jésus-Christ lui-même. 21 C'est lui qui assure la solidité de toute la construction et la fait s'élever pour former un temple saint consacré au Seigneur. » (Ép. 2,20-21)

Ce que nous dit Paul c’est que l’Église repose à la fois sur l’autorité hiérarchique que représentent les apôtres et sur celle des prophètes. Si l’une de ces deux autorités s’approprie l’ensemble des pouvoirs de l’Église, cette dernière ne saurait être l’Église dont le Christ est la pierre d’angle.

LES PROPHÈTES

Dans l’histoire de l’Ancien Testament, les prophètes jouent un rôle fondamental. Ils sont la parole libérée qui rappelle aux  grands-prêtres et aux rois, le sens à donner à la Révélation divine. Ils dénoncent avec vigueur les fausses interprétations qu’ils s’en donnent, souvent pour mieux justifier leurs méfaits et se donner bonne conscience. Ce sont ces mêmes prophètes qui proclament que la foi ne consiste pas en des pratiques cultuelles, mais en des engagements de vie au service des pauvres et des plus délaissés.

« Cessez d'apporter de vaines offrandes : j’ai en horreur l'encens, les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées; je ne puis voir le crime s'associer aux solennités. Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux; quand vous multipliez les prières, je n'écoute pas : vos mains sont pleines de sang. Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, protégez l'opprimé; faites droit à l'orphelin, défendez la veuve. (Is.1, 13-17) »

« Ainsi parle l'Éternel : pratiquez la justice et l'équité; délivrez l'opprimé des mains de l'oppresseur; ne maltraitez pas l'étranger, l'orphelin et la veuve; n'usez pas de violence, et ne répandez point de sang innocent dans ce lieu. » (Jér. 22 : 3)

« Quand arrivera le temps, je réaliserai avec mon peuple une autre alliance. Je mettrai ma Loi en son intérieur, je l’écrirai dans leurs cœurs. Je serai leur Dieu et il sera mon peuple. Ils n’auront plus à s’enseigner mutuellement se disant les uns aux autres : connaissez Yahvé. Ils me connaîtront déjà tous, du plus grand au plus petit. » (Jér. 31,31)

Dans l’histoire du Nouveau Testament, Jésus, le Nazaréen, est par excellence le prophète des prophètes. Il sait mieux que quiconque ce qu’est la volonté du Père et il ne se gêne pas pour dénoncer tout ce qui va à son encontre. Il chasse les vendeurs du temple, il pourfend le légalisme des pharisiens et des docteurs de la loi, il exige que les plus grands se fassent les plus petits et que les puissants se fassent les serviteurs. Il rappelle que tous soient un dans l’Esprit d’un monde nouveau à construire dans la justice, la vérité, la compassion, la solidarité, etc.

L’évangéliste Mathieu rapporte, au chapitre 23 de son Évangile, une sortie en règle de Jésus contre toute cette classe de pharisiens et de docteurs de la loi qui mettent sur les épaules des autres des fardeaux qu’ils ne peuvent eux-mêmes portés et qui aiment se balader sur les places publiques avec leurs grandes robes pour mieux se faire voir. Il leur dit, entre autres, ceci  au sujet du Temple de Jérusalem et des prophètes:

« Comme quelques-uns parlaient des belles pierres et des offrandes qui faisaient l`ornement du temple, Jésus dit: les jours viendront où, de ce que vous voyez, il ne restera pas pierre sur pierre. » (Lc. 21-5-6)

« Je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes. Vous  tuerez et crucifierez les uns, vous battrez de verges les autres dans vos synagogues, et vous les persécuterez de ville en ville." 


« Jérusalem, Jérusalem, qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l`avez pas voulu. » Mt. 23,37

Aujourd’hui, ce temple c’est le Vatican dont le sort ne saurait être différent de celui du Temple de Jérusalem au temps de Jésus.

Tout au long de l’histoire de l’Église, il y a eu de ces prophètes, de ces scribes qui ont rappelé à temps et à contretemps l’essentiel du message évangélique et condamné l’hypocrisie des autorités ecclésiales qui en devenaient un contresigne. François d’Assise est un de ceux-là et c’est à ce dernier que le pape François se rattache pour reconstruire l’Église que veut le Nazaréen.

LES CHANGEMENTS DANS L’ÉGLISE : RÉFORME OU CONVERSION

Si nous laissons aux seuls représentants hiérarchiques de l’Église, successeurs des apôtres, de décider des changements qui s’imposent, nous en resterons à des changements cosmétiques, à des réformes d’apparat, à des ajustements conjoncturels. Ils ne remettront pas en question cette certitude qu’ils sont les seuls à disposer de la volonté de Dieu et à en assurer l’interprétation. Les prophètes ne font pas partie du système. Ils n’ont pas accès au chapitre où se décident les orientations de l’Église.

Il est donc important que le pape François incorpore d’une façon ou d’une autre dans ses mécanismes de consultation et de décision, ces prophètes, ces scribes et ces témoins des paradigmes du Royaume, inauguré en Jésus. Ce Royaume ne peut, d’aucune manière, être représenté et encore moins incarné par une Église-institution qui évacue ses prophètes et qui se donne l’apparat des pouvoirs dominants de nos sociétés. Pour retrouver son âme, elle doit se mettre à l’écoute de ses prophètes et se dépouiller de tout cet apparat d’un monde hiérarchisé aux allures impériales. Le défi est énorme, mais il est le seul à ouvrir la voie à une authentique conversion.

Nombreuses sont les voix prophétiques qui réclament de l’Église-institution qu’elle se déleste de l’État du Vatican, de la banque du Vatican, de ses nonciatures apostoliques, qu’elle transforme son Droit canonique en des impératifs de justice, de vérité, de solidarité, de compassion, de miséricorde. Ces voix prophétiques rappellent également que le peuple des croyants dispose de l’Esprit saint tout autant que ceux qui s’en réclament pour décider des dogmes et se prévaloir d’une autorité, plus souvent voulue pour dominer et contrôler que pour servir.

Dans ce contexte, la volonté du pape François de réformer en profondeur l’Église institutionnelle trouvera toutes les conditions gagnantes pour autant qu’elle y intègre cette parole libérée des scribes des  prophètes auxquels se réfère Jésus dans son discours aux pharisiens et aux docteurs de la loi.  (Mt. 23)



Oscar Fortin
Québec, le 9 novembre 2013


en espagnol, un très bon article du théologien bibliste Xabier Pikaza